Amnésie lacunaire du directeur du Centre national des Archives

dsdfdgf159

Abdelmadjid ChikhiDe tous les profils convoités par les militaires, les intellectuels et les hommes de lettres tiennent une place de choix. De par leur culture et leur éducation supérieure, ils permettent au pouvoir de se donner une cadre idéologique et de construire une crédibilité vis-à-vis du peuple et des autres nations. Les régimes despotiques, nés de la violence et des fraudes en tout genre…, attribuent aux intellectuels soudoyés l’office de la chirurgie esthétique. L’intellectuel «organique» (suivant la description du professeur Addi Lahouari) perverti, engraissé et gratifié d’une notoriété artificielle consacrera sa vie à travestir la vérité, à transformer la hideur naturelle du pouvoir en charme envoûtant et ses entreprises insidieuses en causes justes. Une fonction rendue possible grâce aux contorsions intellectuelles, aux théories spéculatives ou aux controverses académiques. La panoplie est large sauf que l’exercice nécessite un minimum de tact et de talent. La crédibilité, le sérieux et la force de conviction sont des qualités capitales. Rien n’est réconfortant pour un criminel dans le box que les plaidoiries brillantes d’un avocat et rien ne lui est fatal qu’un discours décousu. Le pouvoir arrive à trouver les perles rares avec plus ou moins de bonheur…

Dans le sillage de la polémique soulevée par le sénateur Yacef Saadi autour du passé de Zohra Drif Bitat, sa consœur dans le Sénat, Monsieur Abdelmadjid Chikhi, en tant que responsable des Archives, a cru bon d’intervenir pour relativiser la portée des propos incendiaires de l’ancien chef de la zone autonome d’Alger. D’emblée, il décrète le pamphlet de Saadi inopportun, stérile et en lien avec les présidentiels… Employant une litote cousue de fil blanc, il informe que le sénateur a perdu sa lucidité, qu’il est devenu gâteux et capricieux… Cette première réaction de M. Chikhi qui oublie que Saadi parle actuellement mieux que le président Bouteflika, ne brille pas par sa neutralité ni pas son objectivité. C’est le moins que l’on puisse dire.

«Seules les Archives permettent de dire qui a participé à la guerre de Libération et qui a trahi.», avait-il déclaré ex professo. Contrastant avec ce qui précède, cette phrase, laisse croire que M. Chikhi est revenu sur un terrain objectif conforme à son rang d’intellectuel organique… Hélas, les contradictions et les incohérences qui suivront laisseront pantois les lecteurs du journal El Khabar qui a rapporté sa réaction avant hier.

Prêtant au discours islamique une formule proverbiale, il assimila les déclarations de Saadi à une lecture personnelle de la bataille d’Alger et qu’à ce titre il rappelle que «la divergence est une clémence». Et d’ajouter, «ce qu’a dit le moudjahid Saadi est l’occasion pour les chercheurs et les historiens d’approfondir leur connaissance sur la guerre de libération». Mais… comment les spécialistes peuvent-ils prendre pour source historique un vieillard qu’il vient de traiter de sénile? Il ne semble pas s’embarrasser par l’incohérence. Sans se démonter, il poursuit : «Inutile d’interroger les vieillards. Après 50 ans d’indépendance, tous les moudjahidine ont des troubles de mémoire…» Il y a de quoi perdre le nord. Si ce n’est pas ça la marmita de Sellal, on se demande ce qu’elle serait d’autre…

La valse des contradictions n’est pas finie. M. Chikhi conseille les Algériens ayant vécu l’époque de la guerre d’Algérie d’intervenir dans le débat et de livrer leurs témoignages pour éclaircir les zones d’ombre… Petit problème, où trouver des témoins qui ne sont pas vieux, pas capricieux , n’ont pas une mémoire défaillante et n’ont pas un parti-pris dans les joutes présidentielles… Seule solution, «Gueleb edomino»… et aller se faire fakir parmi les Fakakir de l’Inde.

Le poste de directeur des Archives nationales n’est pas stratégique, certes, mais pour l’amour de la patrie, lorsqu’un valet se présente, après l’obtention du quitus de rab Edzayer, les autorités publiques gagneront en crédibilité si elle exige de lui un autre quitus, celui d’un psychologue agrée, de préférence formé à l’étranger… Avec les scandales des faux diplômes et des fausses notes apparus à l’ère Bouteflika-DRS, sait-on jamais.

Mais, à bien y réfléchir, le choix d’un intellectuel organique de faible calibre n’est peut-être pas aussi nuisible qu’il paraît. Dans le même journal, M. Chikhi fait l’objet d’un autre article au sujet des Archives. On y apprend que le Centre national des Archives entretient des contacts soutenus avec la Croix-Rouge pour la restitution de plus de 50 millions de documents historiques sur la torture dont ont été victimes les Algériens dans les prisons et les centres de détentions pendant la guerre de libération. Il semble, si l’on se réfère au nombre des conférences et des déclarations sur le sujet, que M. Chkhi fait de cette question une fixation et une priorité absolue. Il y travaille d’arrache-pied. La revendication des archives coloniales, sans cesse renouvelée, traduit a priori une conscience profonde envers l’Histoire de l’Algérie et une vénération pour les glorieux Martyrs. Monsieur Chikhi aurait pu obtenir les meilleurs compliments et gagner un respect pour cette quête, mais cette reconnaissance se heurte à mur infranchissable. Dès que le mot torture est évoqué, les générations d’aujourd’hui, ont un seul repère : la décennie rouge, ses centres de tortures, ses centres de détention, ses camps d’internement, ses disparitions forcées, ses massacres… Et c’est une autre douleur qui s’éveille et transperce leur être… Le directeur du CNA n’a rien fait pour réserver à ce pan de l’histoire un intérêt équivalent. Pourtant les témoins  des tortures et des exactions son vivants et par milliers qu’ils se comptent. Ils sont encore jeunes, parfaitement lucides et à portée de main. Malheureusement, M. Chikhi est atteint par l’épidémie de l’amnésie lacunaire. Une telle entreprise historique exige une cohérence et un courage introuvables chez des intellectuels organiques…

www.elkhabar.com/ar/politique/382452.html

http://www.elkhabar.com/ar/politique/382529.html

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans Hommes du système. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Amnésie lacunaire du directeur du Centre national des Archives

  1. boukezouha abdelouahab dit :

    mon sentiment …si jamais les archives tombent entres les mains de ces gens la ils les feront disparaitre .

  2. Mounafeq dit :

    J’avais beaucoup de respect pour ce Yacef jusqu’au jour ou je l’ai vu à la télé faire le baise main à Boutef !
    Depuis ce jour à cause de ve geste degradant inconnu en Algerie je nesentais plus ce bonhomme !
    Mon petit doigt me dit que c’est la Zohra qui est dans le vrai ! Un heros de la bataille d’Alger ne fais de baise main à un …….

Les commentaires sont fermés.