Maître Sellini menace avant même de consulter le dossier

Abdelmadjid Sellini BouteflikaQuand un général du DRS parle, le diable n’est jamais loin.

A le voir défendre avec tant d’acharnement et à s’adonner à des manœuvres populistes et des mises en garde contre le vice-ministre de la Défense, on croirait volontiers le bâtonnier d’Alger grand militant d’une cause juste et universelle. Il y met toute son énergie, sa foi ( Seul Dieu le sait) et son talent. Il prend des risques et brave les dangers. Maître Sellini, en acceptant ce dossier, n’a pas offert seulement ses services d’avocat, mais un soutien moral et un engagement digne des grands apôtres. La force qui l’anime est telle qu’il s’en prend par demi-mots et des menaces de révoltes contre l’institution la plus puissante du pays. Avant même qu’il jette un coup d’œil sur le dossier ou qu’il ne rencontre un magistrat militaire, il tranche et affiche ses convictions dans l’affaire : l’ex-puissant général Hassan est victime d’arbitraire, d’injustice et surtout d’un complot. Il déclame à TSA : « Mais je sais qu’ils n’ont strictement rien à lui reprocher parce qu’il n’a pas failli à sa mission.» Le reste ? Du bla-bla-bla. «Soubhan Allah, il s’agit d’un général de Rab-Dzayer, ce n’est quand même pas le premier connard de l’Algérie… Comment osez-vous…», aurait-il dit en son for intérieur. On sait maintenant comment des islamistes ont été jugés : avant même de regarder leurs dossiers.  Ce n’est pas tout. Le parti pris de l’avocat va plus loin. S’il n’obtient pas gain de cause, les limites sa patience seront franchies, elle ne tiendra plus.. Attendez-vous à un scandale national… Ceci pour le côté cour.

Côté jardin : le général Hassan. Le redoutable chef de la SCORAT, dont l’un des soldats postés à El Mouradia a foncé avec son véhicule sur Saïd Bouteflika (voir article sur le sujet) pour lui faire peur tellement il les a pétris dans la morgue et les sentiments de puissance et d’impunité, se présente à l’avocat en victime d’un complot clanique. Point barre. Celui dont l’orgueil insensé, satanique, lui a fait dire, à sa première arrestation, qu’il ne reconnaît qu’un seul patron (général Toufik) et de ce fait qu’il n’a de compte à rendre à personne d’autre, jure la main sur le cœur qu’il n’a rien à se reprocher. Qu’il n’a pas failli à sa mission de lutter contre le terrorisme. Le dossier serait vide et l’équation simple. On veut simplement sa peau pour atteindre celle de son patron, laisse-t-il entendre. Pour mieux convaincre l’opinion et l’utiliser comme facteur de pression favorable, il ajoute du pathos classique : descendant de moudjahid, famille désemparée, épouse éplorée, situation sociale précaire, etc.

La scène, enfin. Qui dit scène, dit trame, dit projecteurs et des yeux qui épient du fond de l’obscurité. Les deux seuls acteurs visibles de ce 2e acte font chorus. L’un appuie l’autre. Ils vendent la même salade. Celle de l’innocence,du dévouement pour la patrie et du complot. Mais les spectateurs, bien qu’inertes — la terreur du DRS est si présente dans les esprits qu’il n’y a pas un chat d’observateur ou de journaliste qui  s’aventurera à contredire le général Hassan dans la presse… —, ne sont pas dupes. Dans le décor, il manque les morts, les disparus, le passé criminel du DRS. Les salles de tortures, les mystères de Droukal, du Para et tant d’autres. Du suspect qui passa 12 ans dans les geôles du DRS sans jugement… Toutes ces histoires qui font frémir ont été mises au rebut et oubliées par l’avocat et son client. Mais jamais les Algériens, dont le ressentiment envers la maison de l’ogre reste vif, ne l’oublieront. Solliciter la compassion du peuple, celui-là même qui fut opprimé par le DRS serait lui faire un suprême affront : insulter son intelligence.

