Saâdani, un ancien repris de justice sauvé et protégé par le DRS

Les casseroles des uns et des autres

Amar SaadaniSon étoile pâlit et meurt à petit feu. Il soupire de nostalgie, le bon vieux temps lui manque. La gloire, le pouvoir, la crainte qu’il suscitait, tout se conjugue au passé maintenant. Il vit mal la débandade à l’anglaise d’une bonne partie de ses affidés et ses obligés. Des rats. Ce ne sont que des rats qui quittent le navire quand il chavire. Ils ont le nez fin, les rats, ils sentent le vent tourner. Quelques coups traîtres et c’en était fini de sa réputation terrifiante. L’alliance de Bouteflika et Gaïd en est la cause, il le sait. Il est coincé dans son propre jeu de la terreur , il ne peut qu’endosser et compter les coups. Brandir, par voie anonyme, la menace d’une poursuite pour faux barrage contre un bras droit, ça fait plier les genoux et fermer le clapet même des colosses.

Le temps, c’est un autre ennemi. On l’oubli tous, mais… il est là, imperturbable, froid et tranchant. Il fini par triompher, par broyer, par écrire la fin de l’histoire, par tirer les rideaux… Le temps n’a pas d’états d’âme, il tue les tueurs et moque tout. Au rebut! Au suivant!

Misère de mille misères, tout était donc factice et mirage ! Qui peut lui rendre le temps béni ? C’est amer de se sentir neutralisé et réduit à un bouzin de musée après avoir flirté longtemps avec l’omnipotence. L’Algérie entière était réglée à l’heure du DRS. Son DRS. L’Algérie lui appartenait, lui obéissait au doigt et à l’œil. Des ministres, des journalistes, de hauts responsables, tous se disaient musulmans, mais tous tremblaient devant lui. Lui le dieu vivant. Vivant et terrifiant, il pouvait d’un clin d’œil ruiner la carrière d’un responsable ou de n’importe quel diable récalcitrant et turbulent. Il pouvait l’écraser comme une puce, le tailler en pièce ou le renvoyer à son créateur —il n’en veut plus sur son territoire— sans coup férir et surtout sans crainte de conséquence. Les disgraciés acceptaient avec fatalisme ses décisions. La liste du terrorisme était longue et ouverte comme les cimetières… Les juges, la police, eux aussi, lui vouaient un culte absolu. Tous les corps constitués se sont mis en formations militaires, se pliaient à ses désirs et pavaient la voie à ses grands desseins. Toufik Akbar, Mediène tout-puissant, chantait l’Algérie.

D’aucuns argueront que le topo a tiré sur les ficelles ? Peut-être bien. Mais écoutez cette affaire qui remonta en surface du marais glauque et jugez-en. Elle n’avait rien d’exceptionnelle ni de choquante à l’époque. C’était sa volonté. Elle montre ce que fut la puissance du dieu de l’Algérie. Il était si fort et si certain de son hégémonie qu’il ne s’encombrait pas de formalisme, dût-il traîner la justice dans la boue. Aujourd’hui, les relais de Rab Edzyer feignent découvrir l’affaire et s’en indignent du bout des lèvres…

Elle remonte à 18 ans. En 1996, l’Algérie passait par une grande zone de turbulence. Le terrorisme et la répression sanglante culminaient, la puissance du DRS était à son apogée. Djame Zitouni sévissait depuis plusieurs mois dans le triangle de la mort. L’année 1996 fut celle où l’Algérie, sous les feux de la rampe, fut propulsée plus haut que d’habitude sur la scène internationale avec l’assassinat de sept moines trappistes de Tibhirine. À cette époque, il n’y avait ni Internet ni téléphones intelligents. La sale guerre se déroulait à huis clos, la liste du terrorisme était longue et ouverte et quiconque pouvait à l’envi la rallonger.

Dans ce climat de terreur extrême, le FLN passait par une crise interne ourdie par des cercles occultes favorables à la solution finale : se débarrasser de tous les islamistes. Le courant ne passait pas entre les généraux éradicateurs et le secrétaire général du FLN de l’époque, un certain Abdelhamid Mehri. Celui-ci prônait le dialogue et le consensus. La junte dont le DRS se prenait pour “l’épine dorsale” ou la “colonne vertébrale” ne lui a pas pardonné la participation au contrat de Rome. Aussi, elle a mis en action ses relais pour le réduire à quia et l’épingler de son poste. La cabale a pris quelques mois, mais elle a fini par faire mouche.

