Surenchère antiterroriste entre Essebsi et Bouteflika

Tunisie Essebsi LamamraAprès l’officialisation de l’alliance entre la Tunisie dans l’OTAN, Alger est entré dans une colère noire, dit-on. Elle a dépêché son MAE, Ramtan Lamamra, pour exiger des explications et présenter son refus. L’émissaire fut chargé de remettre en main propre une lettre au président Bédji Caïd Essebsi. Certains ont parlé de menace de gel des relations. A la suite de la rencontre, le président tunisien, visiblement peu affable avec l’émissaire, a téléphoné au président Bouteflika. Les deux vieux chefs d’État ont échangé dans le pur style diplomatique…

Nous publions en exclusivité une partie de l’entretien téléphonique…

Président Essebsi : Vous avez absolument raison, monsieur le Président. J’ai écouté avec grand intérêt tous vos sages discours. Comme j’ai porté une attention particulière à vos déclarations sur le terrorisme, les menaces extérieures et la situation géopolitique trouble. Non seulement je les approuve totalement, mais elles m’ont servi de fanal dans mes propres convictions. Je m’en suis toujours inspiré.

Président Bouteflika : Vous me flattez trop, monsieur le Président. Si à travers mes discours, j’ai pu en quoi que ce soit être utile à la Tunisie, vous m’en voyez ravi. C’est un grand honneur que de rendre service à un pays voisin et frère.

Président Essebsi : Vous êtes trop modeste, monsieur le Président. Pour nous, les Tunisiens, la solidarité de l’Algérie nous a toujours marqués au fer rouge. Sur les questions sécuritaires, la Tunisie se réfère toujours aux positions officielles de l’Algérie. Nous partageons le même diagnostic et menons le même combat. Un esprit de solidarité sans faille nous unit. Je profite de cette occasion bénie pour vous dire au nom de la Tunisie que nous n’oublierons jamais le généreux chèque de 50 millions de dollars que votre excellence nous a accordé après la révolte du jasmin. Cet argent nous a permis de couvrir unepartie des frais de médicaments pour les blessés de la révolte…

Président Bouteflika : Je suis embarrassé de comprendre que 50 millions dollars ne sont que fétu de paille devant les grands besoins de la Tunisie. Vous m’en voyez attristé. Mais je peux vous dire que si je n’avais pas pris l’importante décision de faire un don de 5 milliards de dollars au FMI, l’Algérie aurait eu les moyens financiers pour se montrer plus solidaire avec ses frères tunisiens. Je ne vous apprends rien, monsieur le Président, en disant qu’en la triste conjoncture, le jeu des alliances géostratégiques avec les organismes internationaux a son importance dans la stabilité d’un pays. Ce sont des contraintes que l’Algérie doit prendre en compte.

Président Essebsi : Tout à fait, monsieur le Président Bouteflika. Je suis profondément désolé si j’ai pu être maladroit en m’exprimant mal. La Tunisie n’a jamais eu pour politique de tendre la main à qui que ce soit. La stabilité de l’Algérie est capitale pour nous. Toute action que vous engagez, nous la soutenons. Il est vrai que la Tunisie passe par une période critique faite de disette et de terrorisme, mais elle a assez de ressort pour se relever sur ses jambes et relever tous les défis qui encombrent son chemin vers le progrès et l’épanouissement. Elle se tient prête aux sacrifices.

Président Bouteflika : Je n’en doute pas une seconde, monsieur le Président.

Président Essebsi : Permettez-moi d’ajouter, monsieur le Président, qu’au sujet du jeu des alliances géostratégiques, dont vous venez de souligner à juste titre l’importance, la Tunisie a aussi pris des initiatives. Elle a décidé de s’adjoindre le savoir-faire de l’OTAN. Une formule nous a été proposée courtoisement et nous y avons adhéré en toute souveraineté. Nous sommes devenus officiellement ses alliés majeurs. Ainsi la Tunisie, petit pays exposé au terrorisme et sans ressources pour y faire face, se sentira mieux protégée contre ce fléau. Il va de soi que cette alliance est profitable à l’Algérie et à tout le Maghreb. Une Tunisie stable et protégée sera un souci de moins pour les voisins qu’une Tunisie fragile et affaiblie devant la vague terroriste.

Président Bouteflika : Oui, je comprends…

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/mireille-duteil/pourquoi-nous-ne-devons-pas-oublier-la-tunisie-16-07-2015-1947865_239.php

http://www.shemsfm.net/fr/actualite/bce-les-americains-sont-les-seuls-a-nous-avoir-vraiment-aide-dans-la-guerre-contre-le-terrorisme-115161

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A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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