Des remarques sur l’attentat du musée Bardo

Musée de Bardo caméras de surveillanceLa vidéosurveillance mise en ligne laisse pantois. Les deux terroristes sont entrés au célèbre musée Bardo de Tunis comme au moulin, ils n’ont rencontré aucun gardien. La sécurité était inexistante. Il est à se demander comment des responsables, en bute à un terrorisme islamique, sanglant, depuis quelques années, n’ont pas pensé à prendre des mesures draconiennes qui s’imposaient. Dans une démocratie, il est impératif qu’une telle faille soit suivie de sanction et d’éviction.

En passant, on notera que les caméras de surveillance étaient d’une piètre qualité, mal placées et insuffisantes. A l’entrée, un endroit sensible, il n’y avait a priori pas de caméra ou elle était défaillante. L’éclairage laissait à désirer : les visages des visiteurs ne sont pas facilement identifiables. Le mystérieux jeune équipé d’un sac à dos que les terroristes ont croisé et avec qui ils avaient échangé des regards douteux, n’a pu ainsi être identifié. Toutes ses failles se sont alliées aux criminels pour accomplir un massacre et faire voler en éclat l’image touristique de la Tunisie.

C’est bien beau de se rassembler en masse, de montrer une solidarité nationale sans faille, de chanter l’hymne national à chaque grave attentat. Encore faut-il, en parallèle, réagir avec intelligence et détermination à au défi majeur du terrorisme. Le Musée Bardo a signé l’incompétence du président Caïd Béji Essebsi, octogénaire, voyait rouge et fulminait à tous crin contre le laxisme du parti islamiste au temps où celui-ci était aux commandes. Le voilà, maintenant, lui-même, sur la ligne de front, subissant les revers politiques des attentats. Il va sans dire que le début de mandat de Nida Tounes, qui dort sur ses lauriers et s’ombre déjà dans les querelles intestines, n’est pas prometteur.

Deux grandes enseignements politiques peuvent être tirés du carnage de Bardo. Primo, l’opposition, au temps du mandat d’Ennahda, commettait une grave erreur en mettant les attentats politiques sur le dos du parti de Ghanouchi. Il n’y a rien de plus facile que la diabolisation abjecte à des fins bassement politiciennes. Dans une démocratie, qui plus est encore frêle, quand un malheur frappe et met en danger sa stabilité, l’intérêt national et le bon sens exigent une union sacrée de toutes les composantes de la société. Le salut et le succès de la nation sont à ce prix. Secundo,  Bardo a aussi permis d’inférer une autre vérité : Ghanouchi et son parti Ennahda, accusé à la hâte de laxisme, voire de complicité dans les meurtres des personnalités politiques, avaient pris une sage décision en renonçant à contrecœur au pouvoir. Il n’est pas difficile d’imaginer dans quel pétrin ils seraient aujourd’hui s’ils menaient encore la barque. Caïd Essebsi et sa clique, montant sur leurs ergots, les auraient vite mis au pilori et accusé de complicité

https://youtu.be/CmzJThPyHss

P.-S:
– les premières décisions du gouvernement tunisiennes comme le veut une gestion démocratique sont tombées :
Tunisie: deux chefs de la police limogés après l’attentat du Bardo

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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2 commentaires pour Des remarques sur l’attentat du musée Bardo

  1. Condor dit :

    C’est « l’œil du Faucon ». Bravo pour le diagnostic. percutant, tout simplement.

  2. Condor dit :

    Faut-il encore d’attentats et de victimes pour que les Tunisiens remettent les pieds sur terre pour qu’ils se prémunissent des risques d’une dérive totalitaire au nom de la lutte contre le terrorisme? pour qu’ils apprennent que la lutte contre le terrorisme requiert avant tout de l’intelligence, une grande patience et un travail de fourmis et de longue allène?. Dans tous ces cas de figure: j’espère qu’ils ne commettront pas l’irréparable en demander aide et assistance au DRS, un service qui a magistralement réussi sa clochardisation.

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