Dzeriet ou le nouveau visage du colonialisme

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boutef masiasZohra DerdourisdgsL’Algérie française ! Le slogan des pieds-noirs, que nos ancêtres ont combattu avec la dernière énergie et ont donné leur vie pour le bannir, ne s’est jamais bien porté en Algérie et traduit dans la réalité qu’en ces tristes années de dictature. L’Algérie française est revenue dans les poches d’Abdelaziz Bouteflika qui, lui-même, est arrivé sur un char escorté de canons. Il est arrivé à la présidence avec un arabe impeccable. Beaucoup d’observateur avaient remarqué et souligné son éloquence et son sens de la repartie. Enfin, disaient-ils, soulagés, l’Algérie aura un président qui honorera le pays après les démérites culturels et intellectuels de ses prédécesseurs. L’arabe retrouvera ses lettres de noblesse sous l’égide de ce grand tribun et s’épanouira partout où la responsabilité de l’État est engagée. La gloire des Martyrs et la souveraineté de l’Algérie allaient retrouver leur grandiose éclat. Etc.  Quelques mois après l’investiture, la désillusion fut brutale et totale.

Bouteflika est tout sauf un gardien des constantes nationales. Très vite, il heurtera les consciences en osant discourir dans la langue de Molière indifféremment au peuple ou aux médias étrangers. Un sacrilège qu’aucun président algérien n’a commis avant lui. Pendant ses mandats, la langue officielle a enduré les pires humiliations au nez et à la barbe du FLN « historique » et les moudjahidine transformés en potiche. La langue arabe ne devait pas seulement tolérer la présence de médias francophones, désormais, elle est bousculée dans ses bastions comme le perron de la présidence et les salles de communication du gouvernement. Les hauts commis de l’État ont appris avec lui à parler sans complexe au peuple algérien dans la langue que la majorité ne comprend pas et la rejette. Ultime outrage à la République, l’État de Bouteflika-DRS reçoit les dignitaires étrangers dans la langue des colons.

Le mal s’est très vite répandu dans la « haute » société algéroise, cette caste d’individus et de familles issue des entrailles du protectorat militaire des années noires. Tous les aspects de la vie coloniale resurgissent dans la vie publique. Les fêtes, les festivals, les conférences s’organisent en français. Leur transmission à la télé se fait en français, les ministres parlent en français et baragouinent dans un arabe à écorcher l’amour-propre des morts avant celui des vivants.

Bouteflika, calamité par excellence, a tout perverti, tout subverti. La corruption qui a bâillonné la classe politique et mis fin à son nationalisme n’est pas son seul tour de force. La langue et les valeurs de Novembre sont ses plus grandes victimes. Avec un état-major déjà éclaboussé par les crimes contre l’humanité et engraissé jusqu’à la réplétion par l’argent sale, Bouteflika les a mis dans la poche et n’a pas eu de mal à mener le reste des commis par le bout du nez. Sa devise « Combien tu vaux, je t’achète » a fait l’effet d’un bâton magique. Il a pu créer un univers nouveau, une caste d’acculturés qui a craché sur son passé, sur sa culture,  sur sa langue… au nom de la modernité. Ils sont l’image antithétique du salafisme qui nous renvoie quatorze siècles en arrière.

L’Algérie française revit donc et se porte bien. Si bien qu’elle parade, nargue et outrage par sa seule ostentation. L’histoire, dans une décennie ou deux, sera réécrite sur l’axe Paris-Alger. Le peuple divisé, affaibli, corrompu, perverti a oublié ce pour quoi ses aînés sont morts. La langue ? Certainement pas. Liberté ? Il n’en a pas vu la couleur. Il a perdu ses repères culturels et ne revendique sous le règne Bouteflika-DRS  que ses droits biologiques. Et pour progrès, il doit se contenter de « Miss Algérie » en attendant plus tard le « Mariage pour tous »… Même si linguistiquement, elle s’est jetée à ses pieds, la mère Patrie ne dévoilera pas pour autant son savoir-faire à l’Algérie comme elle l’a fait pour Israël. Elle n’ouvre jamais ses bras pour nous. Nous resterons de méchants Arabes. Juste bon à consommer ses biens, renflouer ses banques et s’émerveiller de ses exploits.

Seule la religion résiste dans la campagne et dans le sud. C’est parce que le livre saint est arabe, il est porteur de liberté, d’égalité, de dignité… Le summum de sa force : il est éternel, intemporel. Plus solide que les pyramides, il survit à toutes les tyrannies pour en montrer la vanité aux peuples soumis. Le pouvoir, fut-il puissant, ne peut le manipuler au grand bonheur de l’humanité. Malheureusement, comme au temps des pieds-noirs où le maraboutisme et les zaouïas ont retardé le sursaut national, la religion, aujourd’hui, résiste mal puisque prise en charge par des djihadistes terroristes ou des prédicateurs et des théologiens fanatiques manipulables à satiété. Les Bennabi et les Larbi Tebessi qui savent conjuguer foi, modernité et pragmatisme ont disparu. Pour l’immense majorité des Algériens qui, le vendredi, restent à la maison silencieux ou se rendent à la mosquée tête baissée, la douleur est grande. Ces laissés-pour-compte ne reconnaissent pas leur pays et la vie culturelle transmise par la télévision officielle. Ils endurent une réalité imposée par Bouteflika et ses parrains comme leurs ancêtres enduraient la réalité d’une Algérie française raciste, dominante et inique.

Une fête algéroise entre francophones en l’honneur des femmes :
https://www.youtube.com/watch?v=_ue4BhnIhJ8

Sellal, le premier ministre qui a un nif surdimensionné, fait un point de presse en français en compagnie du premier ministre turc :
https://www.youtube.com/watch?v=FO9I1DS_whI

Madame la ministre des postes et télécommunication, Zohra Derdouri, commettant la  même indigne prestation :
https://www.youtube.com/watch?v=RLOtonTC-k4

 

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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4 commentaires pour Dzeriet ou le nouveau visage du colonialisme

  1. Belahreche dit :

    Autant fait de la langue de molière la langue officielle de l’Algérie, et autant que l’Elysée nomme un gouverneur de la province nord africaine comme au bon vieux temps.

    • benbel dit :

      mais c’est déjà fait et il s’appelle Jean-Louis Bianco nommé représentant spécial pour l’Algérie

  2. Djamel M dit :

    Sur YouTube, on tombe parfois sur des perles, comme cette superbe vidéo sur laquelle on voit, lors d’une cérémonie officielle, un responsable algérien de la sécurité civile donc du ministère de l’intérieur faire son allocution en français et son homologue américain lui répondre en arabe. Grandiose

  3. Bonny dit :

    Ils boivent la langue du colonisateur jusqu’à ne plus avoir soif !
    De véritables colonisés !

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