Des Tunisiens ne cachent plus leurs soupçons

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Ben Merad  et FerjaniDans une déclaration fracassante, l’avocat de Chokri Belkaïd a révélé à la presse que les assassins de Chokri Belkaïd sont trois Algériens non identifiés. Ils seraient entrés en Tunisie clandestinement par voie terrestre et sitôt leur forfait commis, ils auraient regagné l’Algérie et pu ainsi disparaître dans la nature.  En dépit d’une forte pression de la part de certains responsables et de multiples tentatives de dissuasions émanant d’une partie de ses confrères, Maître Faouzi Ben Mrad a tenu à révéler ces suspicions aux Tunisiens.

Bien que l’État algérien et ses services de sécurité ne sont pas franchement mis en cause, les  graves allégations de Maître Ben Merad ont jeté l’émoi dans la population et n’ont pas manqué d’alimenter les pires spéculations. Un membre du parti du bureau politique d’Ennahda, parti au pouvoir, a traduit publiquement les inquiétudes d’une partie des Tunisiens. Interrogé par la chaîne RT Russia lyoum, Saïd Ferjani a laissé entendre que toutes les pistes sont prises au sérieux dans l’enquête y compris celle de la main étrangère. Il ajouta qu’en Tunisie le bruit court que la piste algérienne dans le crime odieux de Chokri Belaïd n’est pas exclue. Elle remonterait jusqu’à des généraux qui, seuls ou en connivence avec la France, veulent faire échouer les démocraties issues du printemps arabe, en particulier la révolution tunisienne qui a  provoqué toutes les autres révolutions. Pour lui, beaucoup de Tunisiens s’inquiètent désormais que l’Algérie se conduirait avec la Tunisie comme l’ont fait les généraux syriens avec le Liban.

Le pétard de maître Ben Merad et l’analogie avec le Moyen-Orient de monsieur Ferjani risquent d’empoisonner les relations entre les deux pays voisins. L’Algérie officielle qui mène un combat à mort contre ses islamistes radicaux considère avec dédain la montée en puissance des islamistes modérés en Tunisie. Les rapports entre les deux régimes ne sont pas au beau fixe malgré les visites des hauts responsables tunisiens à Alger et l’aide financière de 100 millions de dollars, dont 10 millions sous forme de don, accordée par l’Algérie en 2011. La condamnation de l’Algérie de l’attentat de Chokri Belaïd ne relève pas de principes humanitaires, elle n’a jamais  condamné les crimes politiques des dictatures arabes, mais bien d’une solidarité tactique et tacite avec un mouvement politique tunisien hostiles aux islamistes. Des cercles algériens puissants, malveillants, ne rechigneraient pas à profiter de la polarisation entre islamistes et laïcs pour attiser les haines et pousser le pays du jasmin vers le chaos. Ce serait le meilleur moyen d’éviter une contagion démocratique toujours pendante.

Si l’Algérie est mise sur la sellette, c’est que ses services secrets ont une très mauvaise réputation depuis que le général Toufik est à leur tête. Leur politique d’infiltration démentielle qui radicalise les islamistes armés et les conduit vers les massacres de populations, leur pratique de tortures, les exécutions sommaires et les disparitions forcées, ont gravement entaché la crédibilité de l’Algérie considérée ainsi comme un épouvantail de la terreur sécuritaire. Cette réputation a rejailli une nouvelle fois en Tunisie et elle rejaillira une autre fois ailleurs.

Sans succomber à la panique, les dirigeants tunisiens sont appelés à rester vigilants et à traiter cette piste avec rigueur et diplomatie. Il ne faut surtout pas tomber dans le piège de l’isolement international que lui tendraient ses ennemis. Sur le plan intérieur, il est impératif de mener, avec des moyens légaux et républicains (pas ceux du DRS…), un combat sans merci contre radicaux islamistes et ceux de gauche, les plus vulnérables à la manipulation étrangère et aux actions criminelles.

Côté pouvoir algérien, la mise en cause de trois Algériens dans l’assassinat Chokri Belkaïd a été royalement ignorée. Le régime algérien ne brille pas par le sens des responsabilités qui distingue les gouvernements des grandes démocraties. Les Canadiens, par exemple, dès qu’ils ont appris qu’un de leurs ressortissants est impliqué dans l’attaque terroriste d’In Amenas, ont envoyé des représentants de leurs services de sécurité pour avoir plus de détails.

Sur le plan officieux dans lequel excelle le pouvoir algérien, des plumes ont déjà réagi à la suspicion des Tunisiens. Minimisant la gravité de l’accusation, Salem Ferdi du Quotidien d’Oran a parlé de spéculations et de fantasmes à cause de «l’expérience et de la proximité de l’Algérie». «C’est dans les têtes» des Tunisiens que ça se passe, titre-t-il son article publié hier (24 février) dans lequel il écarte toute possibilité d’implications d’Algériens dans le meurtre de l’opposant tunisien. L’attitude du journaliste ne diffère pas de celle de beaucoup de ses confrères algériens à la solde du DRS qui pour étouffer une affaire de crime politique ou de crime contre l’humanité imputés aux services de sécurité, balayent d’un revers de main toutes les accusations et, dans la foulée, ils tournent en dérision les accusateurs. Le sobriquet de «qui-tue-qui» qui a été servi au peuple Algérie s’inscrit dans cette stratégie.

Dans le même article, monsieur Ferdi apprend ses lecteurs que des «journalistes de passage» ont été envoyés en Tunisie pour sonder les « milieux  modernistes tunisiens» hostiles à Ennahda. D’après eux, les laïcs appellent de leur vœu une intervention algérienne pour les aider de se débarrasser des islamistes d’Ehhahad. « Ils sont convaincus que l’Algérie ne laissera pas faire un régime islamiste à ses portes», écrit-il sans mesurer la gravité de cette information. Les Algériens qui ont une longue histoire avec le DRS, avec ses manipulations, son terrorisme pédagogique, ses procès expéditifs, ses tortures, etc., se demandent si le général Toufik a exaucé les vœux des laïcs radicaux tunisiens. Rab edzayer veut-il devenir aussi rab touness ? That is the question ?

L’avocat Faouzi Ben Merad lançant à la presse sa fameuse déclaration :

Les graves « fantasmes tunisiens… »rapportés par Saïd Ferjini, membre du bureau politique d’Ennahda :

L’article de Salem Feridi du Quotidien d’Oran:
http://www.algeria-watch.org/fr/article/pol/ligue_arabe/tunisie_avocat_evoque_algeriens.htm

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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