Il n’y a pas que les femmes en niqab qui pourraient choquer au parlement…

Une vision ordinaire dans le parlement du royaume chérifien…

Une femme algérienne, Fatma Ismaël, épouse de Djaballah, s’apprête à entrer au parlement algérien sous la coupe du parti de son mari. Sous prétexte qu’elle porte le niqab elle refuse de se montrer aux électeurs et utilise le portrait de son mari pour la campagne électorale. Pourquoi ce mensonge ? Il faut poser cette question existentielle aux grands sages de l’Islam. Les religieux qui pratiquent la politique ne sont pas plus sages que les autres. L’attrait de la mangeoire est le plus fort chez eux aussi. L’hypocrisie de l’islamisme (utilisation de l’islam à des fins politiques) les pousse à filtrer les fatwas selon ses retombées en termes de pièces sonnantes et trébuchantes. Ainsi, ils se conforment à la fatwa du niqab pour « avoir l’âme en paix », mais trouvent une interprétation pernicieuse à d’autres fatwas pour contourner les interdits qu’elles comportent comme se mélanger aux hommes et l’obligation de rester à la maison.  Résultat, une flagrante contradiction entre le niqab et la vie politique.

Par ailleurs, pour être conforme jusqu’au bout, la femme en niqab qui veut avoir une vie publique ne révèlera pas son identité. Elle sera «authentifiée» par son mari, ses proches « hallal » ou par d’autres femmes publiques. Doit-on à chaque fois demander à ces derniers de jouer le contrôleur de son identité ? La foi, le sérieux d’une dame publique portant le niqab restent tributaires du témoignage d’une tierce partie. Le mari, sa famille ou d’autres femmes pourront-ils jouer les agents assermentés devant tous les Algériens chaque fois que la femme complètement voilée prendra la parole au parlement ou sera amenée à délibérer ? La vie publique devient une véritable caricature.

Le voile a souvent été utilisé pour tromper l’ennemi. Pourquoi croire que la femme de Djaballah est forcément une pieuse authentique ?  Que faire demain s’il y a un grand nombre de « mounaqabates » (femmes avec niqab) au parlement ou dans d’autres instances officielles ? Que dire aux citoyens qui refusent de croire à l’identité « présumée » et exigent de voir eux-mêmes le visage de « la députée » ?

À l’inverse de cette situation grotesque née d’une pudeur excessive et désuète, il y a une situation non moins problématique dans un pays comme l’Algérie. L’entrée au parlement de femmes en petite tenue n’est pas à exclure. C’est ce qui est arrivé au parlement marocain à majorité islamiste. Assisterons-nous à une surenchère dans la mode idéologique ?

Il ne faut pas que le parlement devienne le théâtre d’un folklore vestimentaire. L’Algérie a trop souffert pour tomber encore une fois dans des sujets futiles et dépassés. La représentativité politique nécessite un minimum de conformité vestimentaire avec la société. Sinon elle devient source de tension et non de solution.

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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