Un des éléments clés de la catastrophe nationale

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dghdghOn ne soupçonne pas à quel point sa chair tendre, sa saveur exquise, son fumet, les rondeurs fuselées et la dorure de sa peau luisante agissent sur les yeux et les narines des Algériens. Le pouvoir du poulet rôti dépasse, chez certains, l’excitation des papilles gustatives, il touche des questions plus sérieuses et atteint, parfois, les affaires d’Etat. C’est que sa magie perturbe le cerveau, le centre de contrôle de tout le corps humain… Un examen scientifique minutieux sur l’action puissante du poulet rôti sur certains êtres humains et sur certains un pays comme l’Algérie donnera peut-être la chair de poule… Le sujet paraît malencontreux, voire déplacé eu égard à la conjoncture politique sensible où l’Algérie se prépare à des élections à haut risque et dont l’issue programmée présente un danger d’explosion populaire ou du moins de graves évènements sont prévus par les meilleurs auspices de la politique algérienne. Cependant, si un jour un spécialiste de l’anthropologie sociale telle l’illustre madame Noria Remaoun d’Oran décortiquera avec la plus grande rigueur les racines du mal algérien, il remontera ou descendra – tout dépend de quel bout il tient le fil – jusqu’à ce plat légendaire. Il prouvera sans coup férir que la volaille grillée tient une place prépondérante dans l’imaginaire national et que les meilleurs acteurs de la vie publique algérienne sont pétris dans la culture du poulet rôti. Alors un répit à l’apparence d’une amusette au milieu de l’orage politique ne pourra nous distraire du suivi de l’actualité brûlante. Mais il l’aère probablement, le temps de reprendre un peu de souffle. Si le cœur vous en dit, plongez dans le monde du poulet…

L’idée a l’air invraisemblable et à la limite du ridicule, mais l’influence du poulet rôti sur la politique algérienne est plus qu’indéniable. Pas autant que le méchoui ou le sexe que la pudeur contraint de taire, mais elle est certaine, pernicieuse et considérable. Le délice et le festin qu’il évoque affectent, l’économie, la politique, l’éducation, la culture et tous les domaines qui sont du ressort des autorités publiques. Autant dire que le poulet rôti, a façonné notre histoire, détermine notre présent et dessine notre avenir.

Il est difficile de se prononcer dans quelle mesure ce rôle est prépondérant dans les décisions politiques majeures et mineures et est-il ou non décisif dans la vie sociale algérienne, dans sa cohésion… Autrement peut-on prétendre qu’il est sinon le ciment dans de l’imaginaire collectif. Le très sérieux Office national des statistiques, affecté lui-même par la tyrannie envoûtante du poulet rôti…, ne s’est pas encore penché sur la questionet n’a pas mené un sondage, mais certains faits qui vont être relatés subséquemment sont suffisamment tangibles et parfois inquiétants pour ne pas prendre au sérieux la question du plat qui est, dit-on, favori chez les Algériens et emblématique chez les va-nues pieds ; la nuance entre les deux catégories semble elle aussi saugrenue, mais l’ordre ou le désordre économique sur ce point sensible, quand il dépasse les lignes rouges…, tombe invariablement dans le domaine politique et social : donnez à n’importe quel misérable une autre nationalité qui lui rendra sa dignité, il s’exilera et son pays natal devient étranger à sa progéniture (on ne sait si le CRASC a mené une étude anthropologique sur l’influence de l’économie sur l’identité et l’appartenance nationale chez l’Algérien…). Sans parler de Bouazizi et Sidi Bouzid que certains pontes, lit-on çà et là, gardent comme option si le poulet bien doré n’arrive pas jusqu’à leur table. C’est dire qu’il n’y a pas de plus politique que le poulet… Mais ne nous écartons pas du plat, enfin du sujet principal : le poulet rôti et la politique. Sans tarder voici les histoires de poulets rôtis rapportés hors du cadre culinaire par des journalistes qui n’y ont pas vu son côté hautement sensible autrement, comme veut la coutume, ils se seraient autocensurés. Bon appétit.

