Le frère de Moussa et les Oranais ou l’imagination débordante de Kamel Daoud

Le droit à l’insolence, usons-en !

Baie d'Oran1Au risque de déplaire à certains sympathisants du grand chroniqueur du Quotidien d’Oran, je ne peux me résoudre à étouffer mes réflexions sur les opinions aussi singulières que surprenantes de Kamel Daoud. Après tout, puisque «sa lumière» nous a atteints, il serait malséant de ne pas faire un petit feed-back pour lui faire savoir que le petit peuple aussi entend et lit ses «œuvres». J’écris cette fois sur Kamel Daoud pour deux choses. D’abord, j’ai lu son «Meursault contre-enquête» et entends ensuite réagir à l’outrage qu’il fait aux habitants d’Oran qui l’ont adopté et au sein desquels il vit et travaille en paix depuis si longtemps ? Pour ses opinions sur Dieu et sur la religion qu’il attribue faussement à son héros Haroun, le frère de Moussa, Dieu jugera de ses excès et de sa foi véritable si blasphème il y a, il est hors de question de jouer à l’agent de l’Inquisition ou à l’intégriste qui dépourvu d’un niveau intellectuel adéquat se lance dans des diatribes violentes et simiesques dénaturant au passage sa foi et sa religion.

Ici, il s’agit de rétorquer. Quelques passages clairement outrageux et scandaleux ne laissent pas indifférents puisqu’ils attentent à une ville et à sa population. Oran est stigmatisée dans le fameux roman. Le personnage central la voit comme une ville de putes et où les habitants de souches sont presque tous des descendants de bâtards qui se croient puritains. Des bâtards dont les mères ont été engrossées par les différents envahisseurs qui ont débarqué par la mer. Haroun, le narrateur, alias Daoud en a contre les Oranais pour leur «chauvinisme» et leur distinction entre wled-elbled (un terme populaire dans toutes les villes algériennes) et le reste des habitants, autrement, les Oranais par adoption. Les wled-elbled se plaindraient, dans l’imaginaire de Daoud, de l’invasion des arrivistes et des ploucs qui ont défiguré leur ville. Le grand chroniqueur fréquentait les bas-fonds et y avait ouvert grand ses oreilles. Non seulement il s’intéresse aux ragots des laissés-pour-compte, mais il prend à la lettre ce qu’il entend et en devient malade et rancunier. Pour contester et remettre les pendules à l’heure, il renchérit et crache sur tout le monde. Oran, fulmine-t-il par la voix de Haroun, ressemble à une femme dont les jambes sont écartées vers la mer… Et pour avoir une chance d’épouser une fille bien, un habitant d’Oran est contraint de l’importer des petits villages…

Cap Béjaia

Si dans chaque baie, se cacheraient des villes-bordels, que verra l’imagination de Daoud dans les promontoires comme celui de Béjaïa…

Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! Wssekh (margouillis) d’un vrai cambrousard qui ne sachant atteindre les étoiles avec le beau, défèque goulûment sur les gens hospitaliers qui l’ont adopté et se dit : « je sens bien mieux ». Non, ce n’est pas lui qui dit ça, c’est son ombre… Ce sont des hyperboles que Moussa en personne a imaginé et dicté à l’auteur… Méprisant, en plus. Et pourquoi tout ça ? Par convoitise d’une ordination française et l’accès triomphant dans le sanctuaire de la littérature mondiale, un miroir d’alouettes au seuil duquel bien d’Algériens obséquieux se sont cassés les dents. Quelle bassesse ! Mais, après tout, pourquoi pas ? Plus on relève la juppe, plus on a des chances de séduire.

Baie d'Oran Cap Béjaia

 

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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