Kamel Daoud : « Le contexte ne permet plus au pouvoir de liquider les journalistes »

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kamel daoud la fetwaCombien ? Seize ans ? Dix-huit ans de chronique ininterrompue dans un grand journal de l’ouest ? Macha Allah, le pont a dû voir passer beaucoup d’encre au-dessous de lui. Mais, au juste, quel bilan pour quelle mission ? Quelques sujets sortent du lot des préoccupations du chroniqueur actuellement au centre d’une polémique : Bouteflika, le gouvernement incompétent, la mauvaise gouvernance, les excès, les dérives, l’identité des Algériens, l’islam « des bigots » et leur pendant, la langue arabe, et enfin, dans une moindre mesure, l’archaïsme d’une société traditionnelle qui peine ou refuse à s’arrimer à la modernité et au progrès.

Sur chacun de ces grands chantiers, Kamel Daoud n’y est pas allé avec le dos de la cuillère. Sa plume francophone, frondeuse et caustique jusqu’au bout de la pointe, s’attaqua frontalement, sans répit et sans concession, aux Bouteflika, aux ministres, aux bigots, aux dingos, aux imams Taïwan et à tous les aspects négatifs de la vie politique et sociale répertoriés dans l’abécédaire des démocrates laïques, dont il épouse certaines idées iconoclastes et partage toutes les frousses… Sur la question de la langue, l’auteur de Meursault contre-enquête, fait cavalier seul tout en mettant du baume dans le cœur des berbéristes et les défenseurs de la langue de Molière. Tandis qu’il couve la langue française de l’aphorisme à l’emporte-pièce attribué à Kateb Yacine si chère aux francophiles — Le français serait un butin, autrement un trésor précieux —, Daoud ne porte pas dans son cœur la langue arabe. Il claironne à l’envi — un dada bien singulier — que le parler algérien, ce sabir multilingue des Marmita et des fakakire, possède toutes les vertus d’une langue vivante. À le croire, élever la belle langue d’Ibn Khaldoun au statut de langue nationale et officielle en Algérie friserait l’hérésie. Quant à considérer l’Algérie un pays arabe, le chroniqueur du Quotidien d’Oran rejette avec force l’assertion et soutient qu’il s’agit d’une « colonisation horizontale »… Mais ces reniements de soi ne l’empêchent pas de prêcher et de botter en touche dans la langue de la « colonisation verticale ». À regarder de près, les élucubrations de Daoud, s’ils ont quelques qualités prouvées, ce seraient de plaire aux Français chauvins et leurs protégés en Algérie…

La langue affilée de Kamel Daoud, aussi incisive soit-elle, n’a pas dépassé le rubicond. Jusqu’à maintenant. Elle connait les lignes rouges… Sur la question de la décennie rouge justement, des disparitions forcées, etc,, le célèbre journaliste se montre beaucoup moins aventurier. S’il se garde de blanchir les généraux, il ne s’immisce pas pour autant dans les méandres de la tragédie. Il préfère s’en tenir aux généralités et aux formules équivoques. Tout en dénonçant l’islamiste rétrograde, il laisse le temps se charger de faire éclater la vérité. C’est tellement plus facile.

La position distante envers la tyrannie du vrai pouvoir allait connaître une rupture brutale quand Hamadache, le salafiste autoproclamé mufti de l’Algérie, a publiquement appelé à son exécution. Kamel Daoud répliqua à l’appel de mort avec une curieuse explication. Sur le plateau de KBC de la chaîne El Khabar, il était formel, le « religieux délinquant » comme il aime le désigner, agit de concert avec un pouvoir occulte qui veut le pousser à l’exil à défaut de le liquider. Le temps, expliqua-t-il, n’est plus aux liquidations des journalistes… Depuis quand Kamel Daoud avait-il la conviction que le pouvoir exécute les journalistes ? Depuis l’appel au meurtre de Hamadache ? Et si, au lieu de faire le Don Quichotte contre la langue de ses ancêtres, il nous raconte un peu plus sur cette grave affirmation, il sera peut-être bien plus utile à son pays. Il participera sans aucun doute à l’extinction de l’espèce des bigots délinquants télécommandés.

Il est affligeant de constater qu’encore une fois la palinodie des intellectuels algériens, ils ne retrouvent la lucidité et le courage de cracher la vérité qu’en cas de danger de mort…

https://www.youtube.com/watch?v=hjXJYGi0-h0

 

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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5 commentaires pour Kamel Daoud : « Le contexte ne permet plus au pouvoir de liquider les journalistes »

  1. Amar Bouzwar dit :

    En passant, l’humain est l’ennemi de ce qu’il ignore…Kamel Daoud dois juste apprendre l’arabe pour savoir de quoi il parle…Voir la video, impressionnant!

