Autopsie de la chute de Rab-Dzayer (1)

Mediène dans la ligne de mire

Général Toufik Rab DzayerOn a tous vécu sans vraiment le croire le démantèlement en plusieurs actes du DRS couronné par la destitution fracassante du Tout-Puissant général Mediène. L’opinion publique, traitée comme d’ordinaire en parent pauvre, ébranlé, fut tenue éloignée des dessous de ce grand bouleversement ; elle n’en saisira ni les dédales obscurs ni l’impact réel sur la stabilité et ses propres aspirations. Le rôle auquel on l’a astreint se réduit à l’admiration béate ou aux sueurs froides, une frayeur anesthésiante lui ôtant toute volonté de comprendre ou de peser sur le cours de l’évènement. Le bas peuple n’a aucun doute en revanche, si le micmac dégénère, il sera la première victime. Pour l’instant, les réformes, selon les termes de la propagande officielle, imposées au DRS ont l’air de tenir le coup et répondent à un semblant de cohérence. Pas de bruits de bottes, pas de jeunes loups aux dents longues que redoutaient des observateurs et nous mettaient en garde contre leur présence dans les rouages supérieurs de l’appareil sécuritaire où écumait, on l’apprendra après la débâcle, une nuée de généraux superflus.

Côté observateurs, rares sont ceux qui ont tenté de démêler l’écheveau. Hormis un cercle réduit, personne ne connaît le secret de l’abdication contre nature du général Mediène, l’idole des éradicateurs. La stupeur était générale. Il a levé la crosse en l’aire devant les ruines de son édifice et s’en est retourné à sa guitoune. Ses redoutables unités d’intervention et ses « fidèles généraux » sont tombés, les uns après les autres, comme de vieilles chaussettes. Son ouvrage titanesque, l’aboutissement d’un quart de siècle de travail et de défis périlleux, part ainsi en eau de boudin. Il ne subsiste rien, que l’ombre d’un dieu maudit pour toujours*.

Depuis l’éviction du général Mediène, d’autres bouleversements dans la même veine ont ponctué la chronique à une cadence infernale et suscité d’autres stupeurs. Chaque rebondissement est vécu comme une réplique inquiétante qui suit parfois une importante secousse tellurique : des structures centrales éparpillées aux quatre vents, des unités d’élite transférées, plusieurs généraux du DRS évincés sans ménagements (adieu les honneurs de la lutte antiterroriste). D’autres généraux puissants ont connu la même infamie. S’ils ne sont pas en prisons, ils sont frappés d’interdiction de quitter le territoire à l’instar du général de corps d’armée Boustila. La longue liste des mesures coercitives prend le contre-pied d’une réforme légitime dictée par la conjoncture, telle que véhiculée par la présidence et le MDN. Elle porte en elle trop de mesures disciplinaires incompréhensible pour ne pas soupçonner une détermination de faire table rase du passé de Rab-Dzayer. Tout doit disparaître jusqu’au dernier souvenir de Rab-Dzayer dont le surnom a fait trop d’ombrage au président, à l’ANP et son état-major. Mais qu’ont-ils les nouveaux seigneurs contre l’armada de Rab-Dzayer ? Pourquoi ne se contentent-ils pas de la décapitation ?  N’est-il pas simple, rassurant et profitable pour eux de s’approprier la formidable machine de guerre, qu’était le DRS avec les généraux Hassan, M’henna Djabbar et tutti quanti ? Et le général Tartag, à quel prix s’est-il fait racheter? Autant attendre l’explication des trous noirs. Le peuple, immature à vie, n’a pas à s’immiscer dans les affaires des titans…

Avec sa hardiesse habituelle, Hocine Malti, un ex-haut cadre de Sonatrach et fin observateur de la scène politique, a relevé le défi. Il s’est proposé de broder un canevas de la mutation du DRS à partir d’une rétrospective quasi exhaustive des faits marquants. Sa lecture fait frémir les Martyrs dans leurs tombes.

* Hier, de sa tombe, Boussouf a appris… qu’Ould Kablia, l’un de ses grands admirateurs et fidèles séides, s’est rétracté sur «la pertinence et la légitimité de la liquidation d’Abane Ramdan.» A méditer.

Vous lirez dans quelques jours, la suite :

«Tiguentourine m’a tuer»

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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Un commentaire pour Autopsie de la chute de Rab-Dzayer (1)

  1. Belahreche dit :

    « Celui qui confie un pays à son service de renseignement prépare son suicide » Malek Bennabi « Les Carnets » 1974

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