L’ex-directeur de l’école de la police Soumaâ raconte sa sale guerre

Et le fin limier s’étonna de la société, elle confond la police avec le pouvoir…

Ex-directeur de l'école de police SoumaâTiré à quatre épingles, bon pied bon œil, voix veloutée, visage rassurant de vieux sage, sans ridule, calme, serein, l’invité de l’émission « Document et vérité » de la chaîne Echourouk TV rayonne d’angélisme. La vie en Algérie ne l’a pas trop abîmé… Qu’il est beau ce monsieur ! On lui donnerait le Bon Dieu en confession. L’ex-directeur de l’école de la police Soumaâ et ex-cadre de la DGSN, Isaâ Kacemi, s’est épanché pendant une heure sur son octobre -88 et de sa décennie rouge avec beaucoup, mais beaucoup d’émotion. Pour la première fois peut-être, les Algériens ont eu droit à des « confessions » sinon un témoignage sobre et presque convainquant d’un haut responsable de la police sur la violence des temps maudits. Le plus marquant de sa plaidoirie en faveur de sa corporation, il n’a à aucun moment montré une haine pour les « autres », les islamistes. Ni diabolisation, ni rancune ni violente diatribe, un récit factuel, un langage mesuré, apaisant et chargé de vertu. Pour un instrument de la répression, ceci est rare. Si la tragédie devait être contée pour les futures générations, monsieur Kacemi aurait fait un bon troubadour.

L’envers du décor, malheureusement, Kacemi raconte la décennie rouge de son propre point de vue. Qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son. Un autre sage de l’autre camp — il en existe — aurait garanti à ce témoignage important plus de force et plus de consistances. S’il comptait servir la réconciliation et la cicatrisation des blessures, c’est raté. La contribution de l’adversaire est cruciale. Son entente avec l’animateur, comme il le reconnaîtra de lui-même, de ne pas évoquer des questions trop sensibles, écorne davantage le crédit de témoignage.

En dépit du courage inédit d’un responsable de la DGSN de mettre les hommes politiques, la hiérarchie en fin de compte, sur la sellette au même titre que les chefs du Mouvement Takfir wal Hijra, l’ex-directeur n’a pas convaincu les téléspectateurs. Il n’a pas été juste en adoptant une vision unilatérale sur le déroulement de la tragédie et en particulier le comportement des policiers durant cette période. Les policiers sont présentés en victimes des terroristes et en vulgaires boucliers du pouvoir. Il citera une anecdote d’un ministre qui, au milieu de funérailles, faisait peu de cas des morts de la police. Kacemi a exposé les drames et les souffrances des policiers, mais a sciemment évité d’en faire autant pour les victimes des islamistes et les membres du FIS torturés et tués comme des bêtes. Aucun dérapage, aucune évocation de la répression policière, arrestation arbitraire ou torture largement constatées dans les commissariats, ne sont venus équilibrer son témoignage. Ses mémoires rendent hommage au dévouement de la police dont quelques milliers sont morts pendant la sale guerre. Un chiffre dérisoire devant l’hécatombe humaine à laquelle le corps des policers a pris part et fut complice.

En marge de son lyrisme, Kacemi fera une révélation importante qui devrait faire piquer le général sanguinaire Khaled Nezzar. Sans entrer dans les détails, il affirme que la police n’avait pas donné l’ordre de tirer sur les émeutiers en dépit du pillage et de la violence durant les évènements d’octobre -88. Les jeunes avaient commencé à tomber seulement après l’intervention de l’armée et de la gendarmerie… Sur le plan humain et familial, les infortunés policiers ont vécu des jours sombres. Il en racontera quelques histoires poignantes. Il surprendra les téléspectateurs quand il révélera qu’au début des années 90, les policiers étaient des parias de la société. Certains de leurs morts ne trouvaient pas de laveurs et leur inhumation était refusée dans les cimetières publics. Il apprendra aussi quelques histoires dramatiques où des fils ont tué ou participé à la mort de leur géniteur policier.

À défaut d’être impartial et de faire la lumière sur l’ensemble de la tragédie, Kacemi n’en dépeint pas moins la complexité.

https://www.youtube.com/watch?v=Unn0KfEvJVA&feature=youtu.be

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans Hommes du système, Terrorisme d'Etat. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour L’ex-directeur de l’école de la police Soumaâ raconte sa sale guerre

  1. yuba dit :

    Lui comme tous ceux qui font le pouvoir occulte ou apparent, hier comme aujourdhui, larbins ou actifs. Tous des menteurs, des hypocrites, des monstres.Tout les crimes qu ‘ils ont commis, ce n’ est que pour l’ argent rien que pour l’ argent.Leur oblectif Amasser un gros magot et fuire avec armes et bagages, s’ installer en France. En realité Ils se fichent de la prosperité de l’ algerie et de sa population, la preuve en est faite. , Au fond d’ eux meme ils ne cherchent ,exclusivement, que leur propre interets et ceux de leur progeniture Qu’ on nous raconte pas des salades,NOUS ne sommes pas dupes, fakou, depuis le 1er jour.

Les commentaires sont fermés.