Une carcasse de mouton dans les ordures au coin du bâtiment…

Mouton dans les orduresInutile de réfléchir. On ne pigera rien aux Alger-riens. Parce qu’il faut bien être un Algérien de souche, wlid elbled (enfant du pays), wlid houma (habitant du quartier), fh’al (viril) comme lui pour jeter aux ordures la carcasse entière d’un mouton au coin de la rue, dans la cité, pour que le soleil et les autres éléments de la nature en prennent un soin particulier. Précision de taille liée à ce phénomène singulier : il n’existe pas dans notre vaste univers d’autres créatures que le super Algérien pour s’accommoder du beau spectacle et du parfum exquis que leur offrent généreusement les immondices ainsi apprêtés au bas de leurs appartements.

On se demande s’il n’existe pas une concurrence interquartier discrète sur la meilleure décharge sauvage. Peut-être bien que l’apparition du mouton parmi les ordures répondait à cette logique…

Qu’on soit certain, qu’on met même la main à couper, l’heureux détenteur de la palme du meilleur pollueur de la vie urbaine de l’année 2015, le monsieur mouton-ordure, n’a rien à se reprocher. Respectable et honorable jusqu’au bout des ongles, on aura de la peine à le distinguer parmi les riverains. D’ailleurs, chose banale, il n’aurait pas manqué d’accomplir la prière de l’Aïd où, le cœur débordant de dévotion, les mains tendues vers le ciel, les yeux larmoyants, il implorait Allah de lui accorder ceci et de lui pardonner cela. C’est très fort, il faut être Algérien pour le faire, dixit un jour Bouteflika…

Cela faire rire certains, mais le crédo effectif et appliqué à la lettre en Algérie dit ceci : «le cadre de vie dégradé est un must pour une vie meilleure.» L’esthétique des ordures est si troublante chez lui que son spectacle a viré à une culture nationale, une culture enracinée et encouragée par l’État qui, il faut l’excuser, n’a pas que ça à faire.

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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