L’imaginaire dévasté

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gaz-masquedgdsfgAujourd’hui, j’ai envie de broyer du noir. Ce sont mes complaintes, ma musique mystique, mes moments de solitudes dans lesquels je soliloque à demi conscient. Cela me permet d’«évacuer» comme l’a dit si bien MCM, un observateur de haute facture, quand il ne verse pas dans son fâcheux parti pris ; il a disparu des radars depuis quelques mois… J’espère qu’il va bien et qu’il ne va pas tarder à nous éclairer avec ses fantasmes…

Si vous êtes pessimiste comme moi et vous n’êtes pas d’humeur à discutailler, à théoriser ou à vous engager dans un dialogue de sourds, vous parlerez d’image sombre. Si vous vous laissez aller à l’optimisme, une façon à vous de prendre la naïveté pour de l’espoir, alors vous vous dites que l’image n’est pas si mal et qu’elle a seulement besoin davantage de reconstruction, de retouches. En passant, le mot « davantage » est un mot clé, un passe-partout, un sédatif aux vertus soporifiques instantanées, employé dans le langage du système, disons de base. Si vous roulez pour le système comme celui qui fait rouler les Algériens, que vos intérêts sociaux sont grands et votre survie politique une ligne rouge, sans aucun doute, votre intellect est déjà formaté et répète ad libitum un discours constructif. Envers et contre une réalité palpable, vous tempêtez devant les personnes atteintes de «sinistrose» que, grâce à Dieu puis à Bouteflika, l’image est brillante, très brillante, plus brillante que celles dans les pays voisins. Seuls les ennemis du pays ne la voient pas. Pour renforcer votre vérité, vous prenez à témoin l’aveu d’un machin bidule plus ou moins connu, plus ou moins crédible. Notez l’introduction de Dieu dans le discours de l’extrême optimiste, elle n’est pas fortuite, elle sert d’adaptateur à la conscience, elle ménage sa sensibilité ; une sorte de lubrifiant à l’effet magique d’éviter les heurts inutiles. Fort bien.

Casez-vous où cela vous chante, mais moi je campe dans ma catégorie d’éternel méfiant. Le préjugé tient lieu d’équipement de survie, un gilet de flottaison. Il me permet de garder la tête hors de l’eau. Il m’a été inoculé par le vécu et l’expérience dans mon environnement urbain bien avant d’avoir pris conscience de la situation générale du pays, de son histoire ou que je fasse une simple comparaison entre nous et nos voisins du Nord… L’image du pays est si détériorée dans mon esprit que lorsque je tombe sur une tête de responsable arabe (maghrébine ou orientale) qui m’est étrangère, un processus de méfiance s’enclenche en mode automatique. Tout de suite, des pensées noires et des suspicions instinctives surgissent du néant. Quel est le secret inavouable de ce loustic ? Quelles sont ses casseroles ? Dans quelle résidence cossue se niche-t-il? Quels avantages indus a-t-il fait bénéficié à ses rejetons, à ses proches ? Jusqu’où il s’est compromis avec le pouvoir. Impossible qu’il soit innocent. Impossible. Une vraie perte de temps que de lui prêter attention, de chercher ce qu’il a dit ou peut dire de bien. Complice par compromission, par corruption et par défaut de courage. Son silence sur la décennie rouge, sur les disparus, sur la fraude, sur la corruption du système, etc. est révélateur des dégâts que le goût immodéré pour le pouvoir et ses privilèges a provoqués sur sa conscience. Un bon père de famille ? Ça nous fait une belle jambe. C’est plutôt un être doté d’un encéphale, capable de reproduire tous les actes biologiques, mais il est foncièrement inhumain, dépourvu de cœur, égoïste et surtout un vrai lâche. Son espèce a fait beaucoup de mal. L’Algérie lui doit la vanité, le marasme, la tutelle militaire et la ressemblance à un bateau fantôme où les forbans tiennent le haut du pavé, se vautrent dans le luxe, mais ne connaissent rien à la navigation.

Les aspects de l’image sombre vont plus loin. Je peux vous en parler de la caboche qui porte une barbe, une chéchia, une gandoura, un képi. Sans être expert, j’en suis amateur. Je peux aussi vous parler des museaux des walis, des ministres… Tous, des volontés vaines. Mais il serait trop long et rébarbatif de broyer trop du noir.

Attention, cela ne me réjouit pas du tout, car l’image détériorée s’applique partout, elle a des effets néfastes sur tout et sur tous. C’est comme un auto-dénigrement, l’image dévastée se nourrit de ma vision. Si un jour, moi aussi, on ne sait par quel hasard, ma tronche apparaît dans les médias et qu’on me prend pour un responsable, j’imagine sans difficulté ce que peuvent dire des gens de ma catégorie.  Les trois-quart vont se détourner,  une partie de la fraction qui reste s’amuse à trouver les failles dans mon discours, quant au dernier groupe, mes alliés, s’assure de mes compétences en communication et les compare avec les siennes. Chacun réagit à sa façon, mais personne ne crois un traitre mot de ce que je raconte. Je ne les plains pas. L’image est ainsi. Pas de l’Algérie. Celle de l’espèce des Arabes vue par un Arabe. Par expérience et par précaution.

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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2 commentaires pour L’imaginaire dévasté

  1. Nait ali dit :

    En lisant ceci Algérie : Condamnée pour l’arrestation, la torture et la disparition du député de Chefka, Lakhdar Bouzenia (AK, 18.11.14)
    L’Algérie condamnée par le Comité des droits de l’homme de l’ONU pour les exécutions sommaires des frères FEDSI par le chef de daïra de Taher (Jijel) (AK, 06.10.14)
    L’Algérie condamnée par le Comité des droits de l’homme de l’ONU pour les disparitions forcées de Tahar et Bachir Bourefis… 18 ans de souffrance enfin reconnue (AK, 15.09.14) je n’arrive pas toujours pas a admettre comment des gens qui ont commis des assassinats a grande echelle participer à la torture, commis des milliers d’ enlevements, Comment des juges et des procureurs qui ordonnent des sequestrations arbitraires puissent vaquer a leurs occupation et couler des jours heureux sans le moindre remord? cela me terrorise et me hante l’ esprit! je me dis jamais notre pays ne s’ en remettra de ces horreurs tant que ces predateurs et leur progeniture continuent de diriger ce pays et de disposer du pouvoir absolu. A propos pourquoi el erg echergui ne mentionne pas il pas Les condamnations emanant du comité des droits de l homme?

  2. Nait ali dit :

    19 ans après son enlèvement, nous espérons toujours son retour
    lisez ceci, c ‘est effrayant et abominable de savoir que de les auteurs de ces monstruosités vivent normalement leur vie parmi nous.
    Nacéra Benali témoigne de la disparition de son mari

    Algeria-Watch, 22 avril 2014

    Mon mari, Ahmed Benali, était chef du secteur des lignes PTT à Oued Rhiou. Le 8 avril 1995, il s’est rendu

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