La place Tahrir n’est pas la place Tian’anmen

Qui rompra la glace ?

Place EttahrirPlace TiananmenGrande différence entre les deux places pour les médias internationaux. Tian’anmen, un haut lieu de la lutte contre la dictature chinoise, Tahrir, un lieu à… oublier, à occulter. L’un représente un évènement historique où de vrais héros sont tombés dans le champ d’honneur, des héros dont il convient de célébrer la mémoire, l’autre un non-évènement, des morts pour rien, malheureusement. On n’ose pas dire du menu fretin, mais c’est tout comme.

Certes, une dictature sévit en Égypte, tue, persécute, torture, écrase toutes les libertés ; pas plus tard qu’avant-hier, elle a fait un carnage, mais les victimes d’une dictature arabe, islamistes en grande majorité… Comment dire ? Leur sang coule, il est rouge, ça vit ; on le voit bien, ils manifestent des sentiments, ils souffrent dans les geôles secrètes, mais on ne sait pourquoi leur martyre n’est pas convaincant, n’a pas d’effet émotionnel. Il n’affecte pas la Communauté. Sissi reste fréquentable et honorable. François Hollande l’a démontré à Riad et à Davos. La mayonnaise de la solidarité ne prend pas. Aux victimes de la place Tahrir manque, on ne sait quoi d’humain. De Berlin à New York et de Rome à Oslo, on n’arrive pas à s’en souvenir. Sans doute trouve-t-on là le mystère de la villégiature, fin décembre 2013, de la baronne Catherine Ashton, ex-porte-parole de la diplomatie de l’Union européenne, à Charm el-Cheikh alors même que les soldats du général Sissi massacraient sans pitié les opposants toutes idéologies confondues. Non, la haine ou la morgue ne sont pas les coupables, mais quelque chose de plus profond, de plus atavique dans cette indifférence pour les victimes musulmanes.

Seul un seuil élevé dans le nombre de victimes anti-tyrannie ou une extermination « effroyable » pourrait, avec un peu de chance, remuer les tripes de la communauté internationale. Israël avait compris la combine du seuil, elle ne le dépasse jamais, mais agit par intermittence. Massacre, oubli, massacre, oubli, massacre… et ainsi de suite. Attention, la cause de tous les musulmans n’est pas perdue pour autant. L’amour du prochain, l’admiration ou la compassion de la communauté va naturellement aussi et sans contrepartie vers les victimes musulmanes du terrorisme. À ceux-là, les médias restent vigilants et parés à tout diffuser. La moindre goûte de sang, le dernier harcèlement fait l’objet de rapports, de document, de larges couvertures médiatiques, débats, de solidarité… La communauté des humains se montre intraitable sur ce point. Excepté si ces victimes vivent sur le sol de la communauté. Les Arabes doivent rentrer chez eux, laïcs ou barbus avant d’être pleurés. Oui, la passion de la communauté pour les arabo-musulmans est un peu compliquée.

Tian’anmen et la place Tahrir, deux hauts lieux de la contestation populaire, deux histoires différentes. L’une a fait l’admiration de la « communauté », l’autre a montré son racisme et a fait sa honte. Et on s’étonne de la léthargie du monde musulman devant les malheurs de la communauté ou de leur impatience de voir une guerre mondiale emporter la communauté et l’humanité entière.

Qui rompra la glace?

Place Ettahrir Place Tiananmen

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour La place Tahrir n’est pas la place Tian’anmen

  1. Bouzouar Amar dit :

    La vie des egyptiens vaut beaucoup moins que la vie d’autres humains dans l’ordre mondial dominant. Selon ce dernier la democratie et la justice sociale n’est pas pour eux, il faut que le voisin d’en face garde cette exception même si cette exception n’est que mirage.

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