Kamel Daoud et les généraux Bentalha

srgsrt36552sert114

 Kamel Daoud
Retour sur une vidéo traitant de la décennie noire. Il est intéressant d’entendre le témoignage et l’opinion d’un journaliste francophone atypique. A la différence des journalistes éradicateurs qui assument les mensonges et les défendent sans arguments ni preuves, Kamel Daoud tente de décrire la réalité et d’en décrypter «l’arrière-plan». Voici une transcription de la vidéo, agrémentée de commentaires «ouatés». Le passage en question commence à la 44e minute.

— Jeune, Kamel Daoud fut attiré par le phénomène religieux. Il connut les camps de prédications, des groupuscules ne dépassant pas une dizaine de membres, formés pour vivre dans une ambiance de piété et de dévotion dans les mosquées, voyager et faire du prosélytisme. Une fois mature, la crise politique grave entre le F.I.S. et l’armée ouvrit ses yeux sur les aspects nuisibles de l’islamisme. Il appela l’activité politique et la rébellion armée d’« arrière-plan » du phénomène religieux. Ce qualificatif laisse penser qu’il admet avoir été berné par un phénomène qui avait des objectifs plus grands que la simple piété et la moralisation de la société. Il citera le fascisme, le projet universel… Il s’est dit que sa méprise est humaine, tout le monde pouvait mordre à l’hameçon. Il a fallu les atrocités de la décennie noire pour comprendre les objectifs des stratèges du mouvement islamiste.

— Karima Dirèche, historienne, directrice de recherche au CNRS et directrice de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain de Tunis, présente dans la conférence, a fait, quant à elle, une étonnante conjecture sur le phénomène de l’islamisme algérien. Il serait né avant l’indépendance, en parfaite connivence ou à l’instigation des Frères musulmans égyptiens (!). Des cellules dormantes ont même été implantées depuis l’époque… Kamel Daoud, loin d’être incommodé par l’originalité et l’audace de l’idée, confirme. Le GIA et Zitouni seraient ainsi l’aboutissement d’un complot ourdi de longue date dans le plus grand secret…

— Tout de suite après cette révélation, les conspirateurs changent brusquement de visage pour les deux conférenciers. Kamel Daoud est à présent convaincu que « L’islamisme a été fabriqué par les régimes dans le monde arabe. On le fabrique en même temps, on le détruit ; c’est un cercle vicieux », dira-t-il. Il laisse ainsi les auditeurs s’interroger sur le véritable comploteur : les régimes arabes, les frères musulmans ou les deux à la fois ? Difficile de répondre.

— La question de manipulation de l’opinion et la désinformation est posée crûment par l’animateur.

— Kamel Daoud, après avoir mis au pilori les islamistes, avoue ignorer ce qui s’est passé exactement. La manip, il ne la nie pas et ne la rejette pas. Au même titre que la question fondamentale de la responsabilité des massacres, il ne « dédouane personne ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que le chroniqueur du Quotidien d’Oran est toujours dans le mauvais camp. Jeune, il fréquentait les camps des islamistes manipulés sans le savoir, aujourd’hui, il rejoint le camp du « qui-tue-qui » sans le savoir.

— Karima Dirèche se joint à lui sans faire attention elle aussi. Elle invoqua « l’intelligibilité de la période historique », autrement, un grand flou entoure la décennie noire. Vite, elle dévie sur une notion nouvelle qu’elle appelle « Sidération de la société » algérienne. Comme tout bon « kitukiste », elle reconnaît que les gens ne savaient pas d’où venaient véritablement les coups (c’est le b.a.ba du kutikisme). Ses doutes sont si forts qu’elle remet en cause la question de bipolarisation armée-islamistes sur laquelle s’accordait pourtant l’immense majorité des observateurs. Sa perplexité et sa « sidération » sont telles qu’elle en arrive à douter sérieusement sur l’unité de l’armée, laissant entendre qu’au sein de l’armée, un clan agissait avec brutalité sans se référer à l’état-major qui représente l’ANP. Ce que, par précaution, les « kitukistes » se sont tués à affirmer sur la base de très sérieux témoignages.

