J’ai fait un rêve : Khaled, le mécène

khaledHier, j’ai fait un rêve étrange. D’habitude, j’ai le sommeil léger, mais cette nuit fut différente, j’ai pu dormir comme une souche. Et cerise sur le gâteau, j’ai fait un songe. Un songe inachevé, faut-il préciser. Je ne sais si c’est un présage ou une manipulation onirique commanditée… Bon, toujours est-il que j’ai vu le chanteur Khaled sous ses meilleurs jours. L’esprit éveillé et la conscience rétablie. En revanche, il avait un regard méconnaissable. Il avait plutôt le sérieux d’un philosophe antique absorbé dans une réflexion qui allait bouleverser le monde. Son aspect contrastait avec son légendaire sourire béat qui lui donne un air si stupide. Derrière lui, trois personnages le regardaient avec intensité. Chacun d’eux attendait de lui une déclaration ou une réaction au sujet d’une requête non formulée. Ils étaient immobiles, à égale distance de Khaled dont ils ne voyaient que le dos. Le type de droite était grand, mince et portait une calotte blanche. Celui de gauche était vêtu de vert de pied en cap. Il présentait une mine sévère. Les deux hommes étaient dressés comme des poutres, indifférents au reste de la scène. Le troisième homme était assis sur une chasse à roues, il était le plus âgé. Il avait les yeux à demi fermés et respirait avec peine.  Tête droite, il empoignait le bout d’un licou qui allait jusqu’au cou du chanteur. Le ciel, le fond et le sol se confondaient dans un blanc immaculé. La blancheur n’avait rien de céleste ou de rassurant. Elle n’exprimait rien, mais devait avoir une fonction. Bien que ce lieu et ce décor devaient symboliser quelque chose dans la réalité, je n’en comprenais pas un traître sens Le pire, je n’étais pas curieux de le savoir. J’attendais. En un instant, comme le chant graduel, fugace et strident d’une cigale, j’ai cru faire un lien entre cette scène et le décor monochrome d’une série télévisée française où Djamel Debbouz, jadis, s’est fait connaître au grand public. J’ai oublié jusqu’à son nom.

Les quatre personnages demeuraient ainsi dans un immobilisme de pierre et un silence inquiétant pendant un long moment. Puis, brusquement, une voix déchira le silence. Une voix caverneuse et dominatrice, venant plutôt d’en haut. « Pourquoi vous ne souriez pas Khaled ? », disait-elle. Tout le monde semblait avoir entendu l’oracle. Au lieu de lever ma tête pour voir qui a parlé, mes yeux fixèrent le chanteur. Comme les autres, j’attendais sa réponse comme si le résultat du bac était imminent.  J’étais suspendu à ses lèvres. Avant d’entendre la réponse, j’ai compris que moi-même faisais partie de la scène et je me tenais debout exactement comme les autres.

La réponse de Khaled m’a stupéfait. Je la présente comme je l’ai saisie dans le songe. Elle ne risque pas d’être entendue à la télé. « Je ne sourirais plus jamais avant d’avoir construit au Maghreb des auspices dignes pour abriter des enfants abandonnés. Je dois le faire, moi qui a encouragé les jeunes à faire l’amour. », avait dit Khaled sans aucun trémolo, sans regret ni joie. L’homme à la calotte esquissa un sourire à peine perceptible que j’ai capté par miracle. Les deux autres échangèrent un bref regard froid puis fixèrent de nouveau le chanteur.

Quand j’ai ouvert les yeux, j’ai réfléchi au rêve et j’ai juré d’éviter de lire des nouvelles du chanteur. Certains pensent que les rêves qui finissent sur une note de bonne augure annoncent un grand malheur…

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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