Baba sidi ! Parle-moi des grands patriotes

Les fondateurs de la IIe République…

Hocine Benhadidi1Fiston, tu me demandes une question importante, bien qu’elle me navre. J’en conclus que ta quête fut vaine. J’ai de la honte que tu reviennes les mains vides. J’espère que ce que je vais te raconter puisse t’aider à combler ta passion pour l’histoire nationale de l’après-62.

Oui, ta question légitime, évoque chez moi des souvenirs impérissables, certains joyeux et d’autres amers. Avant de citer les patriotes que j’ai connus, il faut s’entendre sur le sens du mot patriote. Pour moi, il a toujours rimé avec justice, vérité, honnêteté et travail. Le patriote œuvre dans le sens de la prospérité et du progrès de son pays. Un citoyen ou un responsable qui commet des injustices, abuse de sa force ou de son poste, il trahit son pays, il sème le mal et propage le désespoir et le dégoût. C’est un poison pour l’unité et la force du pays. Celui qui les couvre n’est pas moins coupable, il partage l’infamie du crime.  J’insiste sur ce point, car à l’époque, il existait,une autre définition. Elle était  spécieuse, en vogue dans les hautes sphères du pouvoir. Les gardiens du temple, immuables, mettent l’intérêt suprême de la Nation au-dessus de tout, au-dessus du peuple lui-même. Ce patriotisme a fait beaucoup de mal à l’Algérie, il a ouvert les portes de l’enfer et permis aux voyous et aux esprits malades de squatter l’État. Une autre fois, si tu veux, nous en parlerons.

Mohamed Charfi1Le pouvoir, une caste de hors-la-loi, avait la vie dure. Il possédait le don de se réincarner, de ressusciter, de se muter et de s’adapter à tous les contextes. Il épousait parfois les folles aspirations du peuple, mais demeurait invariablement pernicieux et profondément corrompu. Au changement d’un président, un rare moment d’espoir, suivait le désenchantement. Rien n’évoluait dans la nature du pouvoir. Tu peux dire qu’il ressemblait à un trou noir de l’espace : il attire et avale les étoiles les unes après les autres. La lumière et tous les astres qui s’approchent de lui disparaissent à jamais dans son ventre insondable. Les esprits happés vivaient à l’intérieur, dans un monde enchanté, heureux et béats, mais ils étaient définitivement perdus. Un mur épais et limpide les séparait de la réalité, ils ne s’associaient pas aux souffrances de leur peuple et ne voyaient pas de hoggra. Ou bien ils la voyaient, mais ne pouvaient la dénoncer. Ils n’étaient d’aucune utilité pour le pays.  C’était une chose vraiment troublante, elle me laissait sans voix. C’est comme si le pouvoir les a dépouillés de leur âme.

Abdelaziz Ziari1Un autre vice me fascinait chez le pouvoir : le génie à farder ses méfaits, ses crimes et ses échecs graves dans de beaux discours qu’écrivaient à l’encre léthéenne des scribes falots. Il trouve des parades à tout. Le pouvoir retombe toujours sur ses pattes, se remet d’aplomb et continue imperturbable son bonhomme de chemin. Parfois, il se paye des leçons de morale, se gargarise de patriotisme. Le charivari que créait une armée de relais, étalés entre les hauts responsables requins aux discours doucereux, et les poncifs de bons pères de famille ignares, dans les médias, noie dans l’oubli tous les appels à la raison et les contestations populaires. Les débordements dans les rues étaient violemment réprimés : avec l’argent du pétrole, le pouvoir s’est payé une grande force policière bien graissée et une riche panoplie de matériel anti-émeute.

Tout cela donnait, à nous les citoyens attentifs à l’évolution du monde, le tournis et nous avions le sentiment de naviguer dans le brouillard vers un destin funeste. Le pays était grosso modo dirigé ainsi pendant un demi-siècle.

Oui, fiston, nous en avons bavé de la hoggra et de l’impunité de nos dirigeants. Génération après génération, l’Algérie allait à vau-l’eau. Je t’épargne les tribulations de la décennie rouge et le long règne de Bouteflika. Le pays courrait à sa perte jusqu’au jour où trois chevaliers sans peur et sans reproches que nous croyions morts depuis longtemps, se sont violemment extirpés du trou noir et, dans un grand fracas, ils ont bouleversé le cours de l’histoire. Leur apparition a créé un véritable tremblement de terre tant leur courage avait ébranlé le pouvoir. Une partie du peuple avait pris peur et a cru qu’une guerre allait éclater, qu’une autre décennie rouge allait commencer… Dieu merci, rien de tel ne s’était produit. Les trois chevaliers sur leur montures blanches comme disent les contes, n’ont pas laissé au pouvoir le temps de respirer. Avec un courage de titans, ils ont déballé les travers du pouvoir qu’ils connaissaient de l’intérieur, monté en épingle toutes les pratiques mafieuses et démasqué les coupables. Ils relataient les faits dont ils étaient témoins et ouvraient les dossiers criminels oubliés. Sans relâche, jour après jours, ils partaient à l’assaut du pouvoir pourri.

La suite tu la connais, fiston : la seconde République plus juste et plus agréable à vivre. Tout le monde s’était trompés sur le compte des trois héros. Même moi, ton grand-père, pensais qu’ils étaient des minables, des hommes du système, qu’ils se sont manifestés juste pour venger et défendre le chef de fil d’un clan puissant en bute avec le président, son rival, que ça relevait d’un jeu de tac au tac ou de la barbichette. Que non. Ils étaient d’authentiques patriotes, des vrais patriotes qu’on ne rencontre qu’une fois dans sa vie. C’était une époque glorieuse et mémorable, elle a commencé un jour du mois de février 2014.

Tu peux être fier de ton pays, fiston!

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Baba sidi ! Parle-moi des grands patriotes

  1. Ils ne sont meme pas capable de nettoyer les rues des villes et villages, L’algerie c ‘est le seul pays au monde ou il n’ existe pas de balayeurs municipaux pour le ramassage des detritus et des ordures, qui envahissent nos rues.L algerie est le seul pays au monde ou les produits alimentaires(‘cancerigenes) ne sont pas controlés.L’ ALgerie est le seul pays au monde ou les medicaments sont transportés dans des vehicules boxer sous 60 degrés de chaleur(produits actifs detruit à plus de 25°).L ‘Algerie c’ est le seul pays au monde ou les honoraires(prohibitifs) des medecins , des avocats, des huissiers des notaires sont fixés en violation de la legislation, selon la tete du client. idem pour les laboratoires d’ analyses medicales et autres d imageries qui ne respectent pas les tarifs officiels ( prohibitifs), ils ont batis des fortunes colossales en depouillant les citoyens et en trichant sur leur chiffres d’ affaire ,L’ Algerie est le seul pays au monde ou le pain(cancerigene) est vendu etalé a meme la chaussée et que la plupart des boulangeries ne vendent que des baguettes et ferment à midi pour ne rouvrir que le lendemain.L’algerie est le seul pays au monde ou les elus (maire, deputé, apw) ne vont jamais a la rencontre de ceux qui les ont elus(les citoyens).On a jamais vu un maire ou un deputé marcher a pied dans sa ville ou son village discuter avec les citoyens !L’algerie est le seul pays au monde ou le corps medical ne met jamais de gants steriles et jetables pour consulter les malades. etc, etc. vous avez dit Formidable…. fooort minable….. pour paraphraser stromae …………bravo!

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