Hichem Aboud en Algérie. Retour d’exil ou exfiltration ?

Avec des lunettes de Soleil et un large sourire, Hichem Aboud devant une longue-vue pour suivre le monde d’en-bas…

Après 17 ans de « cavale », la semaine dernière, le capitaine Hichem Aboud, « illustre » officier militaire exilé, est retourné au bercail… en douceur. Il a pris cette décision étonnante après avoir accusé pendant longtemps les généraux Dafistes de trahison. Il les a accusés d’avoir fait main basse sur l’Algérie et d’avoir continué l’œuvre de la France. Alors que certains de ces généraux puissants sont vivants et sont toujours au pouvoir, son retour volontaire serait motivé, d’après sa déclaration à l’aéroport, par l’atmosphère politique favorable qui règne en Algérie. D’après lui, le danger qui planait sur lui toute cette période aurait disparu. Il estime que l’Algérie est devenue « vivable » et il n’a plus rien à craindre pour sa vie.

Alors que d’aucuns s’attendaient que l’« ancien » officier des services secrets soit accueilli par les forces de sécurité à son arrivée à l’aéroport de Houari Boumediene, mystère Aboud a trouvé un accueil plutôt chaleureux. Un minicomité d’accueil composé par ses proches, des amis et par le journal d’Echourouk l’attendait l’Aéroport. Le journal réputé très proche du DRS, le présente comme journaliste-écrivain et lui a consacré une petite émission TV mise en ligne sur YouTube. Dans la vidéo, il explique les raisons et les conditions de son retour volontaire au bled. Aucune tractation avec les services secrets ni avec les autorités publiques n’a précédé son retour de l’exil, car, précise-t-il, il n’est pas un « homme politique ». Il a dû passer au travers des contrôles policiers sans être inquiété. Tout s’est déroulé comme si vis-à-vis des autorités publiques, monsieur Aboud était un citoyen comme un autre et comme si dix-sept ans d’activité subversive étaient une activité ordinaire.

À son arrivée Aboud dit qu’il n’a rien contre le nouveau pouvoir et que les raisons de son exil forcé n’existent plus. Mais est-ce que ce sont là les véritables raisons ? Les citoyens algériens ont le droit de se poser des questions, ont le droit de douter même s’il a l’habitude de fulminer contre ceux qui se méfient de lui. Il s’est fait remarquer en effet par ses clabaudages nationalistes en déblatérant goulûment des insultes contre un certain nombre d’opposants politiques à l’image du colonel Samraoui. Son terrain de prédilection est le patriotisme et de la fierté nationale dont il serait le dépositaire exclusif. Il aurait le droit de dire qui est patriote et qui ne l’est pas. D’ailleurs, comme par hasard, il amorce sa nouvelle vie en déclarant que « Celui qui veut servir le pays doit le faire au pays. Celui qui veut servir ses intérêts personnels… qu’il le fasse là où il veut (hors du pays) ». Pour quelqu’un qui a passé 17 ans en exil, c’est le comble. Il a aussi un autre droit exclusif bien qu’incompatible avec le précédent puisqu’on ne peut servir le pays qu’à l’intérieur du pays, mais on peut fuir le pays comme lui si l’on se sent en danger… C’est donc à lui qu’il revient de dire quand il faut fuir à l’étranger et quand il faut retourner au pays. Ce droit provient de ses « prérogatives » de dire, de décider si les intentions de l’État algérien sont bonnes ou mauvaises.

En dehors de cette manie qui caractérise certains anciens combattants chauvins et gueulards, les Algériens se demandent comment un officier de la sécurité militaire, opposant au règne de la junte militaire retourne au pays sans être inquiété.

L’étonnement est d’autant plus grand lorsqu’on se rappelle le traitement qui fut réservé à  Bachir Belharchaoui, après son dernier voyage en Algérie. Ce dernier pourtant avait été radié de l’armée et ne faisait aucun tapage médiatique si bien qu’il était totalement inconnu de l’opinion publique. Monsieur Belharchaoui a été arrêté à l’aéroport et ensuite mis au secret, torturé et serait contraint de prendre des psychotropes selon sa famille. Pourquoi une persécution physique et morale contre un ancien sous-officier apparemment sans histoire et un accueil chaleureux pour un gros poisson comme Aboud Hichem ?

