La vierge refuse le mariage, il l’a prend de force

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L’image fascine et remue les tripes. Sidération qu’avaient dit les intellos gris qui se laissent guider par le confort des conjectures plutôt que de chercher la source et les affluents de la rivière vermeille aux chemins escarpés si épuisants, si dangereux. En Afrique, à la lisière de la civilisation, un homme chameau, l’encéphale rabougri, mœurs primitives, étreint violemment une jeune fille pubère, belle à croquer, toute fraîche. Sa prise vit un drame tragique devant les yeux médusés d’un photographe qui se connait en la matière. Éplorée, tétanisée, elle ouvre à peine ses yeux à la vie et découvre l’enfer des adultes que le temps a dépouillé de toute charité ou qu’il a tenté de la leur transmettre, mais les cœurs endurcis se sont refusés. L’homme plus fort, engoncé dans son instinct de mâle dominant, déterminé à la consommer crue, n’entend que l’appel de la forêt vierge. Il la traîne par la force vers sa grotte puante certain de la dompter, de la soumettre à ses désirs bestiaux. Ce soir, il lui montrera sa virilité. Elle refuse de toutes ses forces, se débat, ferme les yeux, lève sa tête au ciel, là-haut comme pour implorer le dernier secours possible. Elle hurle de douleur et de désespoir sous les regards muets, étonnés de sa communauté. Pas d’écho dans le désert.

Les badauds et le Ciel suivent les supplications déchirantes de la fille. Les enfants apprennent et retiennent. La culture sauvage de la tribu tient de foi et de loi, ignore la douceur, le beau et la conscience de la femme, matrice de l’humanité. La loi du plus fort l’emporte sur la meilleure et dans son élan elle neutralise la raison divine. Celle-ci, qu’on dit insondable, se fait chiche et toute petite. Depuis la nuit des temps, la Providence autorise le mal pour, paraît-il, mieux faire triompher le bien. Un vrai ballet, immuable, où les chevaliers du mal incarnent les plus puissants et accaparent les beaux rôles. Au jour du grand dénouement, promettent les sages, un oracle grondera et emplira l’univers : « Vous voyez, sans Moi, l’Humanité qu’est-ce qu’elle allait en prendre… » Elle fait ce qu’elle veut, si seulement l’homme avait le pouvoir de se soustraire au spectacle désolant.

Il se trouve peut-être que la même caméra de Reuters qui a brisé le huis clos et violé le tabou de la brousse, a pris la même scène dans la savane, de l’autre côté du territoire. Que n’a-t-on vu des mœurs du règne animal ? Des fauves puissants, haletants dans un rituel triomphal et millénaire happent avec leurs crocs acérés des proies pantelantes. Les agrippant fermement par le garrot, ils les traînent vers leurs repaires où ils les dévorent crue. Ainsi soit-il.

Chez nous, une autre terre à la lisière de la civilisation, frappée d’une malédiction semblable, l’instinct de prédation y revêt une dimension politique. Le viol originel tourna au drame national. Une médiocrité formidable, autogène, au service d’un blocage multiforme et total. Les fauves de cette terre en friche depuis des lustres y sont dépourvus de crocs et de serres, ils ressemblent de l’extérieur à leurs proies, mais dans leurs hures, sont ancrés les réflexes des quadrupèdes. Avec des armes puissantes et des pratiques barbares, ils consacrent leur vie entière à la chasse, au dressage et à la domination de leur peuple. Sous l’œil impénétrable du Chorégraphe invisible, le ballet sauvage se danse au chant du tam-tam ancestral.

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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