Sid-Ahmed Ghozali, médecin ou vétérinaire ?

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Sid ahmed Ghozali jhLa semaine passée, l’Algérien a eu droit à l’apparition d’un dinosaure de la politique algérienne. Un vieux cacique de l’ancien système, mis au ban de la politique depuis belle lurette, s’accroche avec sa salive au rêve de reprendre du service dans les hautes sphères du pouvoir. L’amour de la patrie n’a pas d’âge, en effet. L’ancien chef de gouvernement et ancien ministre au papillon légendaire a accordé un entretien au journal numérique TSA et livra son opinion sur la situation politique et économique de l’Algérie. Comme à son habitude, il usa d’une élocution à faire rougir les fakakire et même beaucoup de Français. Au moins sur ce point devenu problématique depuis qu’Abdelaziz Bouteflika s’est entouré de bafouilleurs, rendons-lui grâce et disons : Chapeau !

Chapeau bas aussi pour les mises en garde sur la situation économique périlleuse savamment exposée et illustrée avec des chiffres et des exemples concrets. Sans peine, il a déconstruit certains clichés trompeurs propagés à dessein sur la solidité financière de l’Algérie acquise sans effort durant les belles années de l’envolée pétrolière. Ainsi en est-il de l’expression « l’Algérie est un pays riche » ou de l’« excédent financier » confortable. Quoique l’expertise économique de Sid Ahmed Ghozali n’a rien apporté de nouveau, tous les observateurs savent que l’Algérie est dans une impasse et que le pouvoir s’obstine comme un forcené à aller droit dans le mur. Son intervention s’est distinguée par son côté pédagogique, il a su vulgariser en quelques réponses « le danger économique » et donner une meilleure visibilité à cette triste réalité produite et occultée par le régime de Bouteflika.

Hors du champ économique, l’expertise de l’ancienne coqueluche des généraux bat de l’aile. Elle se fait moins brillante. Il tâtonne et patouille avec des conceptions qui ont fait leur temps et rendu l’âme. En politique, SAG rendosse le costume du harki du système et réadopte ses réflexes. Pour lui, l’armée est incontournable dans le processus de transition démocratique escompté par les Algériens. Incontournable, aussi, est l’amendement de la Constitution pour y inscrire des prérogatives militaires plus larges, conformes aux nouvelles tâches qu’elle sera appelée à accomplir. Si Sid Ahmed Ghozali voulait faire un appel de pied à l’armée, il ne pouvait le faire autrement sans mettre en jeu sa crédibilité comme l’a fait Mouloud Hamrouch pour qui rien ne réussira en politique si l’armée ne s’y implique pas de manière musclée. D’ailleurs, Ghozali reconnaît explicitement la convergence des points de vue.

Que préconise Ghozali en substance ? La tutelle de l’armée encore et toujours. Il propose une durée transitoire de 30 ans où l’interférence plus ou moins directe des militaires dans le champ politique serait légalisée et écrite noire sur blanc dans la Constitution. Ainsi, les harkis du système ne se sentiront pas harkis et les scrupules disparaîtront… Si à l’issue de trois décennies, les partis politiques n’étaient pas assez mûrs pour prendre le vrai pouvoir, eh bien, les pauvres généraux continueront malgré eux… à « remplir l’importante mission de protection de la République » en parrainant des harkis comme lui et en créant un autre système. Cette solution transitoire rappelle son triste discours en janvier 1992 où il donna les pleins pouvoirs aux généraux putschistes. La vision de SAG sur la nature du régime politique part d’un principe simple et cher aux tyrans arabes et aux puissances coloniales : le peuple n’est pas mûr pour la démocratie, n’a pas droit à la liberté. Et des cadres comme lui seront plus utiles pour leur pays en servant sous la coupe d’un pouvoir militaire plus ou moins déguisé.