Sur le fond, l’avocat du diable n’a toujours pas avancé le moindre argument expliquant le pouvoir discrétionnaire qu’a acquis son «client» sur le terrain opérationnel. Il n’a pas évacué les graves charges annoncées dans les journaux. Qui lui a donné l’autorisation d’agir sans consulter sa hiérarchie? Qu’il ait déjà mis au courant la hiérarchie après «la réussite d’une mission» reste sujet à caution et surtout à enquête et ne suffit pas pour décréter la clandestinité des missions sensibles légales. La parole de ce général autoritaire suffit-elle pour croire qu’il n’a jamais profité de ces «missions secrètes» pour fricoter avec les contrebandiers, voire manipuler ou comploter avec les terroristes ? L’Algérie n’est pas à un général ripoux près. N’en déplaise à l’avocat, toutes les possibilités devraient être mises sur le tapis. Seuls les éradicateurs, sans foi ni loi, lui accorderont carte blanche et le blanchissent de tous soupçons, sans conditions… avant même de consulter le dossier.

Les effets de manche d’un bâtonnier qui ose traiter des juges de «petits, de minables et corrompus…», qui cristallisa à jamais cette justice obséquieuse et soumise avec son geste unique dans les annales en se prosternant en 2009 devant le président Bouteflika, ne peuvent convaincre et encore moins conquérir la sympathie du public. Tant s’en faut.

http://www.tsa-algerie.com/20150908/affaire-du-genral-hssan-me-sellini-hausse-le-ton-et-menace/

https://elergechergui.wordpress.com/2014/02/23/larrogance-des-hommes-du-general-hassan-a-linterieur-de-la-presidence/

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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3 commentaires pour Maître Sellini menace avant même de consulter le dossier

  1. Mohand Oukaci dit :

    Tout le monde sait qu’en Algérie , il n’ y a ni Etat de droit ni justice.Par ailleurs, il n’existe aucune séparation des pouvoirs.Toutes les institutions de la République sont téléguidées par le pouvoir exécutif choisi et mis en place par l’ armée.Etant donné que le pouvoir exécutif tire sa « légitimité » de l’armée et non du peuple alors il gère le pays dans l’opacité, la confusion la plus totale et en tout absence de contrôle. Dans l’esprit des détenteurs de ce pouvoir illégitime , le peuple doit lui obéir au doigt et à l’ oeil et gare au contestataire. Ce régime totalitaire, pour se donner une vitrine démocratique sur le plan international, crée de faux partis politiques, de fausses ligues des droits de l’ Homme, de faux syndicats, de faux médias, organise des élections truquées pour élire une assemblée nationale et un sénat qui lui obéissent aveuglément. Dans cette jungle , tous les coups sont permis et toutes les lois de la République sont piétinées et violées par ses propres auteurs.
    C’est pour cela que nous ne connaissons rien de l’affaire du général Hassan. Personne ne sait qui a donné l’ordre de son arrestation ni les chefs d’inculpation.Le MDN qui méprise l’opinion publique est pris pour une énième fois à défaut de communication alors qu’il s’agit d’une affaire de sécurité d’une haute gravité et qui engage toute la Nation. Le dossier top-secret du général Hassan est entre les mains de la DCSA/ Etat-Major relevant directement du Général Ahmed Gaid Salah vice-ministre de la Défense et chef d’Etat-Major de l’ANP.
    PS: J’ai suivi aujourd’hui le débat sur Al Magharibia TV- TOP3 de la presse consacré à l’arrestation du général Hassan. Seul le colonel Mohamed Khalfaoui retraité du DRS m’a déçu avec sa langue de bois et ses contre-vérités sur les agissements du DRS.

  2. Amar Bouzwar dit :

  3. Amar Bouzwar dit :

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