Mourad Bouakkaz dans l’ombre d’Ahmed Kerroumi

Mourad Bouakkaz Ahmed KerroumiAprès les attentats du 11 – septembre, le monde musulman ne croyait pas ses yeux. Jamais il ne pensait qu’un musulman puisse être capable de commettre un acte aussi phénoménal. Non pas pour sa barbarie, mais pour le génie et la complexité de sa réalisation. Une large partie de l’opinion publique internationale baignait dans le complotisme et refusait d’ajouter foi aux accusations de l’Administration de George Bush. Qu’un islamiste, se terrant comme une vermine dans les grottes d’une région perdue entre des zones arides et le Moyen Âge, puisse penser, planifier, préparer de longue date une opération spectaculaire de portée mondiale est tout simplement inconcevable. Elle est hors des facultés et hors des possibilités d’un Bédouin, aussi riche soit-il. L’absence de revendication de Ben Laden qui gardait un silence de mort confortait cette méfiance. Couard et roué comme il était, il ne voulait ni assumer le crime dont il était accusé ni s’en laver et éviter au monde musulman la plus grande honte qu’il ait connue dans l’histoire contemporaine. Les nobles et riches islamistes ne se sacrifient pas ; seule la racaille musulmane qu’ils ramassent à la pelle dans les mosquées et les bidonvilles, qui se porte volontaire pour les attentats-suicide. Bref, toujours est-il que le richissime Oussama Ben Laden, accusé d’être le cerveau et le grand bailleur de fonds et le pionnier du terrorisme islamiste international, n’a pas voulu cracher le morceau. Ni dans un sens ni dans l’autre. La vérité attendra le jugement dernier.

En Algérie, un cas similaire se présente actuellement. Un dossier criminel, moins grave que l’attentat de Manhattan, mais tout aussi sensible, vogue dans le brouillard au gré des flots contradictoires. Une victime y est assassinée brutalement et, suprême cruauté, sa mémoire est souillée à jamais. La terrible vérité fuit les rets du tribunal de l’opinion qui ne sait plus à quel saint se vouer. À l’instar du 11–septembre, de Tibhirine et de tant d’autres affaires scabreuses, elle plane entre ciel et terre par la volonté, cette fois, de la partie qui prétend défendre la victime et honorer sa mémoire.

Sur son compte Facebook, Mourad Bouakkaz, ex-agent informateur du DRS, a publié, une fois de plus, une image du défunt professeur Ahmed Kerroumi, kidnappé et quelques jours plus tard tué sauvagement en 2011 à Oran dans des circonstances plus que mystérieuses. Le point nodal du dossier : le professeur ne faisait pas mystère de son opposition à l’omnipotence DRS et son immixtion dans la politique. Quelques semaines avant sa mort, il s’est plaint du DRS à un représentant de l’ONU en visite officielle en Algérie… Aujourd’hui réfugié en France, monsieur Bouakkaz affirme qu’il fut chargé pendant 3 mois de la surveillance visuelle du défunt professeur et n’a pas remarqué le moindre signe du prétendu penchant pervers chez le professeur. Sinon, il ne l’aurait pas démenti dans l’image publiée il y a quelques jours. En affichant une solidarité forte avec le professeur, Bouakkaz démontre ou veut démontrer — on nage toujours dans la mélasse — qu’au péril de sa vie il est du côté de la victime et du côté de la justice.

Comment croire un témoin s’il s’obstine à garder secret un pan important de « la vérité » qu’il raconte à l’opinion et à la famille du professeur ? Pourtant, l’opinion ne demande qu’à croire. La pierre d’achoppement est facile à écarter du chemin de la crédibilité, il suffit de raconter par le menu tout ce qu’il a vu pendant la surveillance dont il fut chargée. Où, quand et qu’a-t-il vu exactement ? L’opinion nationale aura une meilleure idée sur le personnage. En attendant ce témoignage indissociable à sa sincérité, la vérité insaisissable attendra le jugement dernier.

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