Le dossier de Tibhirine entre manoeuvres dilatoires d’Alger et cachoteries de Paris

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Marc Trévidic, juge en charge du dossier des moines de Tibhirine depuis 2008,  se sent désabusé. Du moins l’a-t-il montré publiquement lorsqu’il a parlé de moquerie pour faire allusion au dédain manifeste des autorités algériennes pour sa demande incessante de visiter l’Algérie. L’impatience et le ton excédé qu’il a laissés apparaître devant les médias il y a quelques jours, au sujet de l’extrême lenteur algérienne dans le dossier de Tibhirine, sont aussi rares que les commentaires erratiques distillés par les autorités algériennes sur sa requête. Depuis sept ans (déjà !) qu’il est chargé du dossier de Tibhirine et hormis quelques progrès minimes qui avaient redonné un faux espoir aux familles des moines, le juge s’encroûte et se heurte à une muraille inexpugnable, indifférente à ses multiples appels de collaboration.

À Matignon, les gouvernements se succèdent, les visites officielles en Algérie se suivent à intervalles espacés et se ressemblent. À l’occasion de chacune, le dossier poussiéreux est évoqué, la responsabilité de la France est rappelée, des promesses d’autopsie et d’auditions sont réitérées et des déclarations encourageantes sont tenues à la fin de la visite. Le lendemain, le rideau retombe et puis personne de la classe politique ne se souvient des moines. Entre-temps, loin des regards, les crânes des moines « aux mains des autorités algériennes » poursuivent leur processus d’effritement et les traces matérielles éventuelles d’une implication de l’armée dans la boucherie de Tibhirine s’estompent au fil des années et du mépris sans fond du pouvoir algérien pour la vérité et la justice. Le dossier va à vau-l’eau et la mémoire des moines sombre dans l’oubli avec les centaines de milliers de victimes de la décennie rouge. Le pouvoir algérien n’est pas le seul à se moquer dans ce dossier.

D’aucuns penseront que l’exaspération feutrée du juge Trévidic souligne sa révolte et son impuissance contre l’ordre établi. Peut-être est-il de bonne foi. Mais, un tel juge aurait déclaré forfait et demandé d’être dessaisi du dossier dès qu’il sent le louvoiement des gouvernements français restés impassibles et si peu entreprenants pour la réussite de sa mission d’instruction. Un juge sensible à la vérité et à la justice aurait frappé avec le maillet et étrillé les responsables dès qu’il flaire un laxisme dans la collaboration avec la justice, une mauvaise foi dans les déclarations ou une connivence avec le régime algérien. La justice de Marianne n’est-elle pas souveraine ? Un juge sensible aurait auditionné tous les témoins présents sur son territoire de compétence avant de penser à mettre sur pied une commission rogatoire internationale.

Avant d’aller à Alger, le juge Trévidic aurait dû ficeler la partie du dossier concernant les informations dont dispose l’État français. Par exemple, il devait éclaircir l’énigme du juge Bruguière, un juge un peu trop antiterroriste d’après de nombreux observateurs. Pourquoi son prédécesseur avait-il omis de verser la cassette d’audition de certains terroristes ? Un mystère qui recèle peut-être des éléments clés du dossier. Le pole pénal d’Alger vient de créer de manière informelle un alibi à la non-collaboration du pouvoir algérien avec le juge Trévidic. Il veut auditionner certains agent de renseignement français. Alger, par l’entremise du nouveau machin judiciaire, pose des conditions qui semblent inaccessibles d’après maître Patrick Baudouin, avocat des familles de moines. Il parle de parade non sans raison, mais quand même, pourquoi la France laisse-t-elle cette brèche ? Il est pour le moins étrange que l’État français puisse maintenir certaines dépositions sous le seau de la confidentialité. Les tractations françaises avec le GIA étant au cœur du dossier, comment le juge peut-il faire l’impasse sur l’exigence de la déclassification des documents en rapport ?

Le temps presse et la vérité sombre chaque jour dans l’oubli. C’est le pari d’Alger et du DRS. Marc Trévidic en est conscient. Il doit faire un choix existentiel. Soit il rugit comme un lion et met Paris et Alger dans la même enseigne -le 5 juin 2013, au journal Le Pèlerin, il avait déclaré qu’il ne lâcherait rien et ne laisserait rien au hasard -, soit il se désiste du dossier par respect aux moines, demande une mutation ou il se fait moine. Sept ans à faire la manche au bas de la muraille d’El Mouradia et le pied de grue dans le perron de l’Elysée, c’est plus que de raison.

http://fr.radiovaticana.va/news/2014/07/15/les_atermoiements_de_lalg%C3%A9rie_dans_lenqu%C3%AAte_sur_tibhirine/fr1-813385>

http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Des-hommes-et-des-dieux-un-film-en-heritage/L-affaire-des-moines-de-Tibhirine/Le-juge-Marc-Trevidic-Je-ne-lacherai-rien-sur-le-dossier-Tibhirine

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Un commentaire pour Le dossier de Tibhirine entre manoeuvres dilatoires d’Alger et cachoteries de Paris

  1. aghilas-koseila dit :

    azul fellawen,
    l’affaire de tibhirine n’ont encore elucider.les services français et algeriens jouent au chat et a la souris…tot au tard la verite eclatera !
    tanmirt ar timlillit.

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