A Bogota, Mohamed Ziane Hasseni, nommé ambassadeur, présente au président colombien, sa lettre d’accréditation. Un honneur et un sourir que monsieur Hasseni n’aurait pas pu avoir sans l’aide précieuse de Aboud

La réponse la plus plausible se trouve dans le bilan global des activités de monsieur Aboud en Europe. Pendant son exil, il s’est fait remarqué par des attaques virulentes contre le général Larbi Belkheir et la signature d’un livre intitulé « la mafia des généraux » dont personne parmi les observateurs connus, n’en a fait une source crédible pour connaître la nature et l’histoire du pouvoir en Algérie. Hormis cette dénonciation devenue douteuse après un long article élogieux sur le même Belkheir après sa mort, l’ex-Directeur du cabinet du général Mohamed Betchine a rendu une fière chandelle au pouvoir algérien et surtout aux généraux du DRS. Il s’est constitué en tant que témoin capital dans l’affaire de Mohamed Ziane Hasseni. Ce dernier, soutenu à bras le corps par le régime algérien, doit son acquittement à la défense acharnée d’Aboud . Profitant de cette affaire, Aboud harcela le colonel Mohamed Samraoui, le dissident le plus haut gradé du DRS, avec des provocations et des brûlots haineux et publics pour le déstabiliser ; il tenta sans succès de le forcer à entrer en France où le DRS a plus de facilité de lui tendre un piège. Enfin, en tant qu’ancien des services secrets, il réussit un coup de maître en s’approchant d’Ali Benhadj, l’ex-numéro deux du FIS. Après la libération de celui-ci, Aboud lui proposa d’ouvrir un site Internet où il pourra exprimer ses opinions politiques et transmettre ses discours au monde entier. Mais, Aboud proposa aussi de l’assister dans l’ouverture et la gestion du site. Devenu ainsi administrateur du site de Benhadj, Aboud avait, entre autres activités interlopes, tout le loisir de surveiller l’affluence des sympathisants, leurs provenances et l’influence que Benhadj possède sur eux.

Devant de tant de confluences des intérêts et devant de tant de collaborations « involontaire » avec les services secrets, les Algériens qui ont suivi son rôle dans l’affaire de l’assassinat d’Ali Mecili, se demandent si le retour d’Aboud en Algérie ne s’apparente pas à une fin de mission d’une taupe. Il aurait été chargé d’infiltrer les opposants politiques soit au début de son exil, soit pendant son exil forcé en contrepartie d’une amnistie négociée. Avec ses contradictions, Hichem Aboud aura été chafouin et mystérieux tout au long de son exil jusqu’à son retour. Les raisons qu’il a présentées pour justifier son retour en Algérie sont peu convaincantes et renfoncent, voire accréditent sa réputation d’agent en mission. Ceux qui doutent de sa bonne foi s’étonnent plutôt de ne pas voir parmi le comité d’accueil, monsieur Hasseni ou Hassani ou les deux si tant qu’il y a homonymie… Mais ils n’ont aucun doute que, maintenant qu’il est en Algérie, Hichem Aboud n’entreprendra rien contre son « cousin » commanditaire de l’assassinat d’Ali Mecili. Pour beaucoup, les sentiments « humains » qui ont motivé ses démarches pour l’ouverture en France du dossier Mecili ne se manifeteront plus ; Aboud serait revenu à sa vraie nature. Ce serait un vrai patriote à qui manque la conscience humaine…

Les sequelles d’une mission

Enfin, en visionnant la vidéo de l’accueil réservé à monsieur Aboud à son arrivée à l’aéroport, on pourra mesurer le mal qu’il aurait fait à sa propre famille en déclarant que Hassani était son cousin. Cela signifie que son père, sa soeur, son cousin qui étaient présents  et tous ses proches connaissent eux aussi l’assassin d’Ali Mecili et le dissimulent. Quelle infâme réputation il leur fait porter s’il aurait menti par « devoir patriotique ». Le dilemme qu’il a créé, c’est que soit Hasseni qui est ambassadeur  maintenant est le commanditaire de l’assassinat, soit que Hichem Aboud et toute sa famille protègent un criminel et donc partage la responsabilité du crime.

Voir aussi le billet suivant :
Affaire Hasseni: Capitaine Hichem et Mystère Aboud

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À propos de El Erg Echergui

أنظمة الثورة المضادة تفقد عقلها إذ تجعل أولويتها مطاردة الثورات والإسلاميين بأي ثمن، بينما تفقد إيران عقلها ورشدها، وتغامر بمصالحها، وتدمِّر التعايش في كل المنطقة بدعمها للعدوان في العراق وسوريا، والآن في اليمن، فضلا عن تغوّل حزب الله في سوريا. ياسر الزعاترة كاتب أردني الجزيرة 23 سبتمبر 2014
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