Abed Charef jette l’éponge : Amnésie toute

Les généraux assassins absous ?

Abed CharefLa tâche ardue, le chemin interminable, trop périlleux et au bout l’impasse et les malheurs. C’est trop pour un type qui se fait vieux. Non, il possédait encore ses facultés intellectuelles ce jour-là. Lâchée, crachée, l’abomination que craignent les familles des victimes de  la décennie rouge, tel un morceau de chair putride, dégoulinant de sang, est sortie de sa bouche : amnésie pour les généraux. Il ne voit plus rien d’autre, le chevronné. Morts et bourreaux. Deux cent mille Algériens à tuer une deuxième fois. Ni mémoire, ni célébration, ni même leçons d’histoire à retenir ou à enseigner aux prochaines générations. Occupez-vous des travers du président du moment et fermez vos gueules. Ah, oui, laissez les mères pleurnicheuses pleurer jusqu’à ce qu’elles crèvent toutes, on les enterrera une après l’autre avec leurs grands portraits et leurs blessures inguérissables. Charef, les souffrances bien derrière, dit que les carottes sont cuites, que c’est la fin des haricots, que les assassins ont gagné la partie de cache-cache, qu’ils sont trop puissants et d’autres allusions désespérantes. Là s’arrêtent l’histoire et le chemin de l’espoir, de la justice… Celui qui a gardé la tête haute depuis octobre-88 et fut l’un des rares journalistes et reporters qui ont fait honneur à leur profession, éteint la lumière dans un pays dominé par des aveugles.

Au moment où une journaliste tunisienne, Sihem Bensedrine — une femme, bon Dieu ! —, pas moins jeune que lui, créa un commando, réquisitionna plusieurs camions et fonça sur la présidence, l’ex-taverne de Ben-Ali, pour une perquisition éclaire pour récupérer toutes les archives de l’ex-dictateur en vue de les scruter à la loupe et en déterrer les dossiers de ses crimes, un de nos grands journalistes, devant l’impasse et le rideau de fer des généraux, jette l’éponge et nous conseille de faire de même. Tout oublier, tout effacer et réhabiliter tout le monde. C’est à en pleurer. C’est à peine croyable. Le dernier des Mohican perd la boussole. Ou bien, ce n’était qu’une vue de l’esprit. Il n’a jamais été rebelle par conviction ou solidarité, mais par crânerie et orgueil seulement. Il avait fière allure, il se dressait sur ses ergots comme un grand chevalier pour le plaisir. Pour dire aux généraux que lui n’est pas à vendre, qu’il refuse d’être relais ou laquais de bas étage. Lui, son rôle ou son but était de défendre sa fierté de n’avoir pas eu peur, de montrer son incrédulité et son indépendance. Les morts, les 200 000 morts, eh bien, ils ont un Dieu. S’Il ne les venge pas, qui peut le faire ? Autant effacer l’ardoise et y écrire une autre tragédie qui ne coûte rien aux militaires.

L’impact de cette parole et cette position consternante n’est pas difficile à imaginer. Les généraux, parés d’une nouvelle virginité que les intellectuels leur ont accordée, ne se gêneront pas de réprimer dans le sang d’éventuels soulèvements, un autre Abde Charef apparaîtra et les absoudra depuis un petit café de presse. Lamentable. C’est dans ces moments que l’on se rend compte que, finalement, l’Algérie n’a jamais été qu’un grand désert, aride et infécond, ou que sa populace ne se réveille que de siècle en siècle.

http://youtu.be/jybxO1TjRH4?t=31m40s

 

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans DRS, Presse. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

