Les flics redefinnisent les rapports de force (2)

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Abdelghani Hamel 1Pris au dépourvu par une protestation policière fulgurante, le pouvoir, du moins la présidence a joué la carte du dialogue et de l’apaisement. Devant une opinion mi-indignée mi-intriguée, il consentit très rapidement à certaines revendications sociales et promit d’en examiner d’autres qui, juge-t-il, relèvent de sa seule souveraineté. Rien n’a filtré sur les tractations. Ni sur le climat de la réunion où la tension devait être à son comble ni sur les mesures projetées pour résorber le malaise des policiers. Les contestataires qui avaient squatté l’entrée de la présidence pendant deux longs jours avec une audace insolente, sont rentrés les mains à moitié pleines pour les uns et à moitié vides pour les autres. Pour un mouvement « social » né sous césarienne et dans le secret et la clandestinité qui plus est de derrière les tranchées du pouvoir, le résultat de la manif pèse moins lourd que son impact politique sur toute l’Algérie.

Tout le monde en pâtira d’une dislocation majeure qui toucherait les piliers de l’État algérien. De tout temps, analystes et observateurs notaient chez les troupes de l’armée et les forces de l’ordre un esprit de corps et une obéissance sans failles à l’autorité. Aucun clan n’a essayé d’ébrécher cette caractéristique dont l’origine remonte aux premières heures de la guerre de Libération. La protestation inédite des policiers a provoqué un séisme, elle a pour effet d’écorner la belle image de cohésion. La crainte est qu’elle pèse sur l’imaginaire et soit mise sur la balance dans les analyses des spécialistes et dans les réseaux sociaux.

Quoiqu’il en fût dans la réalité, le clan présidentiel est d’ores et déjà perdant. La cohésion et la discipline qu’il affichait malgré le conflit au sommet de l’État ont été sérieusement ébranlées. Même hypothétique, le mal fera du mal au clan Bouteflika. Sauf rebondissement important, deux poids lourds du système en feront les frais à court ou moyen terme : le ministre de l’Intérieur Tayeb Belaïz et le DGSN Abdelghani Hamel.

Bien sûr, la présidence se gardera de céder à la revendication du départ de son poulain nommé après qu’un délicat consensus ait été trouvé pour garantir «l’équilibre des pouvoirs» — les tractations étaient rudes selon certains médias —, mais le camouflet que vient de subir le patron de la police, sommé de « dégager » par ses propres troupes, fait désormais partie de son passif. Il y a tout sauf de la discipline autour de lui. Tout le monde s’est interrogé pourquoi, il n’a rien vu venir. Pour un patron de la police qui plus est, est doté d’un service de Renseignement, c’est un comble. Seule la preuve de l’existence d’un complot criminel orchestré par des personnalités puissantes du système pourrait sauver sa réputation.

Pour Hamel, la manifestation et ses slogans laisseront des séquelles indélébiles sur sa vie future. Il ne pourra effacer de la mémoire de l’Algérien lambda la médisance ce qui fut raconté sur lui par certains policiers. Il fut littéralement jeté en pâture par ses adversaires qui, le moins que l’on peut dire, ont voulu sa peau. Le journal numérique TSA a rapporté de graves accusations contre Hamel. Il ne s’agit plus de sa gestion autoritaire ou de pratiques abusives liées à sa responsabilité de chef de la police, mais de dérives plus graves. Plusieurs membres de sa famille se sont immiscés dans le travail des policiers et auraient eu une conduite méprisante. Son fils, une tête brûlée, aurait, par exemple, retiré de police à l’un d’eux, ce qui dans la loi revient à le révoquer. Sa fille et sa belle-mère ne seraient pas du reste, insolentes, elles se conduisent en ville comme des chipies…

Tout est possible, mais dans ses apparitions à la télévision, rien dans l’expression de son visage dégageant sérénité et équilibre ni dans les propos mesurés qu’il tient régulièrement ne laissait penser à un comportement de potentat qui laisse sa famille salir sa réputation avec une conduite de parvenus arrogants. Si des parties malveillantes ont voulu nuire à sa réputation, ils ont fait mouche.

Un autre policier assure que les agents des forces de l’ordre n’osent pas arrêter des voitures de luxe contrevenantes de peur de tomber sur une huile ou un membre de sa famille. Ils sait que Hamel ne le protège pas contre les représailles ou les vexations qui leur tombent sur la tête. Ce qui en dit long sur l’impunité et l’anarchie qui règnent dans l’État algérien.

Source TSA: Pourquoi les policiers manifestent : témoignages de trois manifestants

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Les flics redefinnisent les rapports de force (2)

  1. balak dit :

    La loi de la jungle ou comme le dit le proverbe « Kima tadine toudane –> Comme tu fais on te fera » – la chaine alimentaire ,quoi!

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