Le président Moncef El Marzouki hué et insulté par des citoyens

Démocrtaie dégage
etyuturty

Durant ses trois années de mandant à la présidence, Moncef El Marzouki, confronté à la dure réalité de la Tunisie profonde, a dû mesurer chaque jour le gouffre qui la sépare d’un pays solide et d’une nation épanouie.

Mezouki dégage !
Durant ses trois années de mandant à la présidence, Moncef El Marzouki, confronté à la dure réalité de la Tunisie profonde, a dû mesurer chaque jour le gouffre qui la sépare d’un pays solide et d’une nation épanouie. La Tunisie qui s’offre à lui depuis son retour de l’exil, malgré le haut degré de conscience de la classe politique, la mieux cotée dans le monde arabe, reste loin de ses espoirs. Les stigmates de l’ignorance, de l’inculture, de l’incivisme et de violence gratuite sont encore palpables sinon s’étendent et prennent de l’ampleur. Sans parler du phénomène du terrorisme, ce mal absolu qui a attendu la démocratie pour bondir comme un fauve assoiffé de sang. Cette Tunisie longtemps dissimulée dans l’hypogée de la Tunisie Potemkine de Ben Ali le potentat n’a pas disparu dans le fracas de sa chute. Elle s’est au contraire réveillée, s’est déchaînée et a investi les lieux publics menaçants la fragile démocratie naissante. L’élite tunisienne n’a pas encore mesuré les vrais dangers de l’absence d’un code d’honneur dans les débats publics et dans les campagnes électorales, laissées aux soins des inconscients.
Le jour du scrutin législatif, le 1er président de la Tunisiede l’après-Ben Ali s’est rendu dans un bureau de vote et a accompli sans tambour ni trompette son devoir électoral. Une sobriété inexistante dans les pays arabes. Pourtant, son insigne modestie ne lui a pas été d’un grand secours auprès d’une certaine catégorie de citoyens. À la sortie du bureau, il fut accueilli par une foule haineuse au cri de «Merzouki dégage». Le président silencieux a frayé son chemin au milieu de cette atmosphère tendue avec le cœur chargé gros et l’esprit dans le vague, dans la Tunisie du lendemain. Il a peur pour son pays. Il est tiraillé par deux idées contradictoires. Il sait que les dieux punissent les victorieux arrogants. L’hostilité des foules qui le huent dans ses sorties
publiques, est-elle saine? Est-elle le tribut de la démocratie ? Ou bien, au contraire, elle est signe d’une arrogance stupide, d’un sacrilège de la liberté, de l’absence de maturité qui risque de mettre en danger la démocratie déjà contestée par les forces de régression ? La réponse, on se permet d’en douter, est plus proche de l’espoir, mais avec une note amère, l’espoir reste mince et fragile.
Pas plus loin qu’hier, alors qu’il menait sa campagne électorale, le président El Merzouki, candidat à sa propre succession, a vécu une situation plus dangereuse. À Chebba, gouvernorat de Mahdia, des groupes hostiles chauffés à blanc se sont introduits dans son rassemblement et ont commencé à l’injurier et à perturber son allocution. Les groupes qui se sont arrogé le droit de décider qui peut faire campagne dans leur ville et qui en est interdit ont resserré l’étau autour de son périmètre de sécurité rendant la situation intenable. Finalement, son évacuation fut décidé et il est parti à la hâte. Ainsi, les forces occultes ont eu gains de cause. Puisqu’elle a des maîtres et des seigneurs, qui garantira, demain, l’intégrité du scrutin à Chebba ? Si d’autres partis politiques se taisent sur ses dérives, la démocratie en Tunisie, déjà dans la ligne de mire des djihadistes et de tous les pays arabes autoritaires, fera long feu.
Les foules inconscientes, mal encadrées ou manipulées, ne se doutent pas qu’elles courent vers leur propre perte. L’abus dans l’usage de ses droits exacerbe les tensions et crée une situation d’instabilité. Pourquoi s’en prendre à un président sortant du moment que de l’avis de l’ensemble de la classe politique, les règles démocratiques et l’intégrité des élections et leur transparence sont garanties ? Le «régime» imposé par les foules et la violence politique n’ont d’autre issue que le retour de l’autoritarisme militaire ou policier.
BHL dégage !
D’autres foules, d’horizons politiques différents, mais de la même acabit que les précédents se sont arrogé quant à eux le droit d’interdire tout le pays — littéralement — à des étrangers qu’ils considèrent indésirables. À la barbe des autorités, ils transforment leur opinion politique en lois exécutables sur le champ. À l’aéroport de Tunis, Bernar Hery Lévis fut accueilli par le même slogan que celui opposé à Merzouki : «BHL dégage !» La foule déterminée, inquiétante, a menacé le visiteur d’attenter à sa sécurité s’il ne retournait pas dans son pays. La menace était sérieuse. Après des moments d’hésitation, BHL a cédé au chantage et montra ses talons. La loi des foules avait triomphé.
Certains, pourtant démocrates, ont applaudi à tout rompre pour cette «expulsion» officieuse. On se demande où est passée leur sagesse. Certes, BHL n’est pas le bienvenu pour une large partie de l’opinion publique essentiellement pour sa connivence déclarée avec Israël et son mépris pour les victimes
palestiniennes, mais il n’en demeure pas moins qu’il avait parfaitement le droit de rentrer et de circuler librement en Tunisie. Un pays libre est un pays de droit et dans un pays de droit, la loi est souveraine. Les foules sont faciles à manœuvrer. N’importe quelle force bien ou mal intentionnée, légale ou clandestine, peut s’adonner au jeu de la loi des foules. Et on se plaint et on proteste quand de grands prédicateurs musulmans sont refoulés des aéroports européens. Le dernier en date, Tarik Suwidan qui a vu sa demande d’entrer en Belgique refusée. Il ne faut pas se plaindre non plus quand des Maghrébins, indésirables en France, sont refoulés manu militari.
La démocratie en Tunisie a un long chemin devant elle avant de guérir le mal de l’inconscience et de l’incivisme des pans entiers de la société que le colonialisme ensuite deux régimes autoritaires ont cultivé pour asseoir leur pouvoir. L’élite saura-t-elle rattraper le temps perdu et combler les failles par où la tyrannie pourrait revenir au galop ? L’avenir le dira.

http://www.youtube.com/watch?v=QF2X83S58Mg
https://www.youtube.com/watch?v=2tZH0484fBM

http://www.businessnews.com.tn/moncef-marzouki-degage-de-son-meeting-populaire-a-chebba,534,51044,3
http://fr.wikipedia.org/wiki/Moncef_Marzouki

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Le président Moncef El Marzouki hué et insulté par des citoyens

  1. idhourar dit :

    Apres nous le deluge, semblent hurler ces oiseaux de mauvaises augures que sont les apparatchiks et les milices de l ‘ex gourou Benali, ils sont prets a faire de la Tunisie la terre brulée que les charognards d’ alger ont suscités dans leur propre pays et qui a fait des emules dans tous les pays arabes ou la lueur d’ espoir a été aneantie par ces monstres en uniforme (lybie, egypte syrie ,etc).

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