Kamel Daoud et la décennie noire ou l’art du clair-obscur

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Kamel DaoudComme Jacques Marie Bourget, le journaliste écrivain Kamel Daoud juge et tranche dans des dossiers lourds en se fondant sur l’extrapolation rétroactive. Autrement il justifie un acte criminel ou subversif à l’aune d’un bouleversement politique ultérieur observé très loin ailleurs.

Dans une rencontre-débat, organisée par France Culture dans le musée des civilisations, Kamel Daoud a été invité de s’exprimer  sur la décennie noire. La teneur du débat à été enregistrée et mise en ligne le 21 novembre dernier. Jusqu’au alentours de la 60e minute de la vidéo, on y voit l’auteur de l’excellent «Meursault contre-enquête» relativement circonspect et assez distant des deux lectures contradictoires de la décennie noire. Il n’a dédouané personne et n’a encensé aucune partie de la tragédie. Il s’est gardé de sortir de l’espace circonscrit à son vécu et à son témoignage. Il évita de  s’engager dans les présomptions défavorables à l’armée même si elles n’ont pas besoin de confirmations comme le crime des disparitions forcées. Sur les questions cruciales de la manipulation de l’opinion ou celle des groupes armées, il a donné des réponses platoniques, vides de sens esquivant adroitement le fond du problème. En revanche, il n’a pas trouvé du mal à revoir son opinion sur la violence de l’arrêt du processus électoral. Avant, il se disait que la décennie noire était la conséquence directe de putsch des généraux. Plus maintenant…

La tournure qu’a prise le printemps arabe a transformé sa vision des choses… Il affirme sans ciller que si l’armée avait laissé le FIS prendre le pouvoir, l’Algérie aurait tut aussi sombré  dans la violence. Il explique doctement que la violence était endogène au courant islamique et elle se serait exprimée d’une manière ou d’une autre… Autrement, une aile radicale insatisfaite du FIS aurait revendiqué une application plus sévère de la charia et aurait pris le maquis pour combattre le FIS. Il en est à présent certain, sinon il ne prend pas le risque d’annoncer une aussi grave analyse. Il prend pour preuve ce qui s’est passé dans les pays arabes sans les nommer. Tout compte fait, si l’on suit sa logique, Nezzar et sa bande avaient raison de rejeter la victoire du FIS…

On se demande qui sont ces pays arabes dont les islamistes ont pris le pouvoir et ont sombré dans la violence. La Tunisie ? Ennahda a canalisé la grande majorité des islamistes et sauvé l’unité du pays. Le terrorisme y était une fatalité, mais il est resté restreint à une infime minorité. Que serait aujourd’hui le pays si tous les islamistes avaient été écartés du jeu politique par la force. L’embrasement général. L’Égypte ? Le terrorisme y a vu le jour après le coup de force barbare des militaires et leurs commensaux les laïcs. Pendant le mandat de Morsi, l’Égypte n’a pas connu de phénomène de radicalisation violente. Et la Turquie, pourquoi monsieur Daoud ne la pas prise comme exemple. Après une décennie de règne, l’islamisme modéré d’Erdogan s’est plutôt bien comporté politiquement hormis quelques bavures diplomatiques. Il n’a pas appliqué la chariaa, il n’ a pas annulé la Constitution, ni dissous l’armée, ni pourchassé les laïcs. Il n’a pas été supplanté par les radicaux. La démocratie a survécus à sa prise du pouvoir, tous les autres partis ont la possibilité de les déloger par les urnes. Pourquoi projeter les pires situations sur l’Algérie?

Disons tout de même que Kamel Daoud n’est pas une Salima Tlemçani. C’est déjà. Espérons pour lui qu’il n’assiste à d’autres bouleversements politiques à l’étranger. On ne souhaite pas qu’il s’en inspire pour revoir de fond en comble encore une fois ses opinions sur la décennie noire…

http://www.dailymotion.com/video/x2an936_le-temps-des-archives-la-decennie-noire-en-algerie_school

 

N. B. Je n’ait pas écouté le tiers restant de la vidéo. Je le ferais plus tard.

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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3 commentaires pour Kamel Daoud et la décennie noire ou l’art du clair-obscur

  1. ali tout court dit :

    Merci, je vais aller voir le debat.
    Aurais t-il aussi dit , à propos des islamistes, que lui meme était un fervent islamiste avant de virer de bord comme on peut le constater actuellement. Il etait dans sa jeunesse tres proche du FIS, Moi je dirais juste que ça ne fait pas trop sérieux tout ça, sauf peut etre dans sa réussite à surfer (meme avec du simple vent) sur des « sujets du moment ». Sans plus malheureusement.

  2. idhourar dit :

    A KD : cette jolie citation « Le compromis, ça n’est pas la compromission, c’est l’envers du fanatisme. La compromission c’est la lâcheté. Le compromis, c’est le courage. »
    -de Adam Michnik

  3. amar Bouzwar dit :

    Peut être qu’il se positionne dans la sphère médiatique parisienne en s’inscrivant dans le courant
    idéologique dominant dans cette dernière en pensant à son avenir et à ces prochains livres. Peut-être.

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