C’était fin juin 2011. Un ministre diligente une commission d’investigation dans la wilaya de Mila pour enquêter sur une présumée situation chaotique dans son secteur. Le bruit qui courait était alarmant et parlait de grosses malversations et de dilapidations de deniers publics. Une fois sur les lieux du crime, les membres de la commission, décidés à mettre de l’ordre et à récupérer l’argent volé, ont été pris en charge par le responsable locale de leur secteur. Accueil chaleureux, hôtel chic et voitures de luxe les transportaient sous escorte aux endroits qu’ils voulaient. Le Directeur du secteur sinistré n’a pas lésiné sur les moyens, il a tout fait pour rendre leur séjour agréable. La population locale, enfin celle qui a pensé ramoner ses oreilles et prêter attention aux nouvelles de sa wilaya, avait au début, accueilli avec joie la visite de la commission (voyez, les sentiments nobles de justice et de vérité n’ont pas encore disparu en Algérie, tout n’est pas perdu, il y a encore de quoi faire une révolution…). Par la suite, les nouvelles sur la commission viraient à la farce. La fermeté et l’élan patriotique affichés au départ commençaient à s’effilocher. Les habitants ont appris que les membres de la commission, cornaqués par le Directeur du secteur, ont visité plusieurs vestiges historiques et ont participé à des festins où le poulet rôti avait été à l’honneur. Ils n’avaient pas terminé d’exprimer leur indignation que le coup de massue s’abattit sur leur tête : l’enquête a fini en queue de poisson et la commission a transmis un rapport dans lequel le wali de Mila a été pris pour cible à leur colère. Ils l’ont accusé d’avarice et d’indifférence, il avait refusé de les restaurer comme l’a fait le Directeur qui s’est tiré à bon compte. Autrement, il n’a pas fourni le mythique poulet rôti… Quel radin!

– Cette fois l’histoire s’est passée en mai 2012 quelques jours seulement avant le fameux scrutin électoral. Un moment fort où les ténors de la politique sortent les plus beaux discours patriotiques et rappellent au peuple les plus grandes valeurs de la République. Un membre du comité de surveillance électorale dont le nom n’a pas été cité avait protesté publiquement auprès des autorités publiques. L’objet de ses préoccupations était… le poulet rôti. Figurez-vous, il a appelé l’Etat à offre à tous les membres du comité ce plat succulent avec effet rétroactif depuis le début de la noble mission qui leur a été confiée… L’observateur raffiné, qui représente un parti politique à la gastronomie raffinée n’a pas supporté de constater que la commission rivale, celle composée de juges, ait bénéficié d’un traitement de faveur où le poulet rôti était offert à gogo pour raffermir leur neutralité et leur donner une fort belle conscience dans l’exercice de leur noble mission…
Les juges vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Quant au contestataire, son histoire a fini dans le néant, pour être poli, avec de grandes frustrations. Personne ne sait ce qui est advenu de son rêve de poulet rôti.

– Enfin, il ne faut pas manquer de d’entendre cet autre remarquable fait-divers. Il raconte l’histoire d’un imam qui a une passion immodérée pour le poulet rôti. En septembre 2012, l’imam doit être encore de cette vie, habite le centre du pays et a fait parler de lui et de sa singulière passion. Un journal a rapporté qu’il avait exigé de ses ouailles que les poulets qu’ils lui offraient généreusement soient tous rôtis. Aucune autre offrande ne saura apaiser ses fringales. Dans son desideratum religieux, avec menaces d’imprécation religieuse s’ils ne s’y plient pas, Sa Sainteté avait promis à ses ouailles contrevenantes un sort funeste : le scandale sur terre et l’enfer…

A travers ces exemples, le lecteur peut se faire une idée sur les dégâts financiers, politiques et moraux que le poulet rôti ne cesse de causer à l’Algérie. Encore que son pouvoir n’est rien devant ceux du méchoui ou du sexe… Les madame Dalila, paraît-il, sévissent  partout et leur part de la rente sous multiple formes n’est pas négligeable. Leurs forces de conviction subjuguent nos hauts responsables. Parmi ces derniers, il y ‘en a qui se sont convertis à la polygamie, d’autres vivent désemparés,  leurs ménages menacent ruine, et certains, enfin, se sont fait célibataires endurcis pour ne pas faire d’histoire…  Allah yestour donc…

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Un des éléments clés de la catastrophe nationale

  1. harraga dit :

    en ukraine le parlement s’est réuni et a destitué le president
    en algerie les dé-putes corrompus par le système avec le poulet roti sans doute et des salaires hors normes algeriennes sont absents du champs populaire….à peine quelques chats noirs sortis pour la plupart des ruisseaux ,presidents de partis se sont ils réunis dans un salon et calés dans des fauteuils confortables , le luxe auquel le système corrompu les habitués , pour annoncer le boycot c’est à dire la voie du moindre sacrifice ….aucun n’a appelé sesz militants à investir la rue

    au peuple d’investir l’assemblée populaire pour faire entendre sa voix que les dé-putes ont confisqués
    connaissant la faille de l’école algerienne en matière de l’apprentissage de l’age des lumières qui ont donné naissance aux démocraties pas un seul intellectuel ou organe de presse ne rappelle au peuple algerien les prerogative de chaque institution comment devraient elles fonctionner en démocratie et leur confiscation en algérie

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