7 commentaires pour Abed Charef jette l’éponge : Amnésie toute

  1. supplicié dit :

    quand on entend cela je me dis on ne peut pas descendre aussi bas dans l echelle de l hypocrisie et de l’ instinct animal.La lucidité et l’ honneteté ne font pas partie de la culture de ces predateurs, on a froid dans le dos quand on entends de telle abominations.Comment peut on faire l’impasse sur les monstruosités commises chez nous alors que les bourreaux et leur progeniture continuent de nous violer. Comment oser dedouaner des criminels de masse et faire l’ impasse sur le drame vecue par de centaines de milliers d’algeriens ,alors que les instigateurs des horreurs ou leur suppletifs sont encore au pouvoir et continuent leur exploitation ehonté du peuple algerien?Comparer l’ incomparable les chiliens ont reussis a chasser le pouvoir genocidaire et l ‘ont remplacé par un pouvoir elu democratiquement.ce qui n est pas le cas de l’ algerie.Que se passe t il dans votre cerveau abed charef?Vous etes tombés d une echelle?

  2. Bouzouar Amar dit :

    Jette l’éponge, c’est vite dit. Abed Charef est un bon journaliste, pas plus. Il n’a jamais été un opposant actif du système. Il spécule et il parle pour être là et exister par les mots, pas plus.

    Il propose «l’amnésie» comme projet! C’est un peu fort! Pourquoi ne pas (juste) proposer la démocratie, l’État de droit, l’indépendance et la liberté! Pourquoi ne pas (re)créer un nouveau MTLD: Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD)

  3. Bonny dit :

    C’est des vendus aux génocidaires du peuple algériens !
    Mais ces crimes et massacres ne seront jamais oubliés !

    • Amar Bouzouar dit :

      Non ce n’est pas un vendu, c’est juste un bon journaliste sans envergure (au niveau engagement politique pour la «cause démocratique»)

  4. miloud dit :

    j aimerais exposé 3 sujets qui me tiennent tant à coeur: le premier c’ est pourquoi kamel daoud et son journal ,qui se revendiquent democrate et pour la liberté d ‘expression ne mettent pas a la disposition de leur lecteur un espace dans leur quotidien pour repondre et les contredire sur le contenu de leurs articles? 2e sujet:Quand on feuillette les quotidiens algeriens, on apprends chaque jours que des terroristes sont arrétés, que d’autres sont abattus, des caches decouvertes, etc, ils sont si nombreux? la source ne se tarit donc jamais? je me pose donc cette question: pourquoi ne pas mettre en prison un bon paquet d ‘algeriens, environ 30 millions d’affamés ,qui sont a mon avis tous des terroristes potentiels, selon la terminologie des pouvoirs dominants, Ainsi nous serons sur d’ avoir eliminer tous les terroristes en algerie.3e sujet , ceux qui luttent contre le terrorisme aujourdhui, si demain le pouvoir change de main ,ils retourneraient leur veste, puisqu ils n ‘ont aucun etat d ‘ame et qu’ ils n’ obeissent qu’ à leur chef (sans s) ,tout Comme la mafia.

  5. miloud dit :

    ps: comme le font tous les quotidiens (le watan, liberté,etc)

    • Bouzouar Amar dit :

      Pourquoi la presse écrite algérienne est-elle comme ça? C’est simple, ces quotidiens font partie de l’ Establishment (Ensemble des gens en place -pas uniquement dans l’appareil militaire ou politique-qui contrôlent l’ordre établi et cherchent à se maintenir). Pour El Hadi CHALABI (La presse algérienne au-dessus de tout soupçon) il s’agit en fait d’une presse administrée. Ses différents titres et les engagements de ces derniers ne seraient en somme que la résultante d’une clientélisation par les différents clans de l’appareil militaire. Et la plupart des mises à mort médiatiques seraient des exécutions sur ordre.

      Ils sont le produit du système et vivent dans son ombre même s’il y a des journalistes honnêtes et courageux. Et même s’il y a des transformations, le système fonctionne de la même manière depuis longtemps. La distribution de la rente est un de ses pivots. Comment expliquez par exemple que des quotidiens de la presse écrite algérienne ont les moyens de créer des chaines de télévisions alors qu’en même temps on voit la presse écrite en Europe et au états unies en crise à cause d’internet?
      Le système permet à cette presse de s’enrichir et elle, en contre partie, ne remet pas en cause LES BASES de ce système.

Les commentaires sont fermés.