ONU : l’Algérie condamnée pour tortures et… excréments du DRS

Une justice de rêve

Hachemi Boukhalfa juge OuarglaHachemi BoukhalfaParfaite et sublime. Tels seraient les qualités que l’on accorderait à la Justice du régime algérien. Comment ne pas s’émerveiller au conseil jeté en toute bonne foi dans le creux de l’oreille de Hachemi Boukhelfa, une victime du DRS, par un juge rempli de commisération. « Faites en sorte que votre supplice n’ait jamais existé. Imaginez que le mitard infect où on t’a jeté et gardé pendant huit jours ne soit qu’une vision chimérique. Les bastonnades, les cris, la cruauté, le sang, le chiffon, eh, bien, si tu aimes ton pays ; mettez tout ça sur le compte d’une hallucination vertigineuse », susurra le juge au cœur paternel — imaginons-le ainsi pour faire exception. — Soyez raisonnable — conseil chargé d’amour et de compassion de Farouk Ksentini aux mères éplorées —, dites-vous bien, mon fils, que les excréments qu’on vous a fait ingurgiter n’étaient qu’un mauvais rêve ; votre souffrance s’émoussera au fil des jours, elle finira bien par disparaître. Croyez-moi, le traumatisme, les séquelles, si vous en gardez, ne vous tueront point. »

Les conseils amicaux, débris d’une conscience tombée en rade, font mal au cœur des victimes. Le juge de Ouargla qui a dû accepter l’épreuve du lit de Procuste a bien retenu son complément du Droit requis pour l’exercice de la magistrature en Algérie. Un mini programme judiciaire que les facultés hésitent par pudeur à l’introduire dans les programmes. Les lois qui sont enseignées priment et rendent caduques toutes les autres.

Aux plaintes de torture, d’assassinats et de disparitions attribués au DRS, des réponses claires, catégoriques et sans appel sont fournies en off par les honorables représentants du Droit algérien. Au gré de l’humeur et de l’inspiration, chaque juge est tenu d’éclairer les plaignants sur une loi fondamentale de l’ère de Rab-Dzayer. Deux exemples pour édifier l’excellence de notre système judiciaire tenu en laisse par un serviteur du pouvoir. A Saber Saïdi, un cyber-activiste victime du DRS, cru 2012, 11 jours au secret dans l’hospitalité « cordiale » des cerbères de Rab-Dzayer, par exemple, le juge s’est contenté de mépriser le plaignant en criant des insanités et des blasphèmes contre Dieu. An3adin rab… la suite de la symphonie vulgaire est trop bien connue. Elle reflète la noblesse et le haut degré de conscience qui prévaut dans la magistrature. En attendant l’apparition d’un Tayeb Erdogan en Algérie, ni Tayeb Belaiz, ni Tayeb Louh, ni tayabet El Hammam et moins encore les tayabet du Conseil de la magistrature nous ont à ce jour éclairés sur la conformité de la mise en garde du juge d’El Harrach ou de Ouargla avec le Droit algérien…

Monsieur Boukhelfa n’a pas suivi le conseil et a refusé la fatalité. Il a déposé une plainte auprès des Nations unies, là où la loi ne subit aucune altération, et a gagné sa cause. L’Algérie a été une nouvelle fois condamnée et son image ternie. Quant au goût « raffiné » des excréments du DRS, il l’a déjà oublié en voyant la quantité d’étrons que les Algériens en consomment à chaque scandale financier, à chaque fraude, à chaque apparition affligeante de Bouteflika… Tout bien pesé, la justice de rêve qu’a imposée le général Mediène pendant son long règne absolu a donné lieu à un pays de rêve…

 

http://fr.alkarama.org/algerie/communiques/item/1972-le-comite-contre-la-torture-de-l-onu-condamne-l-algerie-pour-les-actes-de-torture-infliges-par-le-drs-a-hachemi-boukhalfa

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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