Les non-dits d’Isaad Rabrab

2dr58wedfo48
aefer6rtwkjrwQuand le diable devient vieux, il se fait ermite. La parabole est vieille, mais elle est plus vraie que jamais. Comme quoi, depuis la nuit des temps, l’homme n’a pas changé vraiment. Aujourd’hui, l’actualité déprimante, ne semble pas vouloir donner de répit aux Algériens. Elle vient de nous servir une illustration vivante du diable qui à force de se mirer dans l’argent luisant se prend pour un saint.

Il brasse des milliards et trône sur une grosse fortune estimée à quelques milliards de dollars. Tellement riche qu’il s’est permis ces derniers temps un affront de lèse-majesté et s’est offert un luxe sans précédent dans le milieu des affaires. De plus en plus le nom d’Issad Rabrab défraie la chronique financière et politique. Le grand magnat de l’agroalimentaire, a surpris plus d’un quand en 2004, il a rompu le cordon ombilical avec le pouvoir algérien. Il avait claqué la porte du FCE devenue à ses yeux un rouage au service du système dont les membres doivent se soumettre aux règles de l’allégeance et de la corruption. Il refuserait, disent les médias, l’implication de l’organisation patronale dans les élections et qu’elle joue un rôle partisan au profit du président. Pour le pouvoir algérien, opaque et d’essence clanique, une telle position relève de la morgue et de la désobéissance à son autorité. Aussi, loin de la politique algérienne, Rabrab s’était-il distingué dans deux nouvelles sensationnelles. Il fut invité par l’Élysée dans le cadre de l’attraction de l’investissement étranger que les dirigeants français en prise à des difficultés économiques tentent de promouvoir. Enfin, avec le même éclat, il fit son entrée dans la mythique liste Forbes des 100 premières grosses fortunes de la planète, une première pour un Algérien.

La position honorable du patron de Cevital envers le FCE, qualifiée non sans raison de « parasite » par l’ex-ministre des Finances Ali Benouari, ainsi que la prospérité de son groupe industriel et le prestige international qu’il a pu réaliser devraient faire la fierté des Algériens. Autant on déplore la dèche et on compatit aux infortunes d’un algérien, autant on se réjouit de la prospérité de ceux qui, les mains propres et la conscience tranquille, réussissent dans les affaires, l’industrie ou dans n’importe que domaine. D’autres raisons sont à mettre à l’actif de Rabrab. Il n’est pas opulent et ne se comporte pas comme un parvenu. Posé, souriant, absence de suffisances dans les déclarations, il parle avec modération. Pour quelqu’un qui remue l’argent à la pelle, il semble avoir toujours les pieds à terre. Toutes ces grandes qualités auraient dû lui valoir une grande sympathie de ses concitoyens…

Le 2 mai dernier, monsieur Rabrab fut l’invité de la chaîne française TV5. L’animateur a fait avec lui le tour des questions classiques pour le présenter au public français après le rachat d’une grande entreprise française (FagorBrandt) permettant d’éviter la faillite et de sauver des centaines d’emplois pour la modique somme 200 millions d’euros (nos meilleurs vœux de succès pour Cevital). Cependant l’animateur ne s’est pas limité aux questions économiques, il a entraîné son hôte dans le bourbier de la politique algérienne. Et c’est là que le bât blesse.

À la question sensible de savoir si Cevital a connu ou non la corruption et si elle fut parrainée par un général puissant, Rabarab nia incontinent. « Jamais de la vie ! », comme dirait l’autre. Lui il a les mains propres, il a bâti sa fortune à la sueur de son front, sans l’aide des généraux, insinua-t-il avec assurance. Il se donne en exemple de réussite sans le travers de la corruption. Un animateur algérien intrépide lui aurait posé deux petites questions. Pourquoi avait-il recruté le défunt colonel Tahri Zoubir, alias Hadj Zoubir, comme conseiller en communication ? Ce colonel était un ancien patron du Centre de communication et de diffusion, une structure du DRS qui avait la main haute sur tous les médias. Et quel rapport avait Rabrab avec le sinistre général Smain Lamari ? Aux funérailles de ce dernier, les observateurs n’ont pas manqué de relever sa présence. En Algérie, le pays des miracles et des goldens-boys, le simple fait d’être un ami d’un général du DRS ou d’apparaître publiquement à ses côtés est un privilège considérable, il donne droit à un sésame universel… Surtout pour les affairistes.

Moralité. Pour être crédible, Isaad Rabrab doit éclaircir ces points sombres de son passé. Autrement, les patrons du FCE ne sont pas moins vertuex que lui, ils n’ont pas dérogé à la règle… Faute de trouver un colonel de DRS pour se prémunir contre les mauvaises surprises, les patrons se sont agenouillés devant Saïd Bouteflika. Les plus vertueux d’entre eux ne le font pas de gaité de cœur. Quand ils auront suffisamment de poids et auront cuirassé leurs fortunes, ils peuvent se permettre à leur tour de rompre le cordon ombilical avec le pouvoir et jouer aux pieux ermites…

https://www.youtube.com/watch?v=W86Df9hMk_s

 Voir aussi : Les accointances des services secrets algériens avec le monde des affaires

Advertisements

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans Économie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.