Le journalisme des esclaves éclairés

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hdgfhgfhgfhOn ne sait pas d’où vient cette lumière qui inonde l’âme de certains de nos compatriotes qui écrivent de drôles de choses dans de drôle de journaux. Ils font penser à des images chrétiennes où des fidèles sereins, imprégnés d’une foi profonde, laissent transparaître sur leurs visages illuminés un bonheur indicible. Tout autour d’eux ne sont que beauté, félicité et joie de vivre.

Mohand Aziri, le journaliste d’El Watan, est de ceux-là. Il n’est pas le seul, il appartient à une grande secte d’acteurs politiques, de journalistes et d’intellectuels algériens unis par la béatitude qui les a atteints depuis 1992. La lumière qui éclaire le visage du journaliste et guide sa plume ne vient pas du Christ, mais d’un gourou appelé Rab Edzayer, un dieu qui a droit de vie et de mort sur nous, un dieu éternel, invisible, infaillible et garant de la paix et la prospérité en Algérie. Il est au-dessus de tout soupçon, car il est au-dessus de la loi, au-dessus de la présidence et au-dessus de l’armée. Aziri n’est pas du genre «DRS par ci, DRS, par là» qui témoigne d’une certaine réticence entre la foi et l’impiété. Non. Il est un fervent adepte du gourou et même qu’il fait du prosélytisme pour que tout le peuple algérien accepte et se convertit à sa nouvelle confession.

El Watan, 29 mai 2032. Mohamed Aziri écrit un article doucereux où il monte en épingle les travers du président et escamote ceux du gourou ou cite quelques-unes de ses peccadilles pour faire neutre et crédible. Le contraste est saisissant. Un président irresponsable et criminel contre un général aux mains et à la conscience propres. Il ne se gêne même pas de paradoxes. Bouteflika, indique-t-il, est un hyper-président. Dans la mise en scène, Aziri pèse ses mots. Un peu plus loin, il parle d’ «un duel à distance « Présidence vs Département du renseignement et de la sécurité »». À ce stade-là, le président, supposé être le chef suprême des forces armés est déjà mis KO et Rab Edzayer hissé sur le pavois. Le journaliste n’a aucun commentaire à faire pour juger la scène du duel, c’est dans l’ordre des choses en Algérie. Plus loin encore, il amplifie la puissance de Rab Edzayer : Le DRS commande le «redoutable «Service central de la police judiciaire», le SCPJ». Msselmin m’ketfin. Quel responsable peut tenir tête au DRS ?

Le meilleur d’Aziri vient après ce prologue épique. Pour rendre le «duel» plus attractif et pour se montrer sérieux, il entre dans un sanctuaire du DRS. Un de leurs nombreux lieux de détente et de récréation. Dans les Palmiers de Benaknoun , où les «redoutables» hommes de Rab Edzayer jouent au tennis, un sport de luxe interdit aux gâchis qui n’attire pas son attention comme le train de vie qu’ils mènent, Aziri interroge quelques-uns. L’un d’eux n’est autre que Mohamed Chafik Mesbah, l’intellectuel et porte-parole officieux du D.R.S.. Lui, c’est certain, il ne fréquente pas le complexe sportif pour jouer au sport, il glane des informations importantes, reçoit des briefings et sonde l’opinion de ses ex-collègues. Aziri revient de son pèlerinage avec un paquet d’informations qui relèvent toutes de l’esprit de défi, de l’arrogance et du mépris des services pour le président de la République. L’obligation constitutionnelle qui les destine à être l’œil et le bras droit du président est une notion qui n’existe plus dans leur propos. Sans détour, M.C.M. annonce que les officiers supérieurs du DRS ont le droit de fuiter les dossiers compromettant les proches du président, y compris son frère, car ce son des êtres humains, des patriotes, «ils sont exaspérés de voir leurs enquêtes finir dans un tiroir», ils ont besoin «d’évacuer». Si seulement ils ont le courage d’assumer leur acte, de designer un porte-parole officiel et mettre le président, le parlement et tous les acteurs politiques devant leurs responsabilités. Ils ne le feront jamais, car  un fonctionnement transparent les condamnera à la disparition. «Fuiter», c’est éventer des bruits et des rumeurs, c’est l’acte qui est à la base de l’intoxication et de la manipulation.

Monsieur Mesbah, la référence d’Aziri, pousse le bouchon plus loin et n’hésite pas à faire une grave accusation contre un autre proche du président. Il déclare que les rapports d’enquêtes des Services de renseignement ont été «filtrés» par Tayeb Belaïz», ils les nettoyaient de tout ce qui peut impliquer les hauts responsables de l’État… Une grave accusation que l’ancien Garde des Sceaux et actuel président du Conseil Constitutionnel n’a pas démentie. Sachant le rapport de force, ni Belaïz, ni Ghoul, ni aucun haut commis de l’état n’osera répondre aux accusations du DRS. C’est une situation qui montre deux choses à la fois, la lâcheté des uns et l’impunité des autres. Tout le monde a peur des militaires.

Si Bouteflika qui se fait traîner dans la boue par les Services est un hyper-président, que sera pour Azira celui qui les contrôlera totalement ? On peut poser la question autrement plus logique. Si Bouteflika est un hyper-président, comment qualifie-t-on le général qui régulièrement lui met les bâtons dans les roue et le traîne dans la boue dans les médias sans qu’il risque aucune sanction? Il y a une autre question fondamentale. Ça sert à quoi la liberté de la presse en Algérie ? Au «DRS» «d’évacuer» ?

Le style d’Aziri est doucereux, détaché, mais bourré d’ellipses, d’allusions et de «dit-on» ravageurs. C’est le style colporteur des lâches, ceux qui frappent dans le dos tout en étant à l’abri. Si le moment de la vérité arrive, la réponse est toute prête : « oh, ce n’est pas moi, j’ai bien utilisé le conditionnel, précisé ce sont des sources anonymes que je ne peux révéler…» Hicham Aboud avait lui aussi des sources sûres. Alors que le président se trouvait toujours en France, son édition censurée avait fait la manchette du monde entier. Pourtant, l’un des gros titres de cette fameuse édition était «Le président est rentré à Alger dans un coma profond ». Sur le plateau de France 24, Aboud a juré la main sur le cœur que la source digne de confiance qui lui a passé le tuyau avait vu ou avait accompagné elle-même la civière qui a porté le président… De l’intox à l’état pur. Ni hchouma, ni regret. Adizri est de la même race pour une raison simple. Il ménage le gourou, il tait ses crimes, il tait la corruption des généraux Bentalha. C’est assez pour dire qu’il est un relais. Un triste relais. Un relais d’une junte militaire est un esclave de la tyrannie et du mensonge. Contrairement à d’autres esclaves, il met son talent au service de son propre asservissement.

http://www.elwatan.com/actualite/la-ligne-rouge-a-ne-pas-depasser-29-05-2013-215510_109.php

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Le journalisme des esclaves éclairés

  1. Ouas Ziani dit :

    Il y a court et court. Le courtier aurait dû préciser si ces batailles se déroulent sur terre battue ou sur peuples battus.

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