Parmi l’armée de sbires et des voyous sur laquelle Rab-Edzayer pouvait compter dans les quatre coins du pays, un certain Amar Saâdani, successivement drabki, seigneur de guerre et mouhafedh du FLN de son état, présentait un look de croquemort. Un profil idéal et un relais important pour le patron du DRS. On en trouve une réplique dans toutes les régions. Aussi, il a décidé de le maintenir au poste de Mouhafed de Oued Souf en dépit de la décision de la direction du FLN de le remplacer par Brahim Youcef. Il le chargea de refuser son remplacement par tous les moyens et l’assura de son soutien total. Comme Saâdani connaissait la réputation et le pouvoir du DRS, il s’exécuta avec zèle. Il rassembla sa meute, s’arma de couteaux et d’armes à feu et organisa des raides dans les locaux de la mouhafadha de Oued Souf. Dans l’une des offensives, la bande cassa la baraque et roua de coups le nouveau mouhafedh qui s’en est tiré avec plusieurs blessures.

L’affaire fut traduite en justice et un verdict est tombé. Saâdani a écopé d’un an ferme. Plus tard, la sentence fut confirmée au tribunal de Biskra. Les péripéties de Saâdani s’arrêtèrent là, net et à jamais. La décision de la justice n’a pas été exécutée au grand dam de la victime. Amar Saâdani continuait à pavoiser narguant la Justice et la République. Il admirait, incrédule, la force de ses appuis en haut lieu et mesurait l’honneur et la droiture des hommes d’Etat…

Le drabki d’Oued Souf que le journaliste Nouri Nesrouche d’El Watan traita de langue fourchue, allusion à sa bordée contre Rab-Edzayer en janvier 2014, n’était pas au bout de ses joies. Rapidement, il se retrouva perchant au-dessus de l’APN. Un bâton magique l’a transformé d’un repris de justice en président d’une Assemblée nationale… Dans le pays du DRS, on peut vivre dans la magie des contes de fées. Le magicien s’appelait le général Mediène. Comme il était béni, ce temps !

Aujourd’hui, la magie s’est renversée sur le magicien. Ah ! Une histoire de taupes traîtres ! Ils mordent les mains qui les nourrissent. Heureusement, malgré les apparences tout n’est pas perdu en Algérie. Elle recèle encore de vrais hommes. Des hommes fidèles en toutes circonstances. Tiens, le beau comportement de ce Nesrouche qui a révélé l’affaire par exemple et ses confrères d’El Watan, ils ont déballé histoire uniquement pour rappeler les casseroles de Saâdani et montrer qu’il est un larron qui s’offre au mieux-disant. À aucun moment, ils n’ont souligné la neutralisation de la Justice par le DRS, un crime bien plus grave que les coups et blessures de Saâdani. Jamais ils ne songeront à une telle énormité pas plus que se dire que Saâdani ainsi que toutes ses forfaitures est une créature du DRS.  Ces hommes et ces femmes de grande valeur ont eu la même attitude quand la justice fut humiliée par la détention arbitraire par le DRS pendant 12 ans, oui 12 ans, d’un homme soupçonné d’être l’auteur de l’assassinat de Matoub Lounes…

Tant qu’il y aura des hommes braves et fidèles comme les journalistes d’El Watan, rien n’est perdu en Algérie. Le printemps du DRS pourra fleurir un jour… Un jour proche.

http://www.elwatan.com/actualite/saadani-un-repris-de-justice-21-01-2015-285586_109.php

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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2 commentaires pour Saâdani, un ancien repris de justice sauvé et protégé par le DRS

  1. Wali dit :

    Salam. Si vous êtes sympathisant du FIS de la haine, alors sachez que le FIS et e DRS se ressemblent beaucoup, car les uns veulent gouverner au nom de Dieu et les autres au nom des Chouhadas. l’Algérie a besoin d’un Etat non d’une théocratie ou d’un régime militaire. le FIS crachait sur la notion de l’Etat de droit et sur les droits de l’Homme, entre autres ceux de la femme et des minorités, au nom de « Dieu a dit, le Prophète a dit ». Donc, s’ils louent aujourd’hui les libertés et les droits, cela relève de l’hypocrisie

  2. Bonny dit :

    En revanche ,toi Wali t’es sympathisant de la république du Khobsisme qui a dévasté le pays et offert le pays au pillage et la destruction totale par les berbero-sionistes pro-occidentals !

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