Mira, Saadi, Aït Hamouda, victimes d’officiers hors de portée de la Justice

2dr58wedfo51.kljef354ttetjhgfdfgdweaLa Kabylie a été secouée par une querelle intestine entre deux personnalités politiques. Le haut lieu de la guerre de libération, et toute l’Algérie en arrière-plan a eu à subir les excès et les dérives des élus dont le faible rendement dans la gestion publique est camouflé par des esclandres de vieilles mégères. En remuant les cendres et exploitant la mémoire collective, des Algériens haut placés attentent au passe glorieux de leurs aïeux et se couvrent de ridicule. Dans ces histoires, certains hauts gardés ne valent pas mieux. Le rapport dont ont fait état les médias sur les délibérations et la sentence de l’étrange affaire judiciaire opposant Saïd Saadi et Smaïl Mira illustre par ailleurs la fable de ce qu’Ahmed Adhimi, politologue issu de l’armée, appelle « la discipline exemplaire des militaires algériens »…

Le jugement pour outrage grave et gratuit proféré contre l’ex-président du RCD s’est terminé en queue de poisson. Un verdict gris où les véritables tenants de l’affaire sont restés à l’abri d’une Justice borgne. Smaïl Mira a mordu la poussière, il a été reconnu coupable et condamné sans comprendre pourquoi il se retrouve dos au mur et l’air idiot. Moral cassé et honneur entaché, il doit débourser de sa poche des milliers de dinars pour la fratrie Saadi. Autant dire que la débâcle lui restera au travers de la gorge et méditera longtemps l’erreur de prêter ses oreilles à tout venant.

Aït-Hamouda, tiers gros poisson impliqué dans l’affaire, quant à lui, risque de perdre sur tous les tableaux : honneur, crédibilité, alliances et, surtout, la confiance de ses amis, dont peut-être celle de Saadi si tant est que les deux compères politiques n’eussent pas monté de toute pièce cette histoire pour se payer la tête de Mira. En effet, pendant les auditions, Mira l’a mis en cause dans le malentendu entre les deux protagonistes. Transmetteurs de médisances entre les deux parties, il aurait joué le boutefeu, le semeur de la haine entre deux têtes-brûlés de la Kabylie. De quelque angle que l’on examine son rôle dans ce caquetage de désœuvrés en mal d’éclat, le fils du grand martyr Amirouch est blâmable. Son père ne doit pas être fier de lui.

Le dénouement de l’affaire a-t-il été heureux ? Pour la famille Saadi, la partie plaignante, certainement. Et c’est tant mieux pour tout le monde. La Justice a rendu un verdict juste ; la prochaine fois, un oiseau de malheur devra retourner sept fois sa langue dans sa bouche avant d’accuser un mort de harki. Ce genre d’outrages sanglants et gratuits doit disparaître de la vie politique. Saïd Saadi, pour autant, s’en est-il tiré à bon compte ? Rien n’est plus sûr. Les cancans et les spéculations, plus forts que le verdict, animeront pour longtemps les cafés et les chaumières en Kabylie. À bien réfléchir, il laissera peut-être des plumes. Et pour cause.

Les développements de l’affaire de Saadi-Mira ont mis à jour des éléments dont l’impact dépasse la réhabilitation du père du plaignant. Des éléments troublants et peu commentés malgré leur importance. Ils tournent autour de la « preuve » exhibée par Smaïl Mira pour prouver la traîtrise du père de Saadi. Le maire de Tazmalt, wilaya de Béjaïa, était en possession d’un document datant de la guerre de libration et contenant une recommandation d’un général français pressant les autorités françaises d’assurer une protection pour le père de Saïd Saadi qui aurait été condamné à mort par le FLN. En prenant connaissance de ce document français, Saïd Saadi doit avoir reçu une douche froide. Dans le secret de son âme, loin du tumulte du tribunal, il ne pouvait pas s’empêcher de faire un lien avec son livre sur les colonels Amirouch et Si El Haoues. Malgré la polémique soulevée, il fut le premier à utiliser des documents français pour imputer leur mort à d’autres grandes figures de l’histoire de la Révolution algérienne. Mira a joué exactement le rôle qu’il a lui-même joué dans «Une vie, deux morts, un testament». Quelle ironie du sort ! Voilà que la vie lui apprend la vanité de ses convictions. L’admettra-t-il? Affaire à suivre.

La polémique touche également l’institution militaire. Des officiers supérieurs encore en activité ou à la retraite devaient être les premiers à blâmer dans toute cette histoire. En fournissant le fameux document apocryphe puisé des archives du FLN d’après les déclarations de Mira, ils ont joué aux soufflets et l’ont poussé à un acte impardonnable. Qui sont-ils et quels étaient leurs objectifs ? La justice s’est gardée d’aller plus loin dans l’affaire… takhti rassi we tfout. C’est vers ses officiers que Saadi devrait retourner son fusil. Mira ou un autre, de simples instruments ; il est peut-être dans la ligne de mire d’un clan. Mais avant de faire quoi que se soit, il a un examen de conscience à faire. La société sur laquelle il s’est trompé pour commencer…

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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