Washington abandonne le principe de non-paiement des rançons

Le désarroi discret d’Alger

Ramtane LamamraLes dictatures et les régimes illégitimes maintiennent la fausse respectabilité par une batterie de subterfuges, dont propagande, glorification, déni de la vérité ou de mise sous le boisseau. L’Algérie ne déroge pas à ce constat. Tant s’en faut. Elle en fait même une règle d’or. Quand, pour quelque circonstance favorable, elle bénéficie d’un semblant d’intérêt international, le pouvoir le claironne à tout va. Ainsi en était-il de la résolution de l’ONU sur la criminalisation des payements des rançons, adoptée sur proposition de l’Algérie. Quel boucan autour de l’influence de l’Algérie sur la communauté internationale! Et la vigueur de sa diplomatie, dont le terrain de chasse ne sort pas traditionnellement du tiers monde…

Le vent dans le dos, le pouvoir en profite à fond la caisse. Il instruit ses innombrables relais qu’il mène par le bout du nez : « Que tous les béni » ârboun (néologisme au sens de ghâchis ou plèbe pour les profanes…) se mettent dans la tête que l’Angleterre et les États-Unis — du haut de leurs puissances — se sont “ralliés” à la position de l’Algérie. » L’Union européenne n’a pas suivi ? Un détail insignifiant.

La gloriole diplomatique vient de tomber dans l’eau… d’Ifri. Des nouvelles sont parvenues de Washington. Elles sentent le soufre. Des familles d’ex-otages ont mené une bataille médiatique contre l’interdiction du payement des rançons et ont eu gain de cause. L’Administration d’Obama a fait la fine mouche, mais ne s’en est pas formalisé davantage. L’État américain a cédé devant le sentiment humain des familles des otages. Pour sauver la face, il a modifié la disposition interdisant le payement des rançons. Il restreint l’interdiction aux pouvoirs publics. Dorénavant, il n’y aura pas de poursuite contre les familles ou organisations privées qui décident de paye rles rançons. In fine, ce «compromis» réduit à néant les grands efforts de l’Algérie. Washington ne le reconnaîtra pas, mais la résolution onusienne sur la criminalisation devient caduque.

Quand on sait combien le pouvoir a sué pour obtenir à ce sujet un consensus international, fragile au demeurant, et combien il s’en est enorgueilli, l’on devine la déception qui a dû être ressentie. Mais, cette déconvenue, on ne va pas la crier sur tous les toits… On attendra un autre miracle diplomatique. Pour le moment, il faut se contenter avec le fonds de commerce : notre bonne vieille lutte contre le terrorisme qui n’en finit pas.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/amerique-nord/obama-autorise-les-familles-d-otages-americains-a-payer-des-rancons_1692933.html

Publicités

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans Politique algérien. Ajoutez ce permalien à vos favoris.