Tibhirine, le petite cailloux dans la chaussure de rab Edzayer

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arméedfvdLes dizaines de milliers de crimes contre l’humanité qui pèsent sur Rab Edzayer ont été balayés par un revers de la main. Les médias sous les ordres et la classe politique bien quadrillée n’ont pas eu de difficultés à se convaincre de la thèse officielle. Pour les mêmes raisons, la justice algérienne, née infirme dès l’indépendance, s’était déclarée de son plein gré… inapte à traiter des affaires sensibles mettant en cause le pouvoir. Depuis elle n’a jamais dérogé au statut.  En face du pouvoir absolu, aucune victime du terrorisme et du contre-terrorisme ou leur famille ne peut demander à l’État le droit à la vérité et la justice. Les plaintes sont systématiquement rejetées, les dossiers criminels bouclés et scellés au plomb avant d’être jetés aux oubliettes. Au grand soulagement de tous, la commission d’enquête diligentée par Bouteflika, conduite par un avocat sans prétentions ni envergure, n’a pas déterré un seul crâne, pas un seul fragment d’os des 20000 disparus. Les journalistes, l’opposition et la société civile ne s’en émurent pas outre mesure.

Les familles des victimes accablées, ont été «gérées» avec des hochets et des triques avant d’être réduites au silence par une mécanique implacable : la répression, la charte, la subornation et l’accusation de terrorisme. Cette dernière, la plus efficace d’entre toutes, est une véritable baguette magique, un sceptre de rab Edzayer. Elle lui a permis de faire des miracles. Des montagnes de dossiers ont disparus à jamais comme dissouts dans un bassin d’acide.  Ainsi débarrassé, lui et ses obligés agitèrent le brevet de respectabiliser. Les familles qui rejettent le déni de mémoire et affrontent avec une foi inébranlable la chape de plomb sont étroitement surveillées par les forces de l’ordre et mises en quarantaine, à l’écart des médias lourds. Les journalistes  du secteur public, au nom de la loyauté envers l’employeur (l’État) et le respect de sa ligne éditoriale (dixit Soraya Bouamama), mais aussi par peur de représailles, ne leur accordent aucun intérêt même si dans leur cœur subsistent de la charité et des doutes.

Toute la décennie rouge a été ainsi effacée de la mémoire. Rien de leurs salles affaires n’en a subsisté. Rien sauf, un. Un seul dont il est impossible à Rab Edzayer de l’enterrer avec les autres. Le dossier des sept moines trappistes représente le dernier et le seul crime odieux de la décennie rouge qui continue de donner du fil à retordre à Rab Edzayer et par ricochet au DRS, à l’état-major, au pouvoir occulte, à l’État et à sa diplomatie. Si les familles des sept victimes continuent à bénéficier d’un écho médiatique important, ce n’est pas à cause de leur insigne courage ou à une conscience plus développée à celles des familles algériennes, mais parce qu’ils ont la chance d’être Français, d’appartenir à un pays où la dignité des citoyens, les droits de l’homme et le droit à la justice n’est pas un vain mot.

À l’approche de chaque rendez-vous diplomatique de haut niveau entre l’Algérie et la France, les familles se manifestent. Directement ou par les biais d’organisations solidaires de  leur cause ou des personnalités qui les représentent. Elles ne manquent aucune occasion pour rappeler au gouvernement son devoir envers les moines. L’activisme résolu pour la vérité mettent mal à l’aise aussi bien Alger que Paris. Pour l’Algérie, l’histoire des moines, gérée dans l’opacité et le mépris, devient un fardeau et une source de nuisance permanente à sa «respectabilité».  Plus il atermoie, plus il s’enfonce.  Le gouvernement algérien est mis sur la sellette pour non-collaboration suspicieuse et chacun des hauts responsables, quand il est pris au dépourvu par les médias français, doit se contorsionner pour trouver le meilleur des mensonges…

Loin en arrière, seul, au fond de son bunker, un esprit furtif considère les évènements, soliloque et pianote sur le bureau. Un seul regret le ronge : l’annonce de la découverte des têtes. Quelle idée de m… c’était !

http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2807-2808p009.xml0/terrorisme-christiane-taubira-manuel-valls-moines-de-tibhirine-algerie-france-algerie-valls-taubira-et-les-moines-de-tibhirine.html

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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