Abdelghani Bouteflika, une affaire de « bon cœur »

Abdelghani BouteflikaActe I : l’idylle entre les fortunes et la présidence

C’est avec une joie indescriptible qu’Abdelmoumen Khalifa, magnat de ce que tout le monde sait, a eu l’idée la plus charitable et la plus fraternelle qu’un musulman ait pu trouver. Il décida d’offrir de bon cœur un appartement luxueux d’une valeur de 700 000 euros, à un certain Abdelghani Bouteflika qui de toute évidence tirait le diable par la queue. Il passait par une période de vaches maigres : son frère Abdelaziz, président de l’Algérie, l’avait mis sur la touche, ses honoraires d’avocat indépendant étaient insuffisants et le contrat qui le liait à la Khalifa Bank ne rapportait pas davantage de bonheur. Si bien que Khalifa, son patron au cœur d’or, décida de lui faire un don substantiel. Dans l’élan de charité, le Tycoon bien né s’est dit qu’un appartement dans Paris pour son avocat c’est bien, mais il doit pouvoir se déplacer facilement dans le trafic dense de cette métropole. Tout de suite, sans hésiter une seconde, il achète quatre grosses cylindrées allemandes et les met au nom d’Abdelghani Bouteflika. Un frère de président ne peut pas rouler sur des tacots, s’est-il dit ! Et puis, il y a l’honneur de l’Algérie ! Le pays des glorieux martyrs ! Quand même ! On peut chercher dans toute l’histoire de l’humanité, on ne trouvera pas un précédent d’altruisme aussi poignant.

Corruption Abdelghani BouteflikaPassons sur la joie incommensurable du bénéficiaire le jour où il reçoit en discrétion comme toute bonne charité musulmane, les clés de l’appartement cossu et les bagnoles de rêve. Passons aussi sur le clin d’œil entendu de son frère le président qui mesurait ainsi le chemin parcouru depuis sa longue traversée de désert. Ah, le monde, qu’il est imprévisible! Parfois, il agit comme une grande grue magique. Du cauchemar et des abîmes, il empoigne le supplicié par le collet, le hisse vers les cimes de l’ivresse et le dépose en douceur au beau milieu d’un conte de fées.

Acte II : l’épreuve cornélienne

Quand le monde se réveilla sur le scandale Khalifa, Abdelghani eut le cœur serré. Il ne crut pas ses oreilles : son patron s’est avéré un malfaiteur et un escroc international. Sa fortune colossale ne fut qu’une supercherie financière de grande ampleur. Il a abusé des centaines de milliers de citoyens et d’organismes privés et publics laissés dans l’ignorance par le DRS, l’organisme puissant qui veillait… au grain et à la sécurité. Le trou laissé dans la trésorerie était énorme. On le répète peu dans les médias publics, car, susurre-t-on, c’est indécent. De grosses légumes ont manipulé Abdelmoumen, le pauvre, et maintenant ils s’en lavent les mains aussi simplement qu’ils prennent un bain dans leurs résidences. Lui, il n’eut que le temps de prendre la clé des champs. L’Algérie et la France étaient à ses trousses. Abdelghani fut, choqué, bouleversé par cette brutale tournure. On n’imagine pas sa déception… Lui, l’illustre avocat de Khalifa, frère d’un président, n’a rien senti, n’a rien vu venir ? Pendant des années, il flottait dans un nuage de sincérité et de naïveté. Amertume ou pas, son amour pour l’Algérie, pays des Martyrs et des pigeons a pris le dessus sur les lambris dorés. Au diable la vie chatoyante de Paris. Il se passera des Allemandes. Ses frère sauront le consoler. Il décida donc de se désister des biens mal acquis. L’appartement et les bagnoles reviennent de droit au Trésor public. C’est ainsi qu’il remettra de bon cœur les clés et les papiers à l’officier chargé de liquidation de la banque Khalifa.

Acte III : l’apothéose

Le liquidateur Moncef Badis reçut de bon cœur et dans la plus grande discrétion les fameux clés et papiers des mains d’Abdelghani. Il constatât de lui-même la grandeur d’âme de l’avocat et mesuré à quel point il fut victime des ragots malveillants entourant sa relation avec le grand escroc. Aussi passa-t-il sous silence cette affaire délicate et se garda de poser trop de questions. Avec un autre aliénataire, la procédure aurait été appliquée à la lettre. Dans toute la rigueur de la loi. Mais une personne si magnanime telle Abdelghani, comment pouvait-elle savoir qu’en acceptant des dons mirobolants de Khalifa, il risquait de se compromettre et de tomber sous le coup de la loi pour corruption et subornation ? Son grand frère a dû être très pris par ses importantes charges pour lui tirer les oreilles. Dieu soit loué, il a rendu les biens accordés sans aucune pression autre que celle de la conscience. Ainsi le liquidateur liquida tous les jugements noirs qu’il porte d’habitude sur ses victimes ordinaires.

Le ministre de la Justice et toute la magistrature algérienne ont suivi cette affaire de près et ont noté avec plaisir immense son heureux et discret dénouement. C’est avec bon cœur aussi qu’ils gardent le silence et vaquent à leurs occupations quotidiennes au service de la société. S’il y a une chose dont il ne faut jamais douter, c’est que notre système judiciaire est très attaché à l’esprit de justice, aux vertus et à la force de la loi. Ils en sont profondément imprégnés. Tous les activistes de la société civile qui ont bavé du système judiciaire et subi de plein fouet sa rigueur peuvent en témoigner à cœur ouvert..

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Abdelghani Bouteflika, une affaire de « bon cœur »

  1. Nait ali dit :

    Digne des mesaventures de la camorra sicilenne, notez au passage que nous tous sommes d une maniére ou d ‘une autre au service de la mafia algerienne, par notre silence, par notre exces de zele pour plaire aux truands qui n ‘en demandent pas tant, Toutes institutions comprises evidemment, nous sommes tous Complices.

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