— Kamel Daoud révèle une « petite marque technique » en complément de ce qui fut dit. Elle se révèle un témoignage important. Selon lui, les moyens de communication que l’armée utilisait étaient « très traditionnels » ; ils étaient inadéquats pour la période. Lui, il travaillait pour un journal à l’époque et se rappelle que l’armée « ne savait pas gérer les chiffres ». Il donne un exemple : l’APS, l’agence officielle, fournissait toujours des chiffres minorés, réduits, avec l’intention de ne pas créer un effet de panique. Il pense que la conséquence de cette politique a été négative. Elle avait perdu la crédibilité et avait suscité la suspicion et le doute dans l’opinion.

— Daoud dit avoir interrogé des rescapés du massacre de Had Chekala. Il a vécu « la sidération » comme « une fascinante mécanique de déni cloisonné ». Il fait le parallèle entre un village massacré et un un village voisin distant de lui de 500 mètres à peine. Les habitants du village épargné agissaient comme s’il n’y avait pas eu de massacre dans l’autre village. Il y voit « un déni cloisonné par survie »… Le cerveau, la raison, la conscience, explique-t-il, fonctionnent par cloisonnement pour pouvoir continuer à remplir normalement leurs fonctions. La sidération pour lui revêt une idée «d’insensibilité de survie» où le danger réel est nié, escamoté de la conscience. Le concept n’est pas dénué de bon sens, mais il est à se demander pourquoi Daoud n’a pas élargi la notion de déni par cloisonnement à l’armée. Durant les massacres, les commandements des casernes militaires environnantes et le haut commandement de l’armée qui savaient ce qui se passer, étaient-ils victimes de déni par cloisonnement ou ronflaient-ils par cynisme aux populations douteuse ?

— L’animateur de la conférence passe en revue une autre vidéo sur la tragédie, intitulée « la madone de Bentalha », exactions en Algérie, le fameux « qui tue ? »

— Kamel Daoud se pose toujours la question de savoir pourquoi l’armée n’a pas protégé la population massacrée dans des régions ou dans les quartiers jouxtant les casernes. Il en donnera quelques réponses types sans indiquer s’il les a recueillies lui-même ou les a lues dans la presse.

— En 97, 1000 morts à Ramka et Had Chekala. Au lendemain du massacre, Kamal Daoud était en permanence dans le journal, il s’est rendu avec son chauffeur sur les lieux. Une fois sur place, il n’y avait en tout et pour tout que deux journalistes : lui et un photographe de Reuters… Pour parvenir au lieu de la boucherie, il est passé par le village Ain Tarek, celui de Had Chekala (le massacre ne s‘est pas produit proprement dans cette localité) et il fallait encore grimper 7 km dans la montagne de l’Ouarsenis. Une fois arrivé, il fut tétanisé par le spectacle macabre et il en est devenu malade. L’horreur dépassait l’entendement et secouait fortement la raison. Comme s’il sentit un cratère immense dans son âme. Bilan, 1000 morts. Voulant aller à la rencontre des rescapés, il dut les chercher loin. Il retrouva le chemin des douars environnants grâce à la vaisselle et aux effets personnels qui, dans la fuite précipitée, étaient tombés ou abandonnés par les rescapés qui ont eu la chance de fuir.

— Là, il recueillit le témoignage des gens qui n’avaient pas de doutes sur l’identité des coupables (il laisse entendre que ce sont des islamistes terroristes). Bien sûr, admit-il, en contrebas, à quelques kilomètres, existaient des cantonnements de l’armée. C’était d’abord des régions très difficiles, commença-t-il par exposer les éléments qui plaident en faveur l’armée, le mouvement des militaires était très difficile, il y avait le souci de ne pas s’exposer à des pièges. Pire, les militaires avaient des doutes quant aux populations à secourir. L’armée craignait que des terroristes aient simulé un massacre pour l’attirer dans un piège mortel. Mêmes arguments martelés pour d’autres massacres célèbres avec une variante irrationnelle du général-major Khaled Nezzar. Ce faisant, comme anticipant les critiques, Daoud prit la précaution d’ajouter qu’en disant cela, il ne veut dédouaner quiconque.

Enfin, quand il est revenu à la rédaction, il fut tristement surpris par la Une des journaux. Elles ont annoncé « des dizaines de morts » seulement.

http://www.dailymotion.com/video/x2an936_le-temps-des-archives-la-decennie-noire-en-algerie_school

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans armée, DRS, Islamisme, Terrorisme d'Etat. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Kamel Daoud et les généraux Bentalha

  1. Bonny dit :

    Il est du même acabit que Medeb !

Les commentaires sont fermés.