La vanité de l’univers et la décapitation halal

C'est quoi ce mondeGrandiose. Des étoiles cent fois plus grandes que le soleil explosent et s’affaissent dans un fracas gigantesque et sourd. Des galaxies naissent, grandissent, crachent le feu de l’enfer, s’entremêlent, se déplacent à une vitesse inouïe, se consument et meurent. Là-haut, c’est la débauche du gigantisme. Les chercheurs parlent de nébuleuses, de galaxies,  avancent des chiffres en milliards en quantité, en distance ou en temps, rapportent une orgie d’explosions galactiques. Le tout, assurent-ils, dans une débandade général vers les confins inconnus. Le spectacle de l’univers fait rêver en même temps qu’il donne des frayeurs. L’intervalle d’une vision, d’une méditation, l’immensité, l’infinité, les cataclysmes démesurés dont nous a abreuvés Hubble terrassent l’homme, le rapetissent, le terrifient…

L’homme, il le sait maintenant, agrippé malgré lui à une boule minuscule dans un coin perdu d’un cosmos infini, elle-même fragile, ouverte aux quatre vents, unique a priori par sa constitution, vogue dans l’espace sans cap ni moyen de navigation. L’homme est assujetti à une odyssée insensée se demandant si l’intelligence qu’il a acquise ou qui lui fut accordée ne sert, tout compte fait, qu’à lui montrer sa vanité misérable. Le ridiculiser et l’embringuer dans cette fournaise, peut-être, sont-elles la clé de l’univers ? Difficile à admettre.

L’humain, contemplateur, soufflé par tant de majesté, se sent vil et insignifiant. Il se recroqueville et retourne à sa coquille et interroge ses certitudes : que fait-il sur cette terre au milieu de nulle part et que signifie son existence ? Dans une quête éperdue d’une réponse sensée, il plonge dans les méandres de son intellect pour découvrir le fin mot de l’histoire. En vain. En désespoir de cause, il se découvre philosophe ou religieux.

L’homme n’est pas au bout de ses peines. Pendant ce voyage à haut risque, le passager hôte ou intrus fait des raccourcis à l’échelle de son entendement : il accepte sa faiblesse et s’agenouille devant une puissance invisible appelée dieu. Il ne la voit pas, il croit qu’elle existe. Et puis il divise la divinité. À chacun, la sienne. Chaque divinité voit la foi de ses fidèles se fragmenter. À chaque courant, la sienne. Sus aux autres. Morts aux autres. Les religions les plus puissantes écrasent les plus faibles.

La terre tournait et le soleil majestueux suivait chaque jour son drame. Il ne disait rien, il ne sait jamais mis en colère. Il crache le feu avec la même mesure et la même cadence. Peut-être parce que quelqu’un lui a appris que dans le grand cosmos, il était lui-même ridicule. La menace cosmique est vécue d’une autre façon sur la terre. La religion inventée pour expliquer l’existence et libérer l’être humain de son insignifiance s’est vite muée en instrument de massacre et d’horreur.

Aujourd’hui, j’ai vu des scènes infernales. Ceu qui l’ont filmé n’avait pas besoin de télescope. Elles viennent d’Irak ou de Syrie. Des fidèles barbus très pieux — puisqu’aux dires d’un grand prédicateur de mon pays, ils sont dans le droit chemin — jouer au football avec boules insignifiantes comme la terre. C’étaient des têtes humaines aux visages mortifiés. Les daechiens jubilaient comme des mômes, ils le faisaient au nom de Dieu. D’autres obligeaient des mômes à découper les têtes au cri d’Allahou Akbar, un Dieu Clément, assure-t-on. Ils leur apprenaient la décapitation halal. L’un d’eux, heureux de l’intérêt, s’est laissé filmer. Il encouragea l’enfant avec des versets et des hadiths et lui fermait les deux poings sur la poignée du cimeterre et lui dit : « Coupe fort et le paradis est à toi, mon fils. »

Bien sûr j’en ai eu le sang glacé. Je croyais que seuls un fou comme rab Edzayer et ses sbires étaient capables d’une telle barbarie. Je voulais savoir. À quoi rime cette existence. Je me suis retourné vers le ciel. Le soleil regardait muet. Les galaxies étaient très loin. Elles fuyaient la terre avec une fureur incompréhensible nous envoyant à peine un fin rayon de lumière. Les explosions gigantesques, les chamboulements cosmiques, sont-ils dans l’ordre des choses ou un désordre ? Tout ça était ridicule. Ainsi a voulu le Maître d’orchestre. Certainement, puisqu’Il existe et puisque ces crimes ont lieu sous Ses yeux. Mais moi, particule dérisoire, vulnérable, je ne savais pas où cacher ma carne. Je luttais de toutes mes forces contre une voix venant des profondeurs de mon âme. C’est la même voix qui inspirait des islamistes pendant la décennie noire. Ne pouvant plus supporter la torture des geôliers de Rab-Edzyer, ils proféraient de tous leurs poumons des insanités contre Dieu et leurs mères. La voix abyssale susurrait sans cesse : « Franchis le pas ! Tu vois bien, l’idée de dieu, c’est un démon qui l’a créée ; l’enfer de là-haut, c’est son œuvre ».

Dieu soit loué, Il est patient avec nos égarements. On n’imagine pas ce que serait le monde sans Lui. Les daechiens et les suppôts de Rab-Edzayers auraient une autre idéologie et n’hésiteront pas à employer la bombe atomique hallal…

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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