Entre l’étudiant et la prison, le chemin est court

Les juges bouteflikéens et les scandales

Algeria RiotsLu dans le journal intime d’un directeur modèle :

« Comme il est facile de mettre un étudiant en prison ! Moi, directeur d’une résidence universitaire à Oran, n’en crois pas mes yeux. Il m’a suffi de déposer une plainte contre deux résidents impertinents et hop ! le juge m’en a débarrassé en deux temps trois mouvement et les a jetés en prison comme des chiffons. Ils ont eu le culot de mettre sur Facebook des images présentant l’état dégradé du campus et de protester dans son enceinte, sous mes yeux. À présent, les deux comparses attendent en prison la suite de la procédure judiciaire. Ils s’y morfondront et auront tout le loisir de réfléchir à leurs outrages contre ma personne et contre la cité universitaire. Ils méritent bien ce qu’il leur arrive. Qu’ils aillent en enfer et qu’ils servent surtout de leçon aux zélés du militantisme estudiantin.

Hamdullah, notre justice, un bienfait de notre président Bouteflika, vient de me donner la preuve qu’elle est souveraine, juste et intraitable. Pas de place dans nos universités au rebut de la société. Sans ces grands juges, des hommes de valeur, où serions-nous ? Ils sont comme les gardiens du temple. Le sale linge des résidences et de toutes les institutions et entreprises publiques ne doit jamais être étalé sur la place publique. Sinon, le pays sombrera à coup sûr dans l’anarchie et finira dans l’inéluctable effondrement. Le juge d’Es-Senia (une localité dans la périphérie d’Oran), qu’il en soit remercié, et les juges du pays, dont la lucidité a mis en prison ou qui ont refusé de réhabiliter des employés à la langue pendue, ont vu loin ; ils ont donné un signal fort aux candidats de la subversion et aux amateurs de l’étalage du linge sale. Ils préviennent la menace du chaos. Le sale linge, on le dira jamais assez, ça peut conduire à l’instabilité et comme on le sait tous, surtout nous les responsables, c’est très grave un pays instable. On peut même dire sans se tromper que le juge d’Es-Senia, à l’instar de ses confrères, est de la trempe des grands patriotes, un moudjahid attaché à l’unité et à la préservation de la nation. Oui, ils sont vraiment tout ça.

Alors amis directeurs de toutes les structures publiques, si vous avez du sale linge, des scandales à cacher, peu ou prou — qui n’en a pas — hâtez-vous d’aller au tribunal du coin si jamais vous flairez chez un blanc-bec l’odeur d’une dissidence. Vous y trouverez l’antidote qui s’impose pour le taire. Soyez assurés, votre tranquillité est, pour le juge algérien, une simple formalité. Rien à craindre. »

الخبر-إيداع طالبين بجامعة وهران الحبس المؤقت: http://www.elkhabar.com/press/article/9142

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
Cet article a été publié dans Affaires judiciaires, Hogra, Hommes du système. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Entre l’étudiant et la prison, le chemin est court

  1. Amar Bouzouar dit :

    Trouvez le lien entre l’article plus haut et l’information suivante!
    http://www.elhayat.net/article35717.html

  2. Amar Bouzouar dit :

    Une opinion «logique» sur l’évincement de T!
    http://www.sasapost.com/opinion/c-tawfiq/

Les commentaires sont fermés.