Entre les morts et les vivants

presse CCP 16 09 2015Jeune, on nous a appris que lorsqu’on rentre dans un cimetière, on respecte les morts en pensant qu’un jour, on sera parmi eux. On nous a montré certaines règles strictes qu’on devait absolument observer en traversant les carrées de tombes. On a appris à baisser la voix, à ralentir le pas, à croire que les morts entendent, à les saluer dans nos cœurs, ne pas rire, des sourires circonspects, du recueillement, à garder une allure digne, éviter les fadaises. les pitreries et tous les excès. En regardant in situ les tombes, on se dit qu’on est vraiment dans la demeure des morts. Au fil de notre curiosité, en lisant leurs noms, leurs épitaphes, on prenait conscience de notre existence futile, de la menace fatale de notre propre mort… Notre avenir à tous, c’est sous la terre. Et cette vérité prend corps en nous. La vie s’estompe et cède le pas devant la mort, ce gouffre ou cet escalier qui, impassible, nous attend à la périphérie de la vie. Nous avons appris à sentir la gravité de cette ambiance et à nous soumettre le temps d’une visite à la force du sacré, s’y imprégner pour acquérir la sagesse.

Quand, aujourd’hui, dans la presse en général, on entend parler ou évoquer les morts de la décennie noire, par des journalistes en les assimilant allègrement à une simple carte de pression employée par un clan contre un autre, ou un instrument de rééquilibrage du pouvoir ou encore en les décrivant sommairement comme des fantômes dans le placard des généraux, on se dit que les morts ne valent pas un sou. Dans leurs bouches, les victimes de la décennie, de la junte militaire, ont la même fonction que la gomme à mâcher utile pour les débats désinvoltes. Que l’Algérie des vivants est bien plus morte que la mort dans le cimetière. Il n’y a plus de respect. Les ravages induits dans la société par les criminels du DRS et de son dieu déchu pendant plus de deux décennies sont bien plus graves que les 200 000 morts. Le bout du tunnel est encore loin.

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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2 commentaires pour Entre les morts et les vivants

  1. Amar Bouzwar dit :

    «Je me penche vers la rue et je vois une famille accourir. Les femmes tentent de se sauver, portant leurs bébés, tirant leurs enfants, hurlant et suppliant Dieu de les aider. Au bout de la rue, au sud, surgissent ceux qui les poursuivent. La cavalcade est vaine, des gaillards postés de notre côté sont là pour les intercepter. Ils s’emparent du seul homme, le ceinturent et ordonnent aux femmes et aux enfants de passer sous la dalle. J’entends des supplications, des sanglots et des gémissements puis des cris stridents, suivis finalement du souffle de personnes qu’on égorge.
    voir la suite dans :
    http://www.algeria-watch.org/farticle/bentalha/bentalha_lemonde_02.htm

  2. Supplicié dit :

    Le pire c ‘est que les auteurs de cet holocauste passent des jours heureux avec leur progenitures et que l’ on a faire à eux souvent, sans que l’ on sans doute le moins du monde que l ‘on est en presence des pires monstres que l’ humanité a enfanté , eux et leurs rejetons.Des rejetons qui assument sans etat d » ame les crimes abominables que leur parent ont commis de sang froid.Ce n’ est qu’ en algerie qu’il est possible de croiser des milliers d’ entités des esprits des tenebres qui evoluent librement au grand jour sans etre inquietes, c est ça le miracle algerien

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