Un ministre égyptiens gonfle et dégonfle les chiffres sans retenue

Égypte ministre de l'investissementAhmed OuyahiaL’image en exergue montre le bidonnage outrancier de l’Égypte de Sissi où la classe politique autant que les intellectuels se laissent gruger par les mensonges grossiers. Les vassaux de Sissi en sont aussi conscients de la crédibilité des chiffres et du discours politique que le sont leurs homologues algériens. Un vassal du général Sissi, «Son Excellence» le ministre de l’Investissement Ashraf Salman fait miroiter aux Égyptiens un chiffre colossal. Sans ciller, il annonce une collecte de 178 milliards de dollars lors de conférence économique internationale de Charm El Cheikh. Le vassal égyptien — à cause de leur histoire antique, les grades de la bassesse pourraient subir quelques changements… — fait saliver l’égyptien moyen, il lui fait croire que Sissi va rapidement sauver le pays de son bourbier économique et politique. Aux médias étrangers, plus au fait des retombées économiques d’une conférence sur l’Égypte, le vassal est bien plus prudent. Il dégonfle drastiquement le chiffre. Les 175 milliards passent en quelques jours à… 38 milliards de dollars. Les 137 milliards imaginaires feront vomir Tartuffe, le symbole universel de l’imposture, en personne. C’était au mois de mars de l’an de grâce 2015. Le comportement vil du ministre égyptien tombe comme un cheveu dans la soupe. Sous les yeux d’un observateur algérien, elle ne peut manquer de susciter d’amers sentiments. La triste réalité algérienne surgit d’un coup du fond de l’oubli.

Un vassal haut placé dans un gouvernement arabe n’a pas de problème à jouer avec les chiffres officiels quand ils déterminent l’état du pays. Qu’il s’agisse de chômage, de recensement de la population, de bilan économique ou de l’étendue d’un fléau, de n’importe quel domaine, le vassal rogne ou gonfle les chiffres pour les adapter au contexte politique. Il les tripote avec la dextérité de magicien. Cette compétence, rare ailleurs, se consomme comme du thé dans les pays arabes. Il y aura toujours des voix off venant d’une mosquée ou d’une chapelle laïc qui facilite la tâche au vassal et l’y encourage. Les arguments ne manquent pas. Les intérêts suprêmes de la nation… exigeraient la dédramatisation forcée et le lifting renforcé. D’ailleurs, le vassal sait que sa présence dans un gouvernement ou dans une haute autorité comme sa carrière politique, il les doit au génie de manipuler les chiffres jusqu’à l’absurde, un génie propre aux pays arabes.

En passant, il faut s’entendre sur le sens de vassal, de relais, de potiche… À force de les employer à tout bout de champ, on finit par s’apercevoir de la nuance. Certains le savent déjà, mais il n’est pas inutile de le rappeler. L’auteur de ce billet lui-même le confondait avec relais ou laquais en livret qui se livre à une mission d’encensement du pouvoir ou de stigmatisation des opposants. Ce n’est pas aussi simple. Il semble que dans le monde de la servilité, basse et indigne, les gens sont hiérarchisés selon leur importance, leur activité et selon leur proximité du pouvoir. La bassesse liée au pouvoir politique s’étale des tripots, les boxons, bourreaux et baltaguia et monte, monte, monte jusqu’aux Rabrab et les autres nababs… en passant, bien sûr par les responsables « bonnes familles » et les intellectuels respectables. Le grade de relais est volontiers attribué aux journalistes ; un vassal doit être ou bien riche, ou bien haut placé et influent. Tous d’une façon ou d’une autre écrasent le peuple et le maintiennent dans l’infériorité.

Mounir Khaled BerrahDe toute cette raclure vivante, il ne s’en trouvera pas une qui contestera des chiffres officiels falsifiés. Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, Ouyahia avait créé un million d’emplois en 6 mois, une prouesse qu’aucun pays n’a réalisée. Et allez rappeler aux choupinets de la télé Karim Boussalem ou Ahmed Lahri, leur devoir de fouiner dans ses calculs. Ces deux chefs de file du relais (marathon) l’avalent cru. À la veille des élections législatives de 2012, Ould Kablia annonce urbi et orbi qu’en l’espace d’une mandature l’électorat national s’est enrichi de 4 millions de nouveaux électeurs ! L’auguste Office national des statistiques n’est pas du reste. Sa méthode du BIT magique pulvérise le poids du chômage. Des 30 à 35 % de chômeurs clamés par de nombreux observateurs et tangibles sur le terrain, Mounir Khaled Berrah, directeur de la boîte des stats, jure la main sur le cœur (et sur le Coran s’il le faut) que l’Algérie compte à peine 10 % de sans-emploi. En somme, notre pays « riche » d’une économie végétative, fait mieux que n’importe quelle puissance économique. Et puisque l’on est le seul organisme habilité et autorisé à donner des statistiques, personne ne pourra dire le contraire… Surtout par Bébé moustachu ou Marmita… On passe sur les tonnes de chiffres invérifiables qui sont souvent balancés à la télévision.

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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