Le général Hassan, coupable et stoïque

Le sourire d’une bête blessée

Tribunal Procès Général HassanLe procès à huis clos du général Hassan porte l’empreinte de la machination. Son trait expéditif confirme, aux yeux de nombreux observateurs, les craintes d’un simulacre destiné à couvrir une sanction disciplinaire décidée avant arrestation de l’accusé. Le crime véritable est tenu secret. Un réquisitoire implacable et quelques témoignages à charge  ont suffi aux juges pour régler le sort de l’inculpé et mettre fin à cette mise en scène. L’opinion a pris connaissance de la sévérité du verdict avec plus ou moins de surprise et plus ou moins d’indifférence.

À l’issu du procès d’un jour, le silence des avocats a pris le pas sur leur faconde d’avant le jugement. La sentence a dû tomber tel un couperet sur leurs certitudes gonflés d’illusions. Chose jusqu’ici remarquable, il n’eut pas de cris à la supercherie ou à l’injustice. Seuls des jugements de valeur, des opinions politiques débitées en remontant à la débâcle, ainsi que des commentaires sobres liés à des aspects périphériques du procès ont été émis par les avocats. Rien de concret sur le dossier. Ce comportement inhabituel suscite des interrogations légitimes. Déstabilisation des avocats à l’écoute du réquisitoire ? La gêne devant des faits accablants ? Qu’importe, le malaise est perceptible à telle enseigne que la culpabilité du général Hassan transparaît de leurs propres bouches.

Maître Bourayou, converti en fanatique des généraux de la police politique, oubliant toute retenue devant ses victimes, se lamente du verdict et peste contre le « châtiment infligé à son client, un des plus hauts gradés de l’armée ». « Il n’a pas bénéficié de circonstances atténuantes », a-t-il déploré sans s’apercevoir qu’il vient de reconnaître la culpabilité de « Monsieur antiterrorisme » comme le surnomme affectueusement le milieu des éradicateurs aux dires des journalistes d’El Watan…

Un autre avocat, maître Ahmed Toufali Tayeb, a annoncé l’intention de la défense de faire appel (Le Code du tribunal militaire exclut une telle procédure d.après Jeune-Afrique) et fournit un détail accessoire supposé  montrer la grandeur de son « valeureux » client. Le général Hassan aurait écouté la sentence la tête haute et le sourire aux lèvres. Cette précision fera une belle jambe à l’opinion publique. Pour leur part, les observateurs apprécieront diversement ce sourire ironique du condamné. Une partie de ceux qui combattent l’impunité et les crimes des services secrets voient dans le stoïcisme affecté un signe d’une blessure inguérissable. Le général Hassan se morfond dans une indicible amertume. Par son sourire entendu, il a voulu probablement féliciter son patron d’avoir sauvé sa peau et de l’avoir sacrifié comme un mouton dans le jeu des dupes.

 

http://www.jeuneafrique.com/282010/politique/algerie-general-hassan-ex-patron-de-lutte-anti-terroriste-condamne-a-5-ans-de-prison-ferme/

 

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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3 commentaires pour Le général Hassan, coupable et stoïque

  1. lyes laribi dit :

    Ce genenal aura tout le temps durant ces cinq ans à méditer sur cette justice ou il a fait comparaître des milliers d’Algériens avec des aveux soutirés sous la torture. Peut être maintenant il aura le temps pour s’instruire. Hadka s’il y a une prochaine fois mahyouhalouch. S’il revient à Blida, je lui conseille les deux tomes de Staline écrit par Trotski.

  2. Bendi dit :

    KIMA TOUDIN, TOUDAN (COMME TU FAIT ON TE FERA).Ces pseudos avocats cette « presse » de pacotille Ils decouvrent ces animaux sauvages ,qu’ il n’existe pas de justice en algerie, ni droit ni etat. C’est la loi du plus fort ou regnent en maitre ,la lacheté,le crime, la fourberie, la trahison , la perversion et la delation.En un mot c’ est le royaume des tenebres.Des entités sans ame .

  3. Bouzwar Amar dit :

    Le «haut» n’est plus le «haut»!
    Suite à la condamnation du général Hassan, un commentateur affirme que «le crime véritable est tenu secret.» Oui, pour nous mais pas pour qui le message est envoyé. En plus de neutraliser l’arme «informelle» des services sous le règne de Toufik et sécuriser «la transition» on annonce aussi à travers cette condamnation que la prison sera la demeure de ceux qui seront tentés de bouger contre le nouveau régime «en formation» même Toufik lui même.

    Et ici on ne parle que des «vrais» anciens décideurs (dans le camp des militaires) et non pas du harem politique et médiatique qui est à leur service. Ce dernier peut continuer a dire et à écrire son mécontentement face à cette condamnation et face à ce «nouveau pouvoir». Ils parlent dans le vide. «Le pouvoir» à vraiment changer de camp à l’intérieur même du pouvoir. Le haut n’est plus le haut (mais le bas est toujours le bas, en passant!)

    Qui est responsable, le juge du tribunal militaire qui a prononcé la sentence contre le général, le ministre de la justice ou Boualam Benhamouda ?

    «Des instructions sont venus d’en haut!!» dans le contexte d’une autre séquence de «la fiction» algérienne, c’ était la réponse de Boualam Benhamouda ex secrétaire général du FLN à propos du pourquoi du soutient du candidat Bouteflika.

    À ce moment là, «l’Algérie était au bord du gouffre, elle a fait depuis un grand pas» comme dirait monsieur Kaïd Ahmed, aussi dans le contexte d’une autre séquence de «la fiction» algérienne.

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