Le sentiment d’obédience aux militaires qu’inspire Ghozali se renforce avec sa conception des moyens utilisés pour parvenir au changement du régime. Il donne un exemple frappant. Pour lui, la vraie politique ne consiste pas à « faire quelque chose » sous l’impulsion de l’urgence, allusion faite aux partis de la CNLTD (La coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique), mais à agir insensiblement comme un médecin face à un malade. Quel que soit l’état du patient, le médecin ne perd pas le sang-froid et fait un diagnostic complet. La métaphore qu’il évoqua, si elle peut paraître pertinente, elle ne cache pas moins une certaine distance froide entre le médecin et le patient souffrant. Un médecin s’il n’est pas payé, si le malade ne vient pas le voir, la maladie se complique et le danger s’aggrave. C’est le cas de SAG. On ne trouvera pas chez lui, l’ombre d’une relation affective entre lui et le peuple, censé être l’objet central de son analyse et victime actuelle et future du système qu’il répugne. Il s’inquiète du sort des Algériens comme tout bon aviculteur s’inquiète pour sa volaille ou tout bon vétérinaire qui s’inquiète pour les animaux malades. Si un chien succombe, il y en a mille autres…

Sur le même registre, Sid Ahmed Ghozali, tel un bourgeois salonnard, n’aime pas se frotter avec la rue ou entrer dans le jeu des alliances de l’opposition, ce serait trop prosaïque. Il ne fera pas « quelque chose » jusqu’à ce que l’armée veuille bien intervenir et trancher dans le vif. L’agonie des Algériens, leur désarroi, le mal de vie, les crimes contre l’humanité, les violations des droits de l’homme, il n’en évoquera rien. Bof, comme dirait Hervé Bourges, l’ami de Bouteflika, les gémissements ne franchissent pas les murs de sa demeure cossue. Ghozali examine la situation et le ghâchi avec les yeux d’un vétérinaire. Il note, il commente la présence du mal, mais ne remarque aucune plainte. Il ne ressent rien et ne peut donc avoir de compassion à formuler. Attendre les grands coups décisifs, sans passer par des étapes, sans préparer le terrain par un travail de fourmi, répondrait, selon lui, à une question d’efficacité. Cependant, il ne faut pas conclure qu’il est dépourvu de cœur. Tant s’en faut. Les Iraniens opposés au régime des Mollahs et soutenus par les puissances occidentales n’oublieront pas de sitôt sa solidarité indéfectible, et son engagement actif à leur cause…

http://www.tsa-algerie.com/2014/12/03/entretien-sid-ahmed-ghozali-aucun-changement-nest-raisonnablement-envisageable-sans-larmee/

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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2 commentaires pour Sid-Ahmed Ghozali, médecin ou vétérinaire ?

  1. Amar Bouzwar dit :

    «Mais Sid-Ahmed Ghozali n’apporte pas sa contribution pour sortir de la crise, ni pour dépasser cette contradiction héritée du mouvement national. Il exprime un dépit, une insatisfaction de quelqu’un qui estime avoir été écarté injustement et qui se venge en divulguant « un secret ». On n’est pas dans la politique, on est plutôt dans l’incohérence et les contradictions d’un serviteur zélé apolitique d’un ordre politique anachronique qui n’a pas compris les ressorts de la conflictualité mondiale, alors qu’il a été ministre des Affaires étrangères et ambassadeur
    http://oumma.com/Le-harki-du-systeme-et-la-croisade»
    Lire le reste dans: http://oumma.com/Le-harki-du-systeme-et-la-croisade

  2. anonymous dit :

    Je connais un veterinaire qui s’est déplacé de nuit juste pour verifier de quoi etait mort le chat d’un « client ». Au départ, il s’agissait de venir voir de quoi le chat souffrait, mais etant sur le terrain auprès d’une vache malade, le veterinaire a eu du retard. Entre-temps le chat était mort, mais le veterinaire est quand même passé, tard la nuit. Le vétérinaire est un être humain et les êtres vivants qu’il soigne ne lui sont pas totalement indifférent.

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