D’après Sid-Ahmed Ghozali

Quelle analyse faites-vous du bilan des années Bouteflika ?

Sid Ahmed Ghozali. J’ai été l’un des opposants les plus fermes à la politique de Bouteflika. Mais j’ai toujours considéré que le problème ne  pouvait se résumer à sa personne. On braque les projecteurs sur Bouteflika pour détourner l’attention du vrai problème, le système. Ce pouvoir  est en place depuis la mort de Boumediene, quand la légitimité dite révolutionnaire, historique, s’est muée insensiblement en légitimité militaire,  puis, dans un second temps, en légitimité sécuritaire.

Qu’entendez-vous par légitimité sécuritaire ?

Sid Ahmed Ghozali. Boumediene, lui, a pris le pouvoir. Il ne l’a pas pris avec des pincettes. Il ne l’a pas pris au nom de la démocratie. C’est lui qui  a créé la sécurité militaire, qui n’était rien d’autre qu’une police politique. Celle-ci avait un poids dans les décisions, mais un poids relatif, car elle  était placée sous la tutelle d’un chef politique et militaire, Boumediene. Lorsqu’il est décédé, sans successeur, on a basculé vers un pouvoir  autoritaire et opaque. Bien sûr, il n’est écrit nulle part que ce sont les services de sécurité qui nomment les fonctionnaires de l’État jusqu’au plus  haut niveau. Mais la réalité, c’est que pour nommer un ministre, un administrateur, le dossier doit passer par les services de sécurité.

 Vous-même, alors, avez été désigné avec l’aval de ces mêmes services de sécurité…

Sid Ahmed Ghozali. Oui. Est-ce que cela crée une contradiction dans ce que je dis ? J’ai toujours été nommé par les services de sécurité, sauf du  temps de Boumediene, car c’était lui le ­patron. Moi-même, comme tous les autres, j’ai été nommé. Ce qui ne m’empêche pas d’expliquer  comment fonctionne le système. Si vous comptez tous ceux qui travaillent officiellement pour les services, ceux qui travaillent avec eux  officieusement, par peur, par intérêt, ou parce qu’ils savent à qui ils doivent leur nomination, vous découvrirez l’existence d’un parti clandestin  de deux millions de membres. Et ce système a évolué parce que les forces de l’argent, pratiquement nulles il y a trente ans, sont devenues  tellement puissantes qu’elles en sont désormais partie prenante. C’est toute une oligarchie qui se perpétue avec un seul mot d’ordre : « À nous le  pouvoir ; aux civils, à ceux qui apparaissent, la responsabilité. »

Source :
Sid Ahmed Ghozali. « Nous ne sommes pas sortis de l’ère néocoloniale » ,  Humanite.fr

 

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