Chekib Khelil, le cow-boy, président !?

Félicitation, Rab Edzayer !

Khelil pognon

A quoi peut-on s’attendre en guise de changement, de progrès dans un pays martyrisé, violé et outragé maintes fois sinon un autre outrage ou une autre tyrannie. Un bruit effrayant court que le pur sucre de système Bouteflika DRS, Chakib Khalil, convoite la présidence. Interrogé par le journal Ennahar proche du pouvoir, l’intéressé se montre intéressé.  Le cow-boy comme successeur d’un président zombie serait le bouquet final de la guerre des clans. L’histoire des généraux devait finir dans la casse et dans le fracas. Les plus pessimistes des analystes n’avaient pas prévu ce scénario catastrophe. Ils n’en reviennent pas encore comme ils n’ont toujours pas avalé la dissolution du DRS et la chute brutale de son totem. Ils en tremblent. Les généraux Bentalha, eux dont le cœur d’acier ne connaît pas de pitié, retiennent leur souffle.

Un vent de panique se lève. Une grande fleur, la black Baccara, entend-on ici et là, dont chacun des pétales veloutés dégage une odeur de scandale méphitique, s’ouvre doucement sous nos yeux et déploie majestueusement sa corolle si grande qu’elle couvre l’étendue du grand pays. Dans ce décor cafardeux, à peine imaginable, au centre de la fleur, qui ainsi s’épanouit, un homme, le plus sale de tous, le plus haï, se dresse après être resté longtemps tapi dans l’ombre, hors des frontières, en fuite comme une vermine. Il se révèle dans la tenue d’Adam, ouvre grand ses bras, et dit : « Peuple ! je serais votre prochain président, voyez mon programme comme il est solide! Il vient du Maryland et la zaouia de sidi-Abbaz l’a béni et vous le recommande».

Loin des allégories, aujourd’hui, l’heure de la gloire a peut-être sonné pour l’ex-ministre de l’Énergie.  Une opportunité exceptionnelle, une brèche inespérée dans le système, une passerelle pour le grand retour, le pactole, la vengeance et l’apothéose. Quel retournement de situation et quelle ironie du sort! Rab Edayer, hier un dieu sur ses grands chevaux, aujourd’hui un paria dans ses petits souliers, avait imposé Ahmed Ouyahia, le grand valet de la sécurité, au premier gouvernement de Bouteflika ; un journaliste avait alors raconté que cette nomination fut reçue par le président comme un phallus du chef du DRS dans ses plates-bandes. Aujourd’hui, Bouteflika, du bas de sa santé chancelante, lui rend goulûment la monnaie de sa pièce. La choix du clan pour Chekib Khelil serait motivé par une double mission, l’une stratégique et l’autre hautement symbolique. Comme complice dans les grands scandales financiers, il offre l’avantage de fournir un bouclier contre les poursuites ultérieurs et comme ennemi tant décrié par l’ex-DRS, il est parfait pour incarner le bras d’honneur de Bouteflika pour Rab Edzayer.

Chekib Khelil présidentiable?! Renversant. N’avait pas tort celui qui avait proclamé que l’espace et le temps avaient sur le mot trahison des influences diverses. En Algérie cette sentence est plus vraie qu’ailleurs. Il y existe plusieurs cas spectaculaires : Abdelaziz Bouteflika, les généraux dafistes… et maintenant Chekib Khelil. Dans les bas-fonds crasseux c’est la liesse ; entre deux gorgées de piquettes, les laissés-pour-compte de concert avec les enterrés sans noms chantent : « Je veux que Dieu les châtie sous mes yeux. » Il y a des morts qui apprécient, des disparus qui sourient. Et puis quoi ? L’Algérie est un monde de silence et de lâcheté. Khelil ou un autre, après tout ce n’est que justice, depuis Abane et Melouza en passant par les Bentalha, le pays aux mille et une invasions n’a toujours pas compris ce qui fait la force d’un peuple, n’a pas soldé son compte avec l’histoire et reconnu ses torts, il a alors le président qu’il mérite. Ainsi soit-il.

La liberté tant espérée, l’esprit de justice et toutes les valeurs qui fondent les grandes nations n’arrivent pas d’un coup. Pendant la sale guerre, le pays des martyrs et des sacrifices avait touché le fond : c’était les généraux sanguinaires et tortionnaires, par la suite, Bouteflika et ses ministres pourris et grands dilapidateurs devant l’Éternel ont hérité l’arrogance et l’impunité, demain ce sera d’autres vauriens moins voraces, etc. Comme au retour des plongées dans les eaux profondes, l’Algérie doit passer par des paliers successifs, pour remonter la pente et émerger des miasmes laissés par Nezzar, Mediène, Belkhir, Touati et cie. Il faudra du temps pour les oublier et tourner la page de leurs suppôts qui, orphelins, entretiennent leur mythe et prient pour le retour de leur démon – Les jérémiades de Salima Tlemçani et Louisa Hanoun, inconsolables, crèvent le cœur… Du temps encore pour apprendre les rudiments du courage pour qu’une autre génération de journalistes, d’intellectuels, de politiciens… qui ne coltinent pas dans leur conscience des morts et des complicités inavouables, de renouer avec la noblesse et la décence.

Il y a du chemin à faire et du pain sur la planche, mais en attendant le lointain parfum de la dignité, la classe politique pusillanime et les médias vénaux, sinon à la mémoire courte, qui aujourd’hui s’offusquent devant les tartufferies des Al-Bouteflika doivent composer avec le nouveau nectar du système Bouteflika-DRS. Quant au général Mediène et ses faucons dégriffés et émasculés pour de bon, eux dont on dit qu’ils vivent ces présomptions avérées comme une profonde humiliation, qu’ils boivent le calice jusqu’à la lie, qu’ils trempent leur amertume dans l’alcool ou dans madame courage ils en ont certainement gardé en réserve, et quand ils auront bu l’humiliation jusqu’à la dernière goûte, qu’ils aillent au diable vauvert. Quand on jette durant des lustres les bases d’un système inique, quand dans tous les rouages de l’État on sème  incompétence, larbins et mauvaises graines, quand à coup de terreur et de fraudes électorales on s’ingénie à plomber la vie politique, il serait malséant de geindre comme des fillettes au moment de la récolte.

Il y a comme une malédiction qui plane. Dans les plaines et les montagnes, on danse le sabbat, des voix goguenardes claironnent en chœur : « Croupissez dedans et fermez vos gueules*. »

  • مستوحاة من القرآن الكريم : إخسؤوا فيها ولا تكلمون

Cet article est un petit extra en hommage aux ex-amis du blogue, mais aussi une petit rot impossible à retenir.

A propos El Erg Echergui

Il n'est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. Periclès
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