L’étendue de l’espoir et l’ombre qui passe

ffdhdgfhAujourd’hui, j’ai la vague à l’âme. La lecture a fini par me peser. L’écriture ne me tente pas. L’idée que nous vivons, aujourd’hui, dans notre pays, une histoire qui s’est passée au 19e siècle à Saint-Pétersbourg m’étouffe. Des généraux nombreux, riches et puissants au-dessus d’une société misérable et disloquée. Dieu, le destin ou je ne sais qui, se moque-t-il de l’homme? Sommes-nous des victimes d’un dramaturge invisible et froid qui réédite sa pièce mal composée? J’ai rangé Dostoïevski et suis sorti. Direction la côte. C’est le seul endroit qui me comble de rêve. Il ressuscite un mort. Une source inépuisable d’espoir, d’inspiration et de jouvence. L’air de la mer purge ma poitrine et me donne des ailes. Des moments de plénitudes. Quel bonheur d’escalader les rochers et entendre les vagues et les voir finir en clapotis sous mes pieds. Les pêcheurs nous mentent ou se trompent quand ils disent qu’ils aiment la pêche. Ce n’est pas vrai. Ils sont des accros de la grande bleue. et je les comprends. J’aime laisser les empreintes de mes pas sur le sable humide. Je sais qu’elles sont éphémères comme mes rêves, comme la vie. J’ai longé la liberté, j’ai fixé l’horizon. Point de navires. Mais je ne désespère pas. C’est par là qu’ils arrivent. Je l’ai lu dans les contes. D’ailleurs l’air de la mer est une perpétuelle annonce de leur arrivée. Quelle chance ont ces mouettes. Hauts dans le ciel, elles voient tous et regardent loin. A les entendre criailler et à les voir voler avec frénésie, il me semble qu’elles sont les créatures les plus joyeuses de la nature. Je les envie.

* * ** *

Aujourd’hui, l’ombre se fait petite, elle est petite. A-t-elle jamais été grande? La question la taraude maintenant qu’elle est une ombre. Derrière des murs hauts et inaccessibles. Par delà les plates-bandes fleuries. Elle suit les évènements en silence. Elle jette un regard oblique, mais attentif aux nouvelles de l’autre ombre. Celle qui a pris sa place. Elle cogite, soliloque des heures entières. Ya dra ya mraya. Dit-moi miroir, mon beau miroir…

L’ombre vit bien. Matériellement parfaite Villa cossue, résidence secondaire, deux ou trois bagnoles rutilantes et passeport diplomatique. Dans son bureau spacieux, une bibliothèque marquetée richement garnie et un fanion frappé d’un croissant rouge au coin d’un sous-main en cuir noir. Les rejetons, eux, sont à l’abri du besoin. De petites ombres qui deviendront peut-être grandes. Seulement… Une tache fausse, défigure la belle toile. L’ombre a des doutes. Un tourment impossible à conjurer. Son œuvre n’a pas eu le retentissement qu’elle pensait. Pas la moindre trace. Pas un soupçon de mérite. Personne ne se souvient d’elle. Elle n’existe plus. Une page tournée dans un livre volumineux fade et mal écrit. Bah, c’est probablement l’ingratitude. Non ce n’est pas probablement, c’est sûr. L’ombre ne bouge pas. Elle attend une autre chance, un autre bateau. Dans le silence. Des années dans le stricte silence.

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour L’étendue de l’espoir et l’ombre qui passe

  1. boukezouha abdelouahab dit :

    avec la complicité d’un peuple lâche et stérile .

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