  2. Benredouane dit :

    http://kamel-mida.webnode.fr/ alerte un depute de l anp a emie 47 cheque en bois le lien envoyer vous le confirme avec preuve donc aidez moi STP

  3. LALIGATOR dit :

    @ EEC
    Que vous ne soyez pas d’accord avec la vision de KD est tout à fait comrehensible ; Que le disiez haut et fort et que vous dénonciez chez lui ce qui vous semble « incorrect  » (j’ai pas trouvé le bon mot )est tout aussi comprehensible ; Mais lui faire supporter toutes les plaies de l’Egypte est pour le moins injuste;
    KD a beaucoup de courage; ses chroniques temoignent pour lui ; Ni les militaires , ni les Bouteflikat , ni les islamistes , ni les corrompus n’ont echappé à ses textes corrosifs ; Peu de journalistes n’ont été aussi loin dans leurs crtitiques du SYSTEME. Pour moins que çà Djaout et Said mekbel ont été occis ;
    Maintenant qu’il se trouve sous les feux de la rampe à son corps défendant suite à l’appel au meurtre lancé contre lui par un illiminé  » manipulé (?) et c’est à lui que vous cherchez des poux dans la tête.
    Le bonhomme a certainement des defauts ( qui n’en a pas ? ) mais force est de reconnaitre qu’il a un amour sincère pour ce pays; Eh oui , on peut etre farouchement laic , anticlerical , athée que sais je encore et aimer son pays sa patrie ; L’amour de la patrie n’est pas l’apanage des nationalistes verbeux et des islamoarabistes qui nous abreuvent de  » hadhi al ardh atyiba oua attahira ‘ juste pour s’en mettre plein les poches et se goinfrer ;
    Sa mise à nue des tares de la sociéte et des pouvoirs publics sont souvent pertinentes ;

    @Amar bouzwar
    Les questions identitaires et de langues continueront à nous empoisonner l’existence à cause du venin instillé par ceux là qui en 62 déjà ont ecarté l’intelligence du pouvoir en embasstillant les pharmaciens , les medecins et les ulemas ; Resultat des courses 50 ans plus tard nos université forment des analphabetes
    Sous d’autre cieux un garçon avec un potentiel comme KD devrait etre à l’aise aussi bien en arabe qu’en français voir même en anglais ;
    D’aucuns reprochent à KD d’ecrire en francais ; croyez vous que ceux qui ecrivent en arabe sont mieux considérés ? Notre plus brillante ecrivaine – Ahlem MOSTGHENMI – plus connue dans le monde arabe qu’en Algerie est accusée par une certaine presse d’ecrire des romans porno . Rien que ça ; Cest pour vous dire à quel point notre société a un serieux probléme avec les intellectuels quelque soit leur langue d’ecriture ; Pour memoire MOUFDI Zakaria ; Mohamed Dib Mohamed Arkoun sont morts en exil cela devra nous interpeller;
    L’algerie Allah ibarek est vaste il y’a de la place pour tout le monde ; Personne ne doit mourir encore moins en exil !
    Voila j’avais un poids sur le coeur et je l’ai crié !

    • anonymous dit :

      Sa chronique contre le FLN, était désastreuse (je ne trouve pas le bon mot, moi non plus) même si on avait bien compris à qui il la destinait. Si vous ne l’avez pas lue, je la vous conseille. Etre chroniqueur au quotidien impose un rythme qui peut avoir un effet néfaste sur la bonne réflexion. L’amour du pays, tout le monde le chante, tout le monde le crie, mais en Amour, il est rarement questions de mots, mais plutot de preuves.

  4. laligator dit :

    @EEC
    C ‘est moi qui vous remercie pour tout ce qe vous faites ; L’animation de ce blog et le travail de recherche qu’il vous en coute en temps en energie est à lui seul une grande prouesse ; Votre ligne qui consiste à traquer les travers( Dieu qu’ils sont nombreux)de ces prédateurs qui nous servent de gouvernants est un baume au coeurs ce tous les anonymes qu’il a broyé;
    Pour revenir à mon commentaire somme toute trés amical c’est par ce que je sens quelque part comme un gout de manip ; En ce moment nous sommes tous là a parler de KD alors que houma sont peut etre entrain de nous faire un enfant dans le dos ;
    BONSOIR

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