La frégate Guépratte à Alger en VRP du Mistral ?

Des yeux doux pour deux milliards d’euros

Histoire inspirée de l’actualité et du fantasme…

frégate Guépratte 2frégate Guépratte 4À l’issue d’exercices navals menés conjointement par la Marine nationale et la Marine française dans le cadre de la coopération opérationnelle annuelle (bisannuelle selon d’autres sources) baptisée « Raïs Hamidou », la frégate Guépratte a mouillé à l’Amirauté d’Alger, ce mercredi 29 avril. De part et d’autre, on a voulu fêter le succès de la mission. Le commandement de la frégate française, de concert avec l’ambassade française, a profité de cette occasion pour inviter l’état-major de l’ANP et quelques notables d’Alger triés sur le volet à un cocktail à bord de son navire de guerre. Quelques journalistes étaient conviés pour l’occasion. L’un des photographes a eu la brillante idée de filmer une partie de l’évènement et de la mettre en ligne pour  les amateurs et les curieux.

Le climat était clément en cette fin d’après-midi. La mer calme, l’ambiance inspirait les belles croisières. Les éléments, apparemment, ne s’opposaient à ce cocktail. Sur le pont d’envol, il n’y avait pas grande foule encore, les invités arrivaient par petits groupes. En tenue d’apparat, le comité d’accueil les recevait chaleureusement en leur souhaitant la bienvenue. Un hélicoptère militaire flambant neuf fut apprêté comme une pièce de musée sur son point d’envol. Le navire de guerre s’est paré de ses plus beaux atours et tout semblait sourire à cette rencontre mini-mondaine. Tout, excepté les nuages qui jetaient une grisaille depuis l’horizon jusqu’à l’arrière-pays.

Dans l’ambiance cordiale, prévenue de l’arrivée imminente de la délégation militaire algérienne, le Vice-amiral d’escadre Yves Joly et l’Ambassadeur de France Bernard Emié prirent position près du bastingage à l’entrée de la coupée. Ne voyant pas les voitures arriver sur le quai, ils se taillèrent une bavette. En aparté. Les regards étaient sereins et l’esprit chargé d’incertitudes.

— Dans cette rencontre, dépendra peut-être l’avenir de la Marine française, commença l’Ambassadeur. Il faut qu’on soit à la hauteur de la mission.

— À qui le dites-vous, Excellence, répondit l’Amiral. On nous a câblé l’importance du partenariat avec l’Algérie dans le domaine de la Marine. J’espère que tout se passera bien. Le personnel d’accueil a été instruit. Sourire, chaleur, serviabilité et disponibilité top niveau.

— Paris nous exhorte à mettre à profit Raïs-Hamidou et cette réception pour consolider nos atouts auprès des autorités de ce pays. Ils souhaitent que les membres de l’état-major algérien et en particulier celui de la Marine bénéficient de la plus grande attention. Nous avons obligation de dérouler le tapis. C’est une opération de charme qu’on nous demande. Ayez l’obligeance de répondre à toutes leurs questions techniques et suscitez leur curiosité le plus possible dans les systèmes intégrés au Mistral.

— Ce sera fait, j’en suis aussi conscient que vous, Excellence. Jean-Yves Le Drian nous a également prévenus de la visite prochaine de Hollande à Alger. Des bruits concordants courent sur ses intentions. Il veut se débarrasser des deux Mistral qui lui tombent sur les bras comme des éléphants blancs après l’annulation imminente du contrat avec les Russes.

— En effet, Amiral. Deux milliards d’euros en pure perte, quel gâchis ! Ce n’est pas sa faute. La guerre en Ukraine a tout chamboulé. S’ils ne sont pas vendus, c’est toute votre flotte qui doit être revue. Et vous connaissez mieux que moi l’impact sur les carrières dans la Marine.

— Certainement, Excellence. À Toulon, tout le monde redoute la restructuration et ses tracasseries pénibles. On a mis beaucoup de temps à trouver un équilibre…

— Vous comprenez alors pourquoi cette réception revêt une grande importance pour l’Élysée. Le président ne veut pas rallonger son passif, même si la contingence a mis son grain de sel. Il mise sur l’Algérie. C’est un client de choix. Si Hillary Clinton et David Cameron ont réussi leurs coups. Hollande doit également être en mesure de le faire.

— Les temps sont durs, notre Marine militaire en est à jouer au marchand de tapis. Notre mission aujourd’hui est de faire les yeux doux, ici, à Alger et peut-être demain, à New Delhi ou à Ottawa. Cela me chagrine un peu.

Un cortège de voitures haut de gamme entra doucement dans le quai. Des gardes corps descendirent en coup de vent. Ils entourèrent les voitures officielles et de leurs lunettes noires, ils scrutèrent les lieux. Les officiers supérieurs descendirent et s’engagèrent dans la coupée. L’Amiral se racla, ajusta sa visière et se tint prêt.

— Une dernière chose avant qu’ils n’arrivent, fit entre les dents l’Ambassadeur à l’Amiral. C’est peut-être bête, mais je préfère vous prévenir. Si un officier algérien vous parle du coup d’éventail qu’ils commémorent aujourd’hui, faites la sourde oreille sans perdre votre sourire. Oui, avec l’Algérie, la passion est toujours présente. Chaque jour, il y a une date conflictuelle à gérer.

Le général Gaïd Salah, suivi de quelques membres de l’état-major de l’ANP, mit les pieds sur le pont.

— Bonjour, Monsieur l’Ambassadeur, comment allez-vous aujourd’hui?, entama Gaïd en le saluant de la main.

— En très bonne forme, Mon Général. Cette belle journée m’a mis en aplomb.
Se tournant vers l’Amiral, Gaïd Salah le fixa un moment et lui tendit le bras et posa la même question.

— Bonjour, Mon Général, se dépêcha de répondre l’Amiral Joly en s’inclinant légèrement, la casquette sous le bras gauche. Je vais bien. Merci pour l’aimable attention. Nous sommes très honorés que vous ayez accepté notre invitation. Au nom de tout l’équipage, je vous souhaite la bienvenue à bord du Guépratte.

— J’espère que l’opération Raïs-Hamidou ne vous pas donné l’urticaire, reprit le ministre adjoint de la Défense.

— Pas du tout, Mon Général. J’ai eu même le plaisir de constater avec quelles dextérité et professionnalisme votre Marine est arrivé à se débrouiller en haute mer dans des situations imprévues. La mission est une réussite totale…

En haut de cette ambiance cordiale, dans la passerelle de commandement, de ses jumelles, le lieutenant de vaisseau Jean Edol suivait la scène attentivement. Il tentait de lire dans les lèvres de son chef et celui de Gaïd Salah. Comme il n’arrivait pas, il chercha dans les galons combien de généraux algériens sont montés à bord. Il tourna ensuite ses jumelles vers les autres invités. Il s’attarda sur quelques silhouettes féminines. Elles sont jolies, se dit-il ; il songea à sa femme qu’il reverra peut-être demain. Enfin, il tourna son regard vers Alger la Blanche et prit un long souffle. Un vrai diorama fait de bâtiments et de maisons rustiques l’invitait à la contemplation. Le mémorial des Martyrs ressemble étrangement à la Tour Eiffel. Il se demanda si la maquette d’origine n’avait pas séduit les responsables algériens pour ce trait. Il n’arrive pas à croire que cette belle ville fut autrefois française. Il pensa au passé chargé d’émotions intenses. Ici, des milliers de Français avaient vécu toute leur vie et avaient construit ce pays. Quel destin ! D’un œil français, Alger ne sera jamais une capitale comme une autre, se dit-il.

https://youtu.be/hCCS3vsSp3U

Que faire des deux Mistral russes ? | L’Opinion

http://www.lemidi-dz.com/index.php?operation=voir_article&id_article=evenement%40art7%402015-04-29

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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