Tu vas craquer mon frère

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Ecrit par Abdeljabbar Seghir

zfgsdfgsdfgdfAh ce culoté de Paul Aussaresses ! A force de penser à lui, j’ai fini par développer d’étranges sentiments. Allez mes amis un peu d’indulgence, cela ne ferait de mal à personne, n’est ce pas ? La question qui ne cesse de me tarauder l’esprit est la suivante :
A-t-il en fin de compte craqué cet Aussaresses, ou bien a-t-il simplement failli le faire ? Chacun a sa réponse.
Commençons donc par les faits avérés et indiscutables :
Le brave soldat Aussaresses s’est toujours courageusement acquitté de toutes ses missions, aussi difficiles et délicates soient-elles, quel que soit leur degré de non-propreté, et s’est fidèlement astreint à l’obligation de réserve dictée par son statut de haut cadre de la nation. Il a tenu et résisté au port d’un très lourd fardeau pendant de longues décennies. Il faut dire que son impressionnante corpulence physique, ainsi que la générosité du temple de la république, avec la collection grandissante de galons et médailles, ainsi que les pensions régulièrement révisées à la hausse, l’ont bien soutenu dans son œuvre, tout comme par le passé.
En 2000, à l’âge de 82 ans, notre héros commence à montrer des signes de fléchissement et lâche un premier excédent de poids. Il admet avoir commis un mal nécessaire et torturé des Algériens. En 2001 dans son livre, il continue à s’accrocher en défendant la torture, mais sans faire marche arrière sur sa pratique. Il est alors sanctionné, pas pour l’avoir pratiquée, mais pour l’avoir dévoilée et sali ainsi l’image du temple bien gardé. Plus tard, la même année, « avec des regrets mais sans remords », il cèdera davantage et lâchera le gros morceau. Il reconnait avoir assassiné Larbi Ben M’hidi et Ali Boumendjel. Il faut dire que ces deux fellagas, en dépit de leur petite taille, sont vraiment encombrants. Chacun des deux représente tout un bataillon à lui seul.
« Ce sourire de Ben M’hidi et ce regard de Boumendjel, je ne vois plus que cela. Si je ferme un œil, je ne vois plus rien, puisque je n’en ai qu’un seul, mais eux ils sont toujours là ! Je n’ai pas le choix, je dois les vomir ces deux là, et j’emmerde la République ! Ouf je m’en débarrasse ! Pour les autres, sans nom, c’est léger, j’irai jusqu’au bout. Simple jeu d’enfant ».
Peu avant sa mort, des proches lui arrachent, presqu’inconsciemment, un autre gros fardeau qui n’a pas cessé de gêner le temple. Maurice Audin, ce jeune professeur universitaire qui n’approuvait pas les méthodes patriotiques d’Aussaresses et ses chefs, fut tué, dit-il, au couteau. Double tranchant et double objectif ; pour faire croire qu’il était liquidé par les Arabes, et surtout pour servir d’exemple.
A-t-il fait d’autres révélations ? Est-il carrément passé aux aveux, juste avant de mourir ? Regrettera-t-il d’avoir flanché un peu, ou plutôt de ne pas l’avoir fait suffisamment, de ne pas l’avoir fait bien avant ? A chacun sa réponse.
Mais est-ce vraiment important ? Il a quand même lâché quelque chose. L’histoire en France finira bien par écrire un jour que Larbi Ben M’hidi, Ali Boumendjel et Maurice Audin ne se sont pas suicidés, et qu’ils sont morts des effets collatéraux nommés Aussaresses et compagnie.
Aussaresses est né 5 ans avant Ben M’hidi, et est mort 56 ans après lui. Il a vécu 95 ans contre 34 ans pour Ben M’hidi et 38 pour Boumendjel. Le mathématicien d’Audin ne comptera pas au-delà de 25 ans, mais servira comme un très bon exemple de démonstration par élimination. Presqu’un siècle pour notre héros, plein de gloire, victoires, mondanités et prestige, sans mentionner les médailles, galons, et autres Légions d’honneur. Mais entre Aussaresses et Ben M’hidi, par exemple, lequel des deux a vraiment gagné ? Chacun choisit sa réponse.
La question principale reste quand même toujours posée. Cet Aussaresses a-t-il craqué en fin de compte ou non ? Et ses compagnons craqueront-ils un jour on non ? Eux qui ont juré de défendre l’honneur du temple jusqu’à la mort, pour le pire,… et pour le pire. Tiendront-ils le coup ou finiront-ils par craquer ? Encore une fois, chacun coche sa réponse. Permettez-moi mes frères de vous livrer la mienne.
Aussaresses a bel et bien craqué. Il l’a fait mes frères, il a craqué. Même sans aucune révélation, il aurait craqué. Ils craqueront tous. Nous craquerons tous.
Qui a donc vu ou entendu le Pharaon de Moise passer aux aveux ou émettre des regrets ou remords, en pleine mer ? L’a-t-il en fin de compte réellement fait avant de rendre l’âme par noyade, ou pendant, ou après ? Chacun de nous a sa réponse. Mais nous savons tous que le Super Grand Pharaon a craqué. Juifs, chrétiens ou musulmans, nous savons tous qu’il a fini par craquer. Trop tard, mais il a craqué. Son corps, miraculeusement épargné, est là, et restera là, bien après nous, pour montrer à toutes les générations que quand c’est trop tard, on finit quand même par craquer, et que dans ce cas là il ne sert hélas plus à grand chose de craquer.
Ils craqueront tous. Nous craquerons tous mon frère, tu sais bien que nous n’avons pas d’autre choix. Moi je préfère craquer chaque jour un peu. Et toi, qu’est-ce que tu attends ?
Et chez nous en Algérie, y-a-t-il des Aussareess à bord ? Avec un peu de familiarité, on pourrait même l’appeler l’os des Aurès. Et en Algérie les os durs ne manquent pas. Seulement eux, ils préfèrent plutôt le surnom de Rambo. Combien sont-ils donc nos héros, ces chasseurs de primes et de galons ? Aussaresses revendique un nombre de 24 fellagas à son palmarès direct, sans compter l’œuvre de ses subordonnés. Et toi mon frère combien d’exemples, directs ou indirects, t’as-t-il fallu pour démontrer, pour corriger ? Quel est donc ton nombre ? Rambo 1, Rambo 2, Rambo 20 ?
Tu vas craquer mon frère, tu vas craquer. Tu ne me crois pas, tu hoches la tête, tu peux même sourire dans ta tour d’ivoire, changer de cigare, je le sais. Mais n’empêche khouya tu vas finir par craquer, cela aussi je le sais. Tôt ou tard, tu vas craquer. Plus tard, très tard, ou trop tard, tu vas craquer.
Plutôt tu craques, mieux ce sera pour ta mère, ton père et tes enfants.
Plutôt tu craques, mieux ce sera pour tes voisins.
Plutôt tu craques, mieux ce sera pour ta patrie.
Plutôt tu craques, mieux ce sera pour toi, surtout et seulement mieux pour toi.

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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