Yasmina Khadra défend le prophète

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Yasmina Khadra El Jazeera janvier 2015

L’attaque sanglante contre le journal Charlie Hebdo peut être abordée de plusieurs angles et nappée à toutes sortes de sauces. Les islamophobes y ont trouvé l’occasion idoine pour s’exalter et raviver leur haine contre les musulmans. « Ce sont les musulmans qui apportent la merde dans notre pays… » Les esprits se raidissent, le fossé se creuse et les stigmatisations reprennent de plus belle. Rares, peut-être — l’avenir le dira —, sont les gens qui utilisent l’attentat, premier du genre par son ampleur en France, pour le situer dans son contexte judiciaire et sécuritaire et réfléchir avec la sérénité des hommes mûrs, aux racines qui l’ont rendu possible.

Grâce au comportement grégaire des masses, les plus vulnérables, les médias populistes et pyromanes n’ont pas eu de peine à les rallier autour de leurs visions sectaires. D’un côté comme de l’autre, l’heure est à l’union sacrée contre l’autre. L’autre, c’est le méchant, le barbare. Les Français, sûrs de leur affaire, se sont laissé entraîner, par l’entremise de la mémoire des victimes, à adopter le comportement contestable des victimes des « caricaturistes » iconoclastes, mais surtout viscéralement islamophobes. Ils sont devenus des Charlie en puissance et envoient ensemble un message de dédain et de sarcasme au monde musulman. Les médias français se sont donnés le mot, ils ont tous publié les nouvelles caricatures du prophète. L’esprit de défi et la faiblesse d’un adversaire, ont servi à réveiller la haine d’un vieux passé que des officines ne cessaient de remuer ses cendres.

De leur côté, les musulmans du moins leur composante à la foi fervente et débordante, dans plusieurs pays, se sont illustrés par des manifestations violentes et gesticulations simiesques et débiles, loin de l’esprit de l’islam qu’ils prétendent défendre. Au Niger, « l’amour du Prophète » s’est soldé par des affrontements violents entre les forces de l’ordre et des foules en colères ; un chaos indescriptible a régné à Niamey, des scènes de pillage, de saccage, des tas de pneus enflammés. Quarante-cinq églises ont été mises à sac et brûlées. Inutile de s’attarder sur la honte qui nous saisisse et le long chemin à parcourir par les pays musulmans avant de pouvoir organiser une marche ou une manifestation dans le calme et la sérénité. Peut-être faudra-t-il le retour du Prophète…

Dans ce climat délétère où les cultures se répugnent et se méprisent, des intellectuels du monde entier, dont des Français et des musulmans, apôtres de la sagesse et de la raison, se sont levés pour mettre en garde contre la dérive de l’islamophobie d’un côté et l’islam radical bête et violent de l’autre. Parmi eux, il convient, pour l’histoire et un juste témoignage, de citer le nom de Yasmina Khadra.

Nous pouvons critiquer sa gloriole, ses opinions sur la décennie rouge, mais dans le sujet brûlant de l’attentat de Paris et des caricatures, il fut l’un des rares écrivains et intellectuels algériens d’expression française à prendre le bâton par le milieu. Si sa condamnation et son combat contre le terrorisme ne sont pas à prouver, sa position sur les caricatures, en revanche, fleure bon le musulman. Il est tolérant, pacifique, mais pas naïf. Ainsi, désapprouva-t-il sans ambages les caricatures du prophète et appela-t-il au respect entre les peuples. Au moment où les Belhouchet, Daoud, Sansal, Dilem… se mettent en rang d’oignon pour casser de l’islamiste jusqu’à l’auto humiliation, sans avoir le courage de défendre le prophète, Yasmina Khadra montre qu’il ne vende pas sa foi et son âme pour un plat de lentilles. Rien ne dissuade les hommes braves de parler juste et de dire vrai, d’être en accord avec leur cœur. Ils peuvent se tromper, nul doute, mais toujours de bonne foi.

https://www.youtube.com/watch?v=MvyijI2